Le chant comme art de vivre – Entretien avec Cécile Grellstein

Jeune cantatrice talentueuse, Cécile Grellstein est soprano grand lyrique et se produit en France et en Allemagne. Elle nous parle de sa passion du chant.

Depuis quand chantez-vous ?

Depuis toujours ! Disons que j’ai eu un éveil à la musique dès mon plus jeune âge. A 9 ou 10 ans, je suis rentrée dans la maîtrise du Conservatoire d’Orléans, dirigée par feu Toni Ramon. C’est de là qu’est né mon désir d’être chanteuse. Ensuite, j’ai pris des cours de chant lyrique à l’âge de 20 ans. Mais c’est seulement à l’âge de 23 ans que ma voix « lyrique » s’est confirmée.

C’est en année Erasmus à Berlin que vous avez poursuivi votre formation… Qu’y avez-vous appris ?

C’est là que j’ai rencontré un professeur qui m’a aidé à sortir cette voix lyrique. En fait, comme j’ai chanté longtemps en maîtrise, j’avais trops de “restes” de ma voix à cette époque. Or, passé 16 ans, après la mue la voix peut se développer davantage, prendre davantage de corps. C’est un long travail d’écoute, de maturation et de prise de conscience. C’est donc à Berlin que ce déclic a eu lieu.

Comment en êtes-vous arrivée à faire de cette passion votre profession ?

Il y a des moments dans la vie où il faut faire des choix pour avancer. J’avais, même en faisant mes études d’architecture, ce grand désir de faire du chant, mon métier, et cela à travers le monde de la scène – l’opéra. J’y trouve une joie, une pêche de vivre que je ne trouve nulle part ailleurs. Ce sont les raisons qui m’ont poussée à faire ce choix radical. Cela dit, la réalité de la vie nous rattrape aussi, et arriver à faire carrière prend du temps. Il suffit parfois d’une rencontre et la chance vous sourit !

Aujourd’hui, vous travaillez au sein d’un groupe particulier, ou « à la demande » ?

Je travaille à la demande.

Chantez-vous uniquement des opéras, ou également des airs sacrés ?

Je chante aussi bien le répertoire sacré, que l’opéra, le lied et la mélodie, du baroque à aujourd’hui.

Parmi les oeuvres que vous avez travaillées, lesquelles avez-vous préféré ?

Ce que je peux dire, c’est que j’aime interpréter des rôles forts, engagés.

Quels compositeurs abordez-vous?

Mozart,Verdi, Strauss, Wagner dans quelques années. Les compositeurs russes, comme Tchaïkovski. Berg, Puccini, tous les lied… Wolf, Schumann, Schubert, Schoenberg, Berlioz, Ravel, Poulenc – c’est splendide…. Britten. La liste est beaucoup trop longue pour tous les énumérer ! Bach, Gounod, Massenet…

Quelles cantatrices avez-vous pour modèle ?

La Callas, Julia Varady, Edda Moser, Leontyne Price, Renée Fleming, Karen Wierzba, Nathalie Dessay, Renata Tebaldi, Sena Jurinac, Régine Crespin, Anja Silja… « . Là encore, la liste est longue…

Avez-vous une oreille critique en écoutant les interprétations de ces cantatrices ? Cela vous permet-il de construire votre propre interprétation ?

Bien sûr. Parfois je m’en inspire aussi.

Avez-vous eu vous-même envie de composer des airs ? Ou, plus modestement, des chansons ?

Non, je n’ai pas ce talent. C’est un autre métier, complémentaire certes, mais je n’ai ni le génie ni la formation adéquate; ni l’intérêt. Je préfère travailler avec le compositeur et interpréter ses compositions.

Y a-t-il une réelle prédisposition à avoir une voix aussi « ample », ou est-ce uniquement le résultat d’un travail ?

Les deux ! Il y a différents types de voix : des voix légères, des voix lourdes, des voix souples, des voix avec une aisance à vocaliser, des voix longues, etc. Des voix graves, aïgues. D’où les appellations : soprane, mezzo, alti, contre alti… La voix se travaille : les cordes vocales sont des « muscles ». Donc on les travaille, on les assouplit. Tout cela se fait sur le souffle, et avec l’âge, les expériences de vie de chacun, leur personnalité, la voix évolue, s’ancre d’avantage dans le corps, s’étoffe, prend une pâte sonore etc. Ou alors, reste toujours pareille mais cela est rare.

Vous êtes soprano ?

Oui, soprano grand lyrique. Dans quelques années, je serais spinto ou dramatique. On verra comment évoluent les choses. En fonction de la nature de la voix, on aborde certains répertoires.

Quelle est la différence entre « grand lyrique » et « dramatique » ? Est-ce la nature du répertoire que l’on est plus apte à chanter ?

D’une part, mais aussi la couleur du timbre. Une voix dramatique a un timbre très sombre, beaucoup plus qu’un grand lyrique.

Comment trouver l’attitude physique adéquate à chaque interprétation vocale, dans les gestes, les expressions du visage ?

Tout d’abord, il y a la technique du chant qui doit être solide pour que l’interprète puisse concentrer son attention sur l’interprétation. Celle-ci se travaille, mes professeurs m’ont transmis certains conseils ou astuces notamment pour la musique du XIXe. A cela s’ajoute le style et le talent du chanteur.

Le plus difficile et le plus fantastique est, je pense, d’arriver à transmettre les émotions. Les gestes suivent, sauf si le metteur en scène impose des choses. Je ne crois pas qu’il faille trouver une attitude physique, mais plutôt l’émotion – ce que je veux transmettre, donner. La musique et le texte aident énormément à cela. L’attitude vient d’elle-même, et ne mettra pas la voix en danger. Bien sûr on peut aussi se servir de l’attitude physique comme aide à l’interprétation, mais le plus gros travail à faire est à l’intérieur de l’être, dans ses tripes.

Est-il difficile de régler la « pudeur » que l’on a dans son interprétation ?

On est impudique sur scène. Après, tout est une question d’équilibre.

Combien d’heures quotidiennes travaillez-vous le chant ?

Au strict minimum, une heure et demie bien souvent la matinée pour ce qui est du travail “vocal”. Mais travailler le chant n’est pas seulement chanter. C’est, par exemple, une lecture approfondie de la partition, un travail sur le texte, les émotions. Aller voir une expo, un concert, lire ; nourrir l’âme, l’intelligence, l’être. Et du coup embellir le chant, l’interprétation. Bref, c’est une vie, un art de vivre.

Comment êtes-vous parvenue à maîtriser le stress de la scène ?

C’est un apprentissage. Et c’est en ayant d’avantage confiance en ce que je fais. Mieux je suis préparée, moins je suis, a priori, stressée ; mais je fais comme si je ne le suis pas, je trompe mon monde. Cependant, le stress demeure et parfois apparaît dans la voix.

Où peut-on vous écouter prochainement ?

Fin 2010, à Berlin, j’ai un récital de prévu.

En juillet 2011, à Bourg-en-Bresse, dans une création de Jean-Claude Hemmerlin, Problème de Taille. C’est un défoulement lyrique.

Y a-t-il un endroit sur Internet où l’on peut vous entendre ?

Pas encore, bientôt. D’ici la mi-novembre, on pourra le faire sur mon site : http://www.cecilegrellstein.com

Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions.

 

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