Les langages de l’amour

Drôle de titre, non ? Va-t-on vous servir la recette efficace et définitive pour réussir vos relations, du style Comment se faire des amis, le best-seller de Dale Carnegie ?

En fait, non. Il s’agit pourtant ici d’évoquer le contenu d’un livre écrit par un Américain, Gary Chapman, dont le titre est celui de cet article. Cet ouvrage (qui en soi n’invente rien…) m’a vraiment convaincue, aussi pensé-je qu’il pourra vous éclairer également. Cet ouvrage à l’intérêt de montrer que chaque individu a un langage d’amour différent, et que la dégradation de beaucoup de relations, conjugales mais aussi amicales ou filiales, tient au fait que chacun parle son propre langage d’amour en croyant que l’autre possède le même ; cela résulate alors sur une baisse voire une disparition du sentiment d’être aimé, et donc une mésentente. En effet, les recherches montrent que le sentiment d’être aimé est le besoin le plus fondamental en l’homme, celui qui le rend le plus heureux.

Prenons un exemple. Jacqueline se plaint que son époux Jacques ne l’aime pas, puisqu’il ne prend jamais le temps de s’arrêter et de discuter avec elle au calme. Jacques hallucine : elle ne voit donc pas tout ce qu’il fait pour elle, par son activité professionnelle afin qu’elle ait assez d’argent, mais aussi tous les travaux et services qu’il réalise à la maison… Le problème est qu’ils ne parlent pas le même langage d’amour : Jacqueline possède celui des moments de qualité, et Jacques, celui des services rendus. Tous deux veulent montrer leur amour et se sentir aimés, mais ne parlent pas la même langue.

Mais cela vaut également pour les enfants. Si un enfant a besoin de passer beaucoup de temps avec ses parents pour se sentir aimé et qu’il n’en est pas ainsi, cela pourra nuire à son épanouissement.

Ainsi existent cinq langages d’amour :

Les paroles valorisantes. Celles qui encouragent. Celles qui disent qu’on aime l’autre. Celles qui sont humbles, admiratives ou reconnaissantes. « Ta robe te va très bien. » « J’apprécie beaucoup que tu aies lavé la vaisselle ce soir. » « Peux-tu faire la tarte que tu réussis si bien ? » « Tu es un ami précieux. » (Et à votre fils qui a fait un dessin horrible) : « Oh ! Comme c’est joli ! »

– Les moments de qualité. Le fait d’être ensemble et de prêter une pleine attention à l’autre. Pas regarder de la télévision sur le même canapé ! Mais aller au restaurant. Se promener au bord d’une rivière en cueillant des marguerites. Jouer à la poupée avec votre fille. Partir en week-end à la montagne ensemble. Faire une activité commune. Passer juste dix minutes à discuter. Ne pas oublier de prêter attention aux sentiments de l’autre (déception, colère, inquiétude…).

– Les cadeaux. Onéreux ou ne coûtant rien, l’important est la charge affective qu’ils portent. Un bouquet de fleur à votre maman, une carte à un euro à votre meilleur ami, une photo à un autre, des bonbons à votre fille, suffisent. Certaines personnes sont très sensibles aux cadeaux, d’autres pas du tout – il en est ainsi pour chaque langage d’amour.

– Les services rendus. Proposer de faire les courses à votre épouse, aider une amie à transporter ses bagages jusqu’à la gare, tondre la pelouse de la propriété familiale, se demander ce que en quoi votre papa aimerait être aidé…

– Le toucher physique. Faire un gros câlin à sa petite soeur. Faire la bise à une amie alors qu’on n’aime pas le faire. Poser la main sur l’épaule d’un ami déprimé.

Bien sûr, certaines personnes qui parlent le même langage d’amour ne parleront pas le même dialecte. Ainsi, pour deux conjoints pour qui le langage principal consiste dans les services rendus, chacun n’attendra pas forcément la même chose de l’autre : Marc se sentira aimé par Marie uniquement si elle fait les lits et donne le bain au bébé, et Marie se sentira aimée par Marc uniquement s’il lave la voiture et passe l’aspirateur. C’est exactement comme cela qu’ils se sentiront soutenus et entourés.

