Microcosmes

Un espace pas plus grand qu’un doigt de couturière, pas plus fin que son aiguille, pas plus doux que la piqûre dans l’étoffe, pas plus beau que ce fer sur ce velours.
Dans les infimes fils s’irisaient mille reflets en pointillés, diaprures anciennes, nouveaux scintillements. Mille mondes y vivaient et y mouraient, éphémères existences dans l’infini de l’instant.
Vertigineux microcosmes où les grandes idées reculaient dans leur brume, où la compréhension du monde se glissait dans un champ d’investigation plus étroit et plus dilaté.
La jeune fille, peut-être une adolescente, ourlait une robe dans le refoncement de la fenêtre. Des caresses lumineuses coloraient les détails de son visage, ménageant des zones d’ombre, soulignant l’arrondi de ses pommettes et l’ombre de ses cils.
Ses doigts, aussi effilés que ceux dont on peut rêver, palpitaient délicatement ; son poignet étroit sortait d’une manche boutonnée jusqu’au coude, comme un rang de spectateurs. Le ballet de ses mains se développait alentour, régulier dans son mouvement, inopiné dans sa spontanéité. Comme ceux d’un pianiste, ses doigts révélaient une pluie musicale étrange, une gamme inhabituelle, variant indéfiniment, presque tendrement, comme ce contact velouté au monde minuscule qu’elle éveillait.

2-II-2010

Une amie s’est amusée à faire un commentaire de ce petit texte que j’ai écrit. Le pire, c’est que cela se tenait. Je proposerais pour ma part ce commentaire en trois parties :
I. Un tableau paradoxal de l’espace (le petit est infini)
II. Un éloge de l’art (dimension picturale, clair-obscur, références à Vermeer et à Flaubert, dimension musicale…)
III. Un texte faussement littéraire : la littérature, c’est du pipô.

Conclusion : Qu’est-ce que la littérature ? Si l’on peut définir des caractéristiques littéraires à un texte qu’on a écrit au fil de la plume et sans peser chaque mot, comment y croire ?
Bien sûr, le débat est plus complexe, notamment avec, grossièrement, deux écoles : le texte est-il soumis à l’intention de l’auteur et l’interprétation du lecteur ? Un peu des deux sans doute. Equilibre à trouver, à ajuster.

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2 réflexions sur “Microcosmes

  1. Ma chère Imelda, puisque c’est ainsi que l’on t’appelle ici;
    Chaque fois que je vais sur ce blog, j’ai le sentiment de revivre cette scène tirée d' »OSS 177, Rio ne répond plus » : un groupe d’espions échangent des phrases toutes aussi étranges les unes que les autres, et un d’entre eux, à ne rien comprendre, finit par dire « euh…on va se chercher un verre, dites? »
    Alors, les Khâgneux, on va se chercher un verre, dites?

  2. 😀 Merci pour ce commentaire. Ne nous retire pas nos minuscules plaisirs, chère Marion. Et n’aie crainte, ce blog (à vocation culturelle uniquement, ou presque) ne reflète que bien partiellement la vie de khâgneuse, faite aussi de rires et (même) parfois des sorties !! 🙂
    Pour le verre, je suis tout à fait partante !

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