Qu’est-ce que la littérature ?

De façon esquissée, je vais essayer de vous donner ma propre définition de la littérature, forgée à mesure de mes lectures, de ma formation khâgnalistique et de mes petites expériences d’écriture.

Nous avons vu récemment en cours une réflexion qui m’a bien plu, de Paul Valéry. Il distingue deux « pôles » : la prose, et la poésie. C’est entre ces deux pôles que se situent les textes. Un critère permet de comprendre : dans la prose, le langage est un outil pour exprimer. Dans la poésie, le langage un matériau.
Plus on se rapproche du pôle « prose », plus on est de l’ordre de l’importance du sens, de l’utilitaire, par exemple, la recette du gâteau aux fraises des bois.
Plus on est du côté de la « poésie », plus le texte va être littéraire, jusqu’à s’apparenter à l’art pour l’art, c’est-à-dire à l’importance donnée à la forme, jusqu’à ce qu’elle devienne forme pure, s’il est possible.
Le texte sera d’autant plus littéraire qu’il sera propice à la question non pas du contenu « Que dit ce texte ? » mais « Comment le dit-il ? »

En effet, le texte littéraire a pour caractéristique d’être orienté selon un point de vue, un axe, qui met en lumière certains éléments et ménage des zones d’ombre (cf. les précédents articles sur le clair-obscur). Tout sera organisé autour de cet axe (ou de deux voire trois) : l’organisation de l’espace et du temps, la focalisation, les personnages, l’action, les moindres détails, souvent symboliques. Des figures de style seront donc utilisées, plus ou moins consciemment, pour mettre en évidence ces axes, pour souligner ce jeu de lumière.
Exemple au hasard : dans un passage de Brighton Rock de Graham Greene (grand auteur anglais, à lire !), plusieurs « axes » se superposent : une scène de combat physique, une lutte psychologique également, et une tension spirituelle. Le texte reflète donc, idéalement jusqu’au moindre mot, ces tensions.

Tout cela montre donc ce qui fait la force de la littérature : la puissance du langage, la magie du verbe, à évoquer le réel mais aussi et surtout à le créer, à créer un monde autonome, une oeuvre d’art.

Oui, mais dans tout cela me direz-vous, comment écrire de la littérature ? Faut-il peser chacun des mots, presque artificiellement ?
Je crois qu’il vaut mieux avoir « l’axe » en tête (par exemple, je veux que cet événement soit décrit avec distance, ironie et satire), et je me laisse guider dans mon écriture qui en prendra tout naturellement l’influence, et sera donc plus à même d’exprimer textuellement l’objet évoqué.
Et puis, ne négligeons pas le contenu, ou le sens. Car la forme dépourvue de sens ou presque, soyons clairs en dépit des Mallarmé et autres art-pour-l’artistes, cela fait de jolies expériences littéraires, mais n’éclaire pas beaucoup le lecteur.
C’est en fait tout un équilibre à trouver, propre à chaque écrivain, pour que la forme ne phagocyte pas tout sens, et que le sens ne réduise pas la forme à une visée utilitaire non plus. En bref, un équilibre entre les deux pôles cités plus haut.
A suivre…

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4 réflexions sur “Qu’est-ce que la littérature ?

  1. Il y a une question à laquelle j’ai toujours eu du mal à répondre, c’est celle-ci : « Faut-il peser chacun des mots, presque artificiellement ? », notamment dans un roman. Dans un poème, c’est clair (enfin, pour moi), chaque mot est pesé, ne serait-ce du fait de la forme. Un alexandrin doit contenir douze syllabes : l’importance des mots et leur liaison entre eux (« e » muet ou pas, etc…) est constitutive d’une telle oeuvre. C’est pourquoi, d’ailleurs, on peut passer 2 heures sur 8 vers, les mots étant passés et repassés dans notre esprit, avec maintes variantes, « synonymes » (même si, comme chacun sait, il n’y a pas de vrais synonymes, et encore moins en poésie qu’ailleurs), métaphores… Jusque là, j’y arrive.