Question finale : comment découvrir son langage d’amour ? Posez-vous ces question : qu’attendez-vous des autres ? Qu’est-ce qui vous donne le plus le sentiment d’être aimé ? Les compliments ou les accolades ? Qu’est-ce qui au contraire vous blesse le plus profondément ? Qu’on vous laisse tout faire, ou qu’on oublie votre cadeau d’anniversaire ?

Bien sûr, chacun n’a souvent pas un seul langage d’amour, mais plusieurs qui le touchent davantage. Il suffit de hiérarchiser les langages par lesquels on se sent aimé.

Et pour connaître le langage d’amour d’autrui ? Observez l’occasion il est le plus ému par le langage d’amour que vous lui prodiguez. Par ailleurs, on parle souvent le langage d’amour qu’on aimerait recevoir. La personne en face réclame-t-elle des paroles d’encouragements ? C’est que c’est important pour elle. Rend-elle sans cesse service ? C’est sans doute qu’elle attend la même chose de votre part.

Voilà, tout cela est à prendre, comme tout schéma de psychologie, avec le recul que nécessite la singularité de chaque personne humaine ! Pourtant cela peut, je pense, réellement nous éclairer.

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5 réflexions sur “Les langages de l’amour

  1. Une analyse assez intéressante, qui me rappelle un peu ce best-seller, « les hommes viennent de mars et les femmes de vénus », qui part exactement du même constat, et où la différence des langages est très longuement évoquée. (Si je me souviens bien, dans l’exemple très glamour de la descente des poubelles. Un chapitre qui permet d’obtenir beauuuucoup de choses quand on le maîtrise bien…)
    Euh…on peut les avoir tous, tes langages? ^^

  2. Je dirais que le bouquin de John Gray (mis en spectacle par Paul Dewandre, à regarder ici : http://www.dailymotion.com/video/x52vgs_les-hommes-viennent-de-mars-les-fem_lifestyle ) complète la réflexion. Ce dernier évoque davantage la différence homme-femme, ce que ne fait pas Gary Chapman, dont le propos s’étend aussi à tous les âges. John Gray dit par exemple que l’homme a besoin qu’on ait confiance en sa compétence, tandis que la femme a besoin qu’on prête attention à ses émotions. Très intéressant aussi.
    Oui, certains usent et réclament tous les langages… Ils auront alors peut-être plus de difficultés à cause de leur exigence, mais seront sans doute plus riches d’amour. Enfin, il y a en a toujours un ou deux langages qui comptent plus (ou moins), non ? 🙂

  3. Intéressant en effet. Mais sur un sujet terriblement complexe, et je trouve que parfois Chapman mélange un peu tout, ou met en parallèle des choses qui, selon moi, ne se place pas sur le même niveau.

    Je trouve cette idée de « classements » des langages un peu artificielle. Selon moi, tout cela se mélange, en tout cas ne se théorise pas de l’extérieur, et c’est pourquoi il me semble difficile de savoir comment on veut être aimé. L’inconscient est très présent dans l’amour, et tout le monde n’a pas la faculté de se connaître au point de savoir quels médicaments lui sont nécessaires en ce domaine. Et en admettons qu’on parvienne à définir quel est son langage d’amour, c’est triste. Car alors le sentiment n’est plus sentiment, il devient en quelque sorte raison. C’est d’ailleurs le même problème en art : à force de voir les tableaux dans leur dimension technique (pigments utilisés, lignes, points de fuite…), on risque d' »omettre » de l’apprécier. De même en amour, le voir sous cet angle « technique » des cinq paramètres modulables selon le client (bon, j’exagère un peu !) me semble compromettre la bonne marche des choses.

    Plus prosaïquement, ce qui importe pour moi avant tout, et ce qui est le garant d’une bonne relation conjugale, amicale… c’est de se demander quel est le bien de l’autre. Vouloir le bien, le bonheur de son conjoint, voilà selon moi, ce qui doit sans cesse nous occuper l’esprit. Ca signifie d’office voir ce qui lui fait le plus plaisir, ou ce qui est meilleur pour lui. Et ça, c’est par l’attention qu’on lui porte qu’on l’apprendra. Etre attentionné, pour donner le meilleur. C’est ça, aimer (enfin, selon moi, évidemment).

