Couleurs locales

Au terme d’un stage d’un mois dans un hebdomadaire régional de province, il serait intéressant d’en tirer quelques mots. Chaque jour, j’ai eu l’occasion de faire deux à trois reportages dans la ville en question, puisque je travaillais pour l’agence locale de cette ville – et non pour les pages communes à toute la région.

Pour garder l’anonymat de cette ville, je l’appellerai éponymement… Ville.

Les personnes interrogées

La plus jeune. Pavel, un petit garçon de 6 ans qui participait à un tournoi d’échecs à Ville. Il venait du XVIIe arrondissement de Paris, et avec ses yeux bleus et sa spontanéité, il était fort touchant.

La plus âgée. Georges, un vieux monsieur de 80 ans environ qui faisait visiter bénévolement l’église de Ville. Il s’y est marié en 1956. Il connaissait l’église à fond, vous vous en doutez.

La plus jolie. Une boulangère, qui venait d’arriver à Ville. Blonde, le visage régulier, agréablement maquillée, elle ressemblait quasiment à une actrice ! Acheter son pain peut donc parfois être éblouissant.

Les reportages

Le plus court. Cinq minutes à l’exposition de l’école de dessin, parce que je devais prendre un train ensuite…

Le plus long. Deux heures et quart de visite de l’église de Ville.

Le plus intellectuel. Les participants d’un colloque sur « Ce que nous pensons des animaux », venant d’un Centre culturel international, est venu visiter le haras. J’ai pu ainsi interroger un chercheur à l’Inra et une philosophe. Comment le dressage académique influence la relation homme-cheval…

Le moins intellectuel. La préparation d’un concours de chant pour les adhérents des clubs de retraités de la région… Et pourtant, la finale rassemble plus de 1500 personnes ! … Moi ? Me moquer ? Jamais !

Le plus gourmand. Les nouveaux propriétaires d’une crêperie m’ont demandé, avant que l’on s’asseoie pour les questions, ce que je souhaitais boire. J’ai choisi un jus d’ananas. Mais je ne vous dis pas combien de petits fours j’aurais pu enfourner aux réceptions officielles…

Les plus polémiques. Des commerçants râlaient contre l’augmentation des droits payés à la Sacem dans les lieux sonorisés. Ils ont préféré ne pas donner leur nom, pour que la Sacem ne leur tombe pas dessus.

Dans un autre genre : ayant interrogé un bachelier mention très bien, une dame a écrit au journal pour se plaindre de ce qu’il venait du privé alors qu’il y avait de meilleures moyennes dans le public, exemple à l’appui.

Le plus périlleux. Pour parvenir jusqu’aux artificiers qui préparaient le feu d’artifice du 14 juillet, j’ai dû franchir une barrière de sécurité… Bon, j’ai demandé la permission à un agent de la Ville quand même.

Le plus insolite. Lors de la visite de la nouvelle cuisine centrale, entrant en espace « stérile » nous avons dû, avec l’autre journaliste, enfiler blouse, charlotte, chaussons et masque. Je riais sous cape car je n’arrivais pas à respirer dans mon masque…

Les plus émouvants. Un libraire qui fermait boutique après y avoir travaillé 23 ans, à cause de la crise et de la concurrence des « marchands de livres » de la ville. Il avait presque la larme à l’oeil en expliquant que c’était le plus beau métier du monde, qu’il avait vu ses clients avoir des enfants, mourir… C’est l’un des reportages que j’ai préféré.

Il y a aussi des moments, comme les résultats du bac, la remise des diplômes des aide-soignants, l’anniversaire d’une centenaire, où l’on est presque pris dans l’émotion générale, et presque triste de ne pas faire partie de la fête (sans compter le petits fours manqués…).

Le plus international. La presse équine américaine est venue au haras pour connaître la filière équine régionale et en parler en vue des prochains Jeux équestres mondiaux de Lexington dans le Kentucky. J’ai donc demandé en anglais à la journaliste de Horse Illustrated comment elle trouvait la région, elle m’a répondu « wonderful ! » Je n’en attendais pas moins.

Par ailleurs, j’ai appris une coutume des journalistes (et autres) américains : celle de donner sa carte, sans un mot.