    Mais là où je n’ai pas encore su clairement me déterminer, c’est dans l’écriture romanesque. Et c’est là que la question sus-citée prend toute son importance. Par nature, un roman comprend bien plus de mots qu’un poème : je ne sais pas cependant si cela est une raison suffisante. Mais surtout, un roman, du fait qu’il est narratif, notamment, est beaucoup plus ample qu’un poème : l’encre se doit de couler plus. Mais faut-il alors sacrifier la qualité à la quantité ? Personnellement, c’est l’impression que cela me fait. Dans l’écriture romanesque, il me semble que je dilue mon inspiration, ma capacité créatrice (je ne sais trop comment dire) et qu’à l’arrivée tout est plus fade qu’en un poème.

    Peut-être, au fond, tout cela est-il question de style. Peut-être certains ont-ils la plume facile, sont-ils « comme un oiseau dans l’encre » lorsqu’ils écrivent un roman, et d’autres, desquels je serais, se sentent-ils plus à leur aise en vers qu’en prose.

    Pourtant, je persiste à vouloir signer un roman – sans doute parce qu’à l’inspiration ne correspond qu’une seule forme bien souvent, à savoir forme romanesque, poétique ou théâtrale, et que lorsqu’une idée me vient, je ne peux la transcrire qu’en roman, ou qu’en poème, mais pas dans l’un ou l’autre arbitrairement -, bref, je persiste, d’où cette lancinante question. Pour éviter les passages à vide, les « phrases faibles » ou autres maladresses dus au délayage (inévitable peut-être) de la prose, j’ai tenté de peser « artificiellement » chaque mot. Le résultat est pire, on n’avance pas, et surtout ça ne « rime » à rien : tel est le résultat de cette expérience. Le travail de chaque mot rime à quelque chose dans un poème ; tandis que c’est le sens qui doit dominer dans la prose. Voilà où j’en suis arrivé pour l’instant ; conclusion provisoire s’il en est !

  2. La question que tu soulèves est juste.
    Il peut sembler en effet que le romancier néglige davantage la forme que le poète, faute de temps. Pourtant, je crois que Flaubert a écrit « L’Education sentimentale » en cinq ans, ne faisant presque que cela. Sans parler de Proust. Chez Giono aussi, j’ai l’impression d’une écriture très poétique, très pensée jusqu’à la moindre virgule.
    Et pourtant, chez nous pauvres amateurs, qui avons quelques menues occupations parallèlement, il est difficile d’avancer un roman de cette manière. Personnellement je mets déjà une heure à écrire une page, en m’appliquant un peu…
    Mais j’ignorais que tu écrivais des romans Télémaque ! Super ! Je serais curieuse de lire quelques pages. 🙂

  3. Je passe quant à moi jusqu’à deux heures pour 8 vers… Mais bon, c’est plus court, alors je parviens à ne pas trop délaisser mes « menues occupations », même si, en fait, l’écriture a tendance à submerger le reste. Sans compter qu’un roman ou un poème se pense autant qu’il s’écrit, c’est-à-dire qu’il occupe l’esprit même en dehors du temps imparti (sur le trajet de la gare, en mangeant…). Parfois, je me dis que je ne devrais rien écrire avant les examens : hélas ! j’écris toujours…
    Le temps ne passe jamais aussi vite que lorsque j’écris.

    Sinon, oui, j’écris des romans… Enfin, des débuts de roman ! Impossible de décoller… Je change d’idées… Surtout, ce qui me dérange, ce sont les invraisemblances que je décèle dès que l' »intrigue » avance… J’en ai fini un, cependant, mais d’un résultat assez médiocre. Je n’ose point trop te le faire parvenir…

    D’ailleurs, te retourne la requête : si jamais par hasard tu voudrais me faire lire quelque chose, comme au temps jadis, je suis prêt…

  4. Si tu ne préfères pas être lu, je ne te force pas. 🙂
    Sinon, effectivement je me souviens que tu avais lu, je crois, « Reconquérir Antania ». Là j’ai commencé quelque chose, mais seulement une quarantaine de pages pour l’instant. Je te dis quand je l’aurai fini (environ 56 ans, au rythme où je vais :-D)
    Mais tu as raison, ces fichus romans nous occupent un peu trop l’esprit parfois… Au risque d’une schizophrénie la plus complète. Aussi apprend on à prendre un peu de distance. Equilibre à trouver ! (une fois de plus)

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