Rondeau d’Abdelazer

Un des plus célèbres morceaux du compositeur anglais Purcell, à écouter ici. Il a été notamment repris dans le film Orgueil et préjugés de Joe Wright (2005).

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4 réflexions sur “Rondeau d’Abdelazer

  1. Je trouve personnellement que c’est un peu trop rapide, et que ça manque de solennité. On a trop tendance aujourd’hui à jouer la musique du XVIIe avec superficialité et désinvolture, alors qu’à mon avis elle doit toujours rester noble, et aller d’un train de sénateur. Le XVIIe est tout un esprit, difficile à comprendre pour la superficialité d’aujourd’hui. On confond trop légèreté et superficialité.

  2. Bonjour,

    Savoir si ce morceau, spécifique, est joué trop rapidement dépasse largement mes faibles connaissances musicales. Néanmoins, je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette critique selon laquelle la musique baroque serait jouée aujourd’hui de façon superficielle ou désinvolte. A trois siècles de distance et en dépit des annotations laissées sur les partitions, il a fallu réinventer un style pour faire revivre un genre, faute d’enregistrements permettant de reproduire avec le même esprit la musique d’alors. Dire que la musique baroque devrait être toujours interprétée sur un rythme noble et lent, c’est à dire avec majesté, c’est un peu enfermer dans les fastes fantasmés de la cour tout un genre musical les dépassant largement. Un simple exemple est la partition du « Bourgeois gentilhomme. » Lui donner une allure de majesté trop prononcée serait dénaturer la pièce, en lui prêtant des allures de requiem. Les airs mêmes les plus sérieux doivent ici prendre une teinte joyeuse, presque sautillante. A l’inverse, évidemment, les leçons de Ténèbre doivent prendre toute la gravité du temps liturgique.
    Ce serait enlever leur humour aussi aux hommes du XVIIe siècle, tout autant qu’enfermer les interprètes actuels dans un musée poussiéreux, que d’imposer « un train de sénateur. » Même si je suis d’accord sur la confusion fréquente entre légèreté et superficialité.
    Ne prenez pas en mal, pour autant, ces remarques d’amateur.

  3. Une des principales difficultés posées par la musique purement instrumentale de cette période, qu’il s’agisse du répertoire anglais ou français, réside dans le fait qu’elle est en grande partie destinée à servir directement dans le cadre de divertissements : ce rondeau, qui ouvre une suite de danse composée de six courtes pièces de caractères, pourrait par exemple tout à fait convenir à l’accompagnement de quelques danseurs dans le cadre d’interludes ponctuant un dîner à la cour, interprété cependant peut être avec moins d’instrumentistes.
    C’est que l’instrumentation est en général entièrement absente des partitions du dix-septième siècle : à nul instant n’est précisé si ce sont les flûtes ou les violons qui doivent jouer, et à l’époque comme aujourd’hui, ce paramètre demeure à la discrétion du chef et des interprètes (et la partition du Bourgeois Gentilhomme, dont on peut par ailleurs consulter le passionnant manuscrit sur gallica.bnf.fr, n’échappe pas à cette règle !). On comprend dès lors les fantastiques différences d’interprétation qui n’ont cessé de coexister pour ce type de pièce, différences par ailleurs accentuées par une ornementation très libre et une conception pour ainsi dire inexistante du droit d’auteur qui permettait toute sortes de remaniements de dernière minutes pouvant parfois altérer très profondément l’œuvre première, au point presque de la réécrire…
    Mais j’en viens à présent au problème de la légèreté : face à une telle liberté laissé par le compositeur, ces musiques tout d’abord rigoureusement non descriptives (ce qui ne signifie pas qu’elles n’avaient pas de sens !) ont eu tendance, à partir de la fin du XIXe siècle, période au cours de laquelle elles ont été pour la plupart redécouvertes (même si pour Purcell la renaissance est plus tardive), à faire l’objet d’une dramatisation toute romantique, et surtout d’interprétations lyriques qui n’avaient absolument pas de sens au moment de leur création, dans la mesure où elle n’avaient aucun rapport avec la mise en évidence d’états intérieurs.
    Ainsi l’utilisation de ce rondeau dans Orgueil et Préjugés est-il à proprement parler un détournement ; détournement toutefois permis par l’état dans lequel les manuscrits nous sont parvenus, et qui s’inscrit dans une tradition certes anachronique mais tout à fait honorable de la musique de cette période, et qui va de Brahms jouant Couperin au Piano à la suite d’une sonate de son propre cru à la sarabande de Haendel ralentie à l’extrême dans une nuée de cordes pour sonner le glas de l’ascension terrifiante d’un Barry Lyndon.
    Cette voie romantique n’est pas celle que suivent la plupart des ensembles baroques actuels, qui tentent d’explorer de nouveaux territoires sonores en partant à la recherche des conditions historiques d’interprétation pour mieux réinventer ces compositions ; toutefois elle a aussi sa légitimité et surtout son efficacité, et c’est peut-être précisément l’un des aspects géniaux de cette musique de pouvoir encore susciter, à plus de trois siècles d’intervalles, des interprétations aussi contraires et pourtant également magnifiques dans leur domaine propre.

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