Le plus chaleureux. Lors du don du sang à la marie, le président de l’association des donneurs de la ville voulait à tout prix que je donne mon sang. C’était un assez vieux monsieur très gentil, et j’ai apprécié qu’il s’adresse à moi en-dehors de mon statut de journaliste… Et puis il a dit qu’au moins, notre journal venait en reportage à chaque du don du sang.

Les moins chaleureux. Le directeur du cinéma faisait le bilan de la Fête du cinéma qui n’avait pas très bien marché. Il était assez distant derrière son bureau.

Egalement : la directrice d’un centre de loisirs qui avait l’air surbouquée.

Les difficultés

Les refus des gens. Quand vous proposez à une cliente de l’interroger parce que vous faites un article sur les soldes, et qu’elle vous regarde d’un air apeuré en disant non.

Les refus des correspondants locaux. Vous devez demander à un correspondant de prendre une photo du lieu d’un accident, et il vous répond de manière confuse qu’il ne le fera pas et qu’on l’exploite. Il s’est arrangé avec le rédacteur en chef…

Les erreurs. Vous avez cru entendre, juste avant une interview avec la mercière, celle-ci dire à une cliente qu’elle sera fermée une partie de l’été. Elle vous rappelle énervée pour vous dire qu’il n’en est rien, que depuis (les rumeurs courant…), les gens pensent qu’elle va se faire opérer, ou qu’elle est paresseuse… C’est toujours gênant.

Les échecs. Je devais interroger les ouvriers qui posaient des grillages sur les nouveaux vitraux de la chapelle de l’établissement catholique de la ville. Mais je n’ai pu accéder à l’autre côté du bâtiment où se trouvait la chapelle. A défaut, j’ai pris une photo de ces ouvriers (enfin, du camion…) à travers les grilles, avec un très gros zoom, pour « Les images de la semaine ».

Les anecdote mignonnes

A l’anniversaire d’une centenaire, j’étais à un moment à côté d’une poussette vide. Une petite fille de 3 ans vient me voir et me demande : « Il est où ton bébé ? »

Dans un centre de loisirs, une petite fille de 10 ans vient vers moi et me dit avec de grands yeux : « Plus tard je voudrais aussi être journaliste. Il faut combien d’années d’études ? » Je n’ai pas osé lui dire que je n’étais pas encore journaliste, mais lui ai expliqué gravement qu’il fallait « trois ans de ce qu’on voulait, puis une école pendant deux ans ».

Remarques annexes

Casser le cliché. Le journalisme local ne s’intéresse pas aux chiens écrasés. Les faits divers, certes assez peu passionnants (accident entre la D13 et la D14…), ne font qu’une partie du journal. Il offre une vraie diversité de reportages.

Malgré tout… J’ai été surprise, le premier jour, de voir que l’on pouvait faire un article avec photo sur un mariage tout à fait ordinaire.

On accueille la journaliste les bras ouverts. Comme l’article dans le journal va leur fait de la publicité ou les rendre quelques jours « célèbres », les gens répondent souvent avec plaisir.

Des gens passionnés et passionnants. Certains de mes interlocuteurs ont tellement su m’intéresser qu’ils m’ont sucessivement presque donné envie de devenir ébéniste, boulangère, monitrice d’enfants, et vraiment : libraire… Et journaliste radio, lorsque j’ai visité la radio qui appartient au même groupe que le journal.

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3 réflexions sur “Couleurs locales

  1. Voilà un intéressant résumé sur la presse locale. J’aime définitivement l’annecdote sur « le plus périlleux » et « le plus polémique ».
    Le Parisien que je suis ne se présentera plus aux gens de ce genre de villes en disant :
    « Dites-moi bel indigène, pourriez-vous m’indiquer la préfecture? »
    😀
    Toute plaisanterie mise à part, merci pour ce petit article et bravo pour ce stage. A quand les nouvelles aventures d’Imelda journaliste? 🙂

  2. Pas plus tard qu’hier, j’ai répondu à quelques questions d’une journaliste (ou stagiaire : elle était bien jeune) de France Bleu. Elle voulait savoir ce qu’en tant que touriste je pensais de sa ville.

    C’est toujours amusant (et agréable) de voir qu’on s’intéresse un peu à vous !

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