Le Hussard sur le toit

Il s’agit bien ici du roman de Jean Giono, paru en 1951, et non de la – il est vrai – très belle interprétation cinématographique de Jean-Paul Rappeneau.

Nous sommes en 1832. La lumière est éblouissante. Un jeune aristocrate intrépide et naïf chevauche parmi les vallons d’une Provence ravagée par le choléra. Ce colonel des hussards fuit son Piémont natal après avoir tué en duel un officier autrichien, et cherche à retrouver son frère de lait Giuseppe qui habite Manosque. Mais à peine arrivé dans cette ville, les citadins le prennent en chasse : on l’accuse d’empoisonner les fontaines – comme beaucoup d’autres. Il se réfugie alors sur les toits et médite sur l’homme que les catastrophes comme celle-ci transforment en barbares, lâches et violents.

La description de l’épidémie, qui fait mourir en quelques heures les personnes les plus saines, est portée à un point paroxystique.
Les malades étaient d’abord attaqués d’une sorte d’ivresse pendant laquelle ils se mettaient à courir de tous les côtés en titubant et en poussant d’horribles cris. Ils avaient les yeux brillants, la voix rauque et semblaient atteints de la rage. Les amis fuyaient les amis. On avait vu une mère poursuivie ainsi par son fils, une fille poursuivie par sa mère, de jeunes époux qui se donnaient la chasse ; la ville n’était plus qu’un champ de meutes et de gibier. (Ch. VIII)

C’est cette barbarie qu’Angelo va être amené à combattre, lui qui, n’ayant quasiment jamais manié les armes, s’attendait à des batailles moins conceptuelles.

C’est alors qu’Angelo rencontre une jeune femme aussi intrépide que lui, Pauline de Théus, qui souhaite retourner chez son mari près de Gap. Le hussard l’accompagne, et c’est parmi les espaces les plus hostiles comme les plus déserts que les deux jeunes gens vont chevaucher, parlant peu, pensant davantage, avançant au gré des embûches qui les font patienter dans une quarantaine ou franchir des barrières de gardes.

Dans un incroyable fourmillement d’images, Giono décrit magnifiquement les paysages de Provence, paysages qu’il a lui-même contemplés puisque, né et mort à Manosque, il se définissait comme « voyageur immobile ». A l’image de ce flot complexe et renouvelé de panaromas, les pensées d’Angelo sont des plus subtilement évoquées.

« Etre dans ses bottes, se disait-il, est peut-être le fin mot de la puissance. » Mais, l’odeur de la cuisine primait tout. Il ne se demandait même plus s’il était prudent, pour la jeune femme, de manger dans cette maison inconnue, et une popote, de toute évidence, fortement épicée. Il était en proie à une tentation irrésistible. « Tant pis », se dit-il avec bonheur. Les bottes ne servaient plus à grand-chose. (Ch. XIII)

Héritier d’une esthétique inspirée de celle de Stendhal, Giono (photo) se situe, dans le paysage littéraire du XXe siècle, parmi les grands, aux côtés de Proust, de Céline et de Gide.

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