Pourpre

Tropisme imeldien (Pastiche « revisité » de Sarraute)

Un fil s’étirait le long de son corps, vision hallucinée. Les poètes se pressaient dans sa tête, ces voyants, ces fous, ces pleurants heureux de mettre des mots sur leur douleur aigüe, comme une lame invisible qui trace les contours de la plaie sans même les toucher.
A ces maîtres de leur plume et non de leur vie se mêlaient indistinctement les images, les topoï, les fleurs, les roses bonbon, les photos perpétuelles, le figé, le conforme, l’idée. Elles se glissaient insidieusement, entre les poètes souffrants, menaçant sans cesse leur singularité, pleines de séduction avec leurs sourires fats, leurs airs d’une vanité béate, la mort qui les attendait et s’apprêtait à les défigurer.
Elles allaient imploser de leur vacuité même, de leur vieillesse croulante, comme une courtisane agée, comme un objet usé jusqu’à la corde.
Et pourtant parmi elles subsistait un vieux mot, le plus éculé, le plus déformé, le plus vaste, le plus précieux, le mot amour. Cependant, ces lettres brillaient d’un éclat particulier, comme si un souffle revisitait les pauvres amours humaines, comme si le plus grand des topoï ne correspondait pas, comme tous ses frères peut-être, à une vérité originelle et originale, et celle-ci trouvait son souffle en l’Origine même.

26-I-2010

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