Aux portes du temps

L’ombre de l’entrée jouait avec la clarté du petit jardin vert envahi de lierre, d’iris sauvages, de papillons blancs et d’un grand noisetier. La négligence discrète entretenue par cette végétation avait un charme abolissant le présent, mettant en évidence le flou du temps, la vague qui avait emporté toute pelouse tondue sur son passage. Le mur de brique pâli entourait une porte basse et vitrée. Sitôt pénétré dans la pièce, une odeur de fruits mûrs, de lavande et de poussière frappait les narines décontenancées. La vaisselle de faïence ça et là ébréchée apparaissait à travers le buffet haut, à peine éclipsée par le linge brodé plié en piles.

Les volets poussés, une lumière saupoudrée de nuages de poussière tombait sur le parquet aux lattes disjointes. La vieille bibliothèque croulait sous des rangées de livres : certaines pages se détachaient de leur brochure en fil, d’autres continuaient à étaler distinctement leurs lettres, petites filles d’oeuvres de Shakespeare ou d’un illustre inconnu de la troisième République.

L’un de ces volumes était rempli de contes insolites. Une fillette y visitait une comtesse fleurie de dentelles qui lui racontait des histoires tirées du Moyen-Age. Là, fées et châtelaines ne manquaient pas de lire l’épopée homérique, où face à un Ulysse mouillé, l’aède ne cessait de revenir à des temps anciens, si anciens.

10-VI-2010

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