Quand peut-on être père ?

Voilà ma plus récente réflexion, après un silence sur ce blog dont je m’excuse. Il s’agit ici de s’interroger sur les âges de la vie. On m’a dit récemment que lorsque OEdipe répond à l’énigme du Sphinx – « Qu’est-ce qui marche à quatre pattes le matin, à deux le midi et à trois le soir ? » – par : « c’est l’Homme qui au matin de sa vie se déplace à quatre pattes, qui au midi de sa vie marche avec ses deux jambes et qui au soir de sa vie s’aide d’une canne, marchant ainsi sur trois pattes », montrant la permanence de l’homme, OEdipe abolit en même temps le processus d’éducation. En effet, celui-ci permet seul de montrer qu’il y a deux temps dans la vie (sinon trois) : celui où l’on apprend, puis celui où l’on transmet – en continuant à apprendre ! L’homme a besoin de recevoir d’abord une formation (morale, intellectuelle, manuelle, théorique comme pratique !), et c’est cette étape que l’on tend à oublier, comme si l’enfant savait déjà ou devait inventer sa propre formation. C’est en partie l’idéologie des méthodes pédagogiques modernes – mais ceci est un autre vaste sujet.

Selon la tradition juive, la maturité est à quarante ans : ainsi Moïse quitte l’Egypte à 40 ans, reste 40 ans dans le pays de Madian, et vivra encore 40 ans. Aujourd’hui l’on vit plutôt 80 ans que 120 ans, me direz-vous. Ce chiffre symbolique nous mène cependant vers l’idée suivante : on est fils pendant quarante ans, puis père pendant quarante ans. (Pour une mère, cela fait un peu tard pour avoir des enfants d’ailleurs…). Au-delà du chiffre, il y a deux enseignements à retirer :

Ne pas être père trop tôt. Il semble y avoir une contradiction entre le fait de recevoir une formation, et celui d’apprendre à penser par soi-même, critère de maturité. Il ne s’agit certes pas ici d’avoir une tête bien pleine d’une somme de savoir philosophique, littéraire et pratique par exemple. Mais une tête bien faite, avec des outils de raisonnement, des références culturelles et des repères éthiques. Alors seulement l’homme pourra montrer à son fils non seulement les étoiles dans le ciel, mais la raison pour laquelle taper son petit frère apporte plus de mal que le bien qu’il ressent aux dépens d’autrui.

Ne pas être père trop tard. Certains diront que c’est le fait de notre époque d’avoir des enfants tard. Peut-être plus tard qu’au siècle dernier en effet, mais pas plus que sous la République romaine, où, si je ne m’abuse, l’adulescentia allait de 18 à 30 ans. La juvenis, où l’homme participait pleinement à la vie de la cité et fondait une famille, avec une femme d’ailleurs beaucoup plus jeune, allait de 30 à 46 ans. Quoiqu’il en soit, l’homme du XXIe siècle peut avoir tendance, avec la possibilité de longues études, l’importance donnée à la réussite professionnelle ou encore l’influence de l’individualisme (ou de l’égoïsme intemporel, soyons francs), à être père plus tard. Il peut songer à son développement personnel sans songer à transmettre. Ce qui peut-être au soir de sa vie, lui donnera l’impression d’avoir appris en vain, ou encore, s’il a pu donner dans sa profession, manqué quelque chose de plus intime à lui-même que lui-même, l’expérience de la paternité.

Cet équilibre de l’âge de la paternité (pas trop tôt, pas trop tard) que personnellement je situerais entre 25 et 35 ans aujourd’hui, selon la singularité des personnes, permet de répondre aux objections. En effet, dira l’avocat du diable (ou pas), pourquoi faudrait-il être père si tôt ? Ou même être père tout court ? L’important n’est-il pas de s’épanouir ? Eh bien, 40 ans (ou moins ; en clair : le temps qu’il vous faut) sont disponibles pour se former et devenir un homme, ce qui est suffisant ! Ensuite seulement, lorsque vous aurez pris la nette conscience que l’on vit aussi et surtout pour donner et recevoir (avec les sacrifices que cela implique), vous pourrez devenir un bon papa gâteux devant son bout de chou et prompt à s’en occuper. Mais on touche ici à un autre sujet, qui est celui de la définition de l’amour, tout simplement.

Autre objection, qui est très juste : on a beau apprendre, être un homme responsable et avoir une tête bien faite, seule l’expérience nous enseignera à savoir changer le bébé (si si), et surtout à réagir adéquatement en situation de crise (d’autorité par exemple). D’autant que les choses étant souvent bien faites, les soucis du jeune père sont moindres que celui du père d’adolescents ou de jeunes adultes, et la difficulté grandit à mesure de la maturité du père. En effet, le savoir n’est rien à côté de la sagesse, et la vie est le meilleur enseignement. Cette idée est d’ailleurs valable pour beaucoup de thèmes, de l’ordre de : « Quand est-on adulte ? », « Quand peut-on s’engager dans le mariage ? » etc.

Voilà quelques pistes de réflexion sur une pensée de la paternité, qui reste évidemment limitée. Mais n’ayant pas été père, je ne peux me servir que d’exemples de proches, pères de 22 à 80 ans, et de quelques repères culturels. Les commentaires sont bienvenus !

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