    Quant à l’idée que « le sentiment d’être aimé est le besoin le plus fondamental en l’homme, celui qui le rend le plus heureux », je ne suis pas convaincu. Pour beaucoup d’hommes, sans doute ; mais pour tous, vraiment ? C’est vrai, être aimé, c’est agréable. Mais aimer, en ce qui me concerne, me paraît bien plus beau, et source d’un plus grand bonheur. Aimer, vouloir donner à l’autre le meilleur, le sentir heureux, épanoui, grâce à soi, quoi de plus magnifique ? Quelle plus belle récompense ?

    Et croyez-moi, je serais bien plus malheureux si on m’aimait et que je n’aimais pas, que l’inverse ! Et c’est désagréable de sentir que quelqu’un vous aime, mais que vous, vous ne l’aimez pas : car alors vous rendez malheureux cette personne qui vous aime. Dès que je sens que ce cas de figure risque de produire, je fais en sorte de me rendre moins aimable, ou au moins de faire rapidement comprendre que c’est « non » (bon, ça ne m’est arrivé qu’une fois). Et je préférerais mille fois ne pas me marier du tout que de me marier avec une femme qui m’aime et que je n’aime pas, ou que j’apprécie « sans plus ».

    Or, ce qu’il y a de bien avec le mariage, c’est qu’on a la possibilité, tout le long de la journée, de donner ce meilleur à l’autre, et non pas occasionnellement ; on peut alors se donner et donner à fond, plus souvent, et plus intensément.

    C’est pourquoi je me désintéresse des « théories » amoureuses, je les fuis comme si elles pouvaient corrompre mon élan premier.

    Ah oui, autre chose. Mettre ensemble l’amour filial et l’amour conjugal ne me semble pas une bonne chose. Car dans l’amour mère-fils intervient les liens du sang et de la chair : cet amour est donc presque génétique. Tandis que le second, bien plus palpitant me semble-t-il, à nous de la bâtir et de l’entretenir de A à Z…

    Voilà, voilà, c’est fini…

    • Votre analyse est bonne, sans conteste, mais ne remet pas en cause celle de G.Chapman !
      En effet, l’objectif que vous valorisez, qui reste celui d’aimer son conjoint, est fort louable et n’est aucunement remis en question par l’auteur. En revanche, son apport consiste à indiquer que l’on peut peut aimer « mal ».
      L’autre est… autre ! Il convient donc de ne pas projeter son image, ses désirs et ses fantasmes, mais de faire en sorte que l’autre se sente aimé. Pour cela, il faut apprendre le langage de l’autre et accepter de le parler. C’est du bon sens et on le fait parfois intuitivement. Force est de reconnaître que ce n’est pas toujours le cas.
      Bien entendu, il convient aussi de donner les « clefs » de son langage à l’autre.

      Point intéressant : G. Chapman ne dit pas que le langage est définitif. Il précise aussi que l’on peut être réceptif à plusieurs d’entre eux.
      Pour finir, il me semble que s’il aborde la notion de « réservoir d’amour » comme étant une constante chez tous les être humains, son livre porte avant tout sur l’amour conjugal, bien plus que sur les autres relations.

  4. Hum…je suis d’acord avec la plupart des propos de Télémaque, surtout quand il envisage l’importance de l’inconscient et l’impossibilité, voire la tristesse, de connaître « techniquement » quel est son « langage. » Mettre la distinction homme/femme et paent/enfant me paraît aussi important, puisque les parents ont parfois le devoir de ne pas suivre les désirs de l’enfant pour le bien de ce dernier (je parle de l’obliger à se coucher tôt, pas de contrarier une vocation, bien entendu), alors qu’un mari qui se permettrait un tel comportement envers sa femme serait le premier des rétrogrades (et un petit saut dans le XIXe, un !)
    Par contre, l’idée que l’amour « familial » soit « presque génétique » me laisse perplexe. Je pense notamment à cet « instinct maternel », qui n’existait pas dans des temps pas si anciens (à peine avait-on un peu d’argent qu’on envoyait ces créatures braillardes chez une nourrice) et que seuls le temps et l’aménagement nouveau des vies et des lieux de vie à permis de développer. Ou alors, on n’avait pas l’argent pour la nourice,alors on n’était bien forcés de s’en occuper, et on s’attachait avec cette personne qui partageait notre vie…comme pour tout autre de genre de relation, finalement : il suffit d’apprendre à connaître l’autre et parfois d’un peu de contrainte pour que ls sentiments positifs apparaissent!
    Enfin, ce n’est qu’une observation, qui est peut-être biaisée par ma manière de percevoir les choses…

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