Vere novo

En lisant Les Contemplations de Victor Hugo (pour mes chères études), j’ai trouvé ce poème que je trouve franchement délicieux, et qui vous donnera un avant-goût du printemps par sa grande fraîcheur. Il me fait d’ailleurs un peu penser à Cyrano de Bergerac de Rostand, avec la métaphore (concernant ici les papillons) de petits billets…

NB. Le titre du poème, « Vere novo » équivaut à « Au début du printemps » en latin. On le trouve cette expression dans les Géorgiques de Virgile.

Comme le matin rit sur les roses en pleurs!
Oh! les charmants petits amoureux qu’ont les fleurs!
Ce n’est dans les jasmins, ce n’est dans les pervenches
Qu’un éblouissement de folles ailes blanches
Qui vont, viennent, s’en vont, reviennent, se fermant,
Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.
O printemps! quand on songe à toutes les missives
Qui des amants rêveurs vont aux belles pensives,
A ces coeurs confiés au papier, à ce tas
De lettres que le feutre écrit au taffetas,
Au message d’amour, d’ivresse et de délire
Qu’on reçoit en avril et qu’en met l’on déchire,
On croit voir s’envoler, au gré du vent joyeux,
Dans les prés, dans les bois, sur les eaux, dans les cieux,
Et rôder en tous lieux, cherchant partout une âme,
Et courir à la fleur en sortant de la femme,
Les petits morceaux blancs, chassés en tourbillons
De tous les billets doux, devenus papillons.

Mai 1831.

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