Le maître d’etudes

Un autre poème de Monsieur Hugo que j’ai apprécié dans ses longues Contemplations. Le maître d’études est le surveillant en collège ou lycée. Voici un petit extrait qui souligne avec sensibilité et lyrisme les difficultés que le maître d’études a à se concentrer dans le tumulte des élèves, si bien qu’on lui rogne les ailes…

Aux heures du travail votre ennui le dévore,
Aux heures du plaisir vous le rongez encore;
Sa pensée, arrachée et froissée, est à vous,
Et, pareille au papier qu’on distribue à tous,
Page blanche d’abord, devient lentement noire.
Vous feuilletez son coeur, vous videz sa mémoire;
Vos mains, jetant chacune un bruit, un trouble, un mot,
Et raturant l’idée en lui dès qu’elle éclôt,
Toutes en même temps dans son esprit écrivent.
Si des rêves, parfois, jusqu’à son front arrivent,
Vous répandez votre encre à flots sur cet azur;
Vos plumes, tas d’oiseaux hideux au vol obscur,
De leurs mille becs noirs lui fouillent la cervelle.
Le nuage d’ennui passe et se renouvelle.
Dormir, il ne le peut; penser, il ne le peut.
Chaque enfant est un fil dont son coeur sent le noeud.
Oui, s’il veut songer, fuir, oublier, franchir l’ombre,
Laisser voler son âme aux chimères sans nombre,
Ces écoliers joueurs, vifs, légers et doux, aimants,
Pèsent sur lui, de l’aube au soir, à tous moments,
Et le font retomber des voûtes immortelles;
Et tous ces papillons sont le plomb de ses ailes.

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2 réflexions sur “Le maître d’etudes

  1. Un magnifique poème, qui me fait penser à ces quelques personnages bienveillants rencontrés dans cette scolarité collégienne et lycéenne, et dont nous avons en effet été la croix…(Non, Imelda était sage…)

    « Je vais t’envoyer chez la Mme X (sur-gé), Marion !
    -Bof, des promesses, toujours des promesses… »

    Et « spéciale dédicace », comme on dit de nos jours (oui, « dédicace spéciale » fonctionne aussi, pourtant…) à ce surveillant de 23 ans tout mouillé, qui au lieu de me dire d’arrêter d’écrire des parodies en étude, m’avait conseillée pour les perfectionner…
    Avec plus de personnes comme ça dans les écoles, les ados courraient pour y aller.

  2. Ton expérience me fait penser à celle de Totorounet (sic) qui a probablement écrit ce poème en pensant à un jeune maître d’études nommé Félix Biscarrat, qui surveilla Victor au collège, et encouragea (alors âgé de 15 ans) à écrire ses poèmes.
    Sans Félix, pas de Contemplations ! Pas de Châtiments ! Pas de Légende des siècles ! Pas d’Orientales ! Pas de Rayons et d’Ombres ! Peut-être pas de Misérables ! (bon ça on s’en serait passé…)
    Ecris, jeune Marion ! Les lauriers de la République t’attendent peut-être ! …
    Comment ça je ne suis pas crédible ? 🙂

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