Savoir se déconnecter

Controversé, le « réseau social » Facebook a investi jusque l’actualité médiatique. Rarement pour annoncer ce bonnes nouvelles ! Ainsi il y a quelques jours, Le Figaro a annoncé qu’ « un internaute, qui a créé un compte au nom de l’humoriste Omar Sy, devra payer 1500 euros pour atteinte à la vie privée et violation du droit à l’image. »

Reposons la question : faut-il être sur Facebook ? Ou encore : faut-il quitter Facebook ? Ou plutôt : comment utiliser intelligemment Facebook ?

Il est certain que Facebook reste un monde virtuel avec les limites que cela implique. Les raisons pour le quitter sont nombreuses :

1) Comme il offre toujours de nouvelles informations, il provoque une dépendance facile, et il est difficile de s’en déconnecter. Beaucoup disent songer à quitter Facebook parce qu’ils y perdent beaucoup de temps, alors qu’ils auraient pu passer ces heures à avancer leur travail, à rendre service, ou même à voir dans le réel les personnes avec qui ils sont « en contact »!

En effet, sur Facebook, les photos, paroles et messages concentrent en un lieu des années d’espace et de temps. L’internaute fait ce qu’il veut, mais il est paradoxalement enchaîné. Alain Finkielkraut explique très bien cette dynamique en évoquant Internet. L’aliénation provoquée par Facebook vient de ce qu’il appelle la « fatale liberté » engendrée par Internet. « Livré à la satisfaction immédiate de ses envies ou de ses impatiences, prisonnier du zéro délai, l’homme à la télécommande n’est pas condamné à être libre, il est condamné à lui-même par sa fatale liberté. » (1)

2) Le monde qui s’y offre est déformé : les amis ne montrent que ce qu’ils souhaitent, et les « informations personnelles » réduisent certains à leurs »films préférés » et autres caractéristiques de détail. Facebook peut également susciter un certain narcisssime, grâce à des « photos de profil » choisies, une identité que l’on construit artificiellement.

3) Le monde est non seulement déformé mais peut susciter un certain voyeurisme : les message que vous écrivez sur le « mur » de vos amis, votre camarade de primaire qui figure dans vos contacts s’en serait passé ! certes on peut régler « qui voit quoi », mais qui le fait ? Il en est de même pour les photos de vos enfants (qui seront peut-être mécontents de savoir qu’ils sont sur Internet depuis leurs moins six mois) ou les détails de votre vie affective. Facebook peut développer une curiosité un peu malsaine. A un niveau social, votre employeur, si vous ne réglez pas vos « paramètres de confidentialité », pourra apprendre des choses de votre vie privée.

4) Facebook est un espace assez superficiel, qui permet rarement des échanges sur des sujets profonds et complexes, que ce soit par « chat en ligne » ou « commentaires de statut ». Sauf éventuellement sur des sujets d’actualité ; mais la taille maximale du « commentaire » empêche des analyses poussées.

5)  « Facebook favorise le sentiment d’être intégré socialement, constate Fanny Georges, chercheuse au CNRS. L’idée est d’être toujours en lien avec autrui, même hors connexion ».  Il permet à certaines personnes, plus fragiles, de combler un artificiellement un vide intérieur. Il peut leur donner le sentiment d’exister socialement, à la mesure du nombre de commentaires ajoutés au « statut ».

6) Vos vrais amis restent les mêmes, sur Facebook ou non !

7) Il faut compter également les publicités (comme enjeux financiers ), le fichage des données (car ce qui est écrit sur Facebook devient la propriété de Facebook), les jeux stupides sur Facebook… Autant d’inconvénients.

Alors ? Faut-il quitter Facebook ? Quelques raisons de ne pas le faire :

1) Il permet d’avoir des nouvelles de personnes à qui on écrirait pas forcément, soit par timidité, soit parce que concrètement, les journées ne font que 24 heures et l’on ne peut contacter plus de n personnes par jour ; humainement, il faut bien choisir de développer telle ou telle amitié.

2) Facebook permet d’avoir quelques informations que l’on n’aurait pu avoir autrement : des adresses mail, des dates d’anniversaire, des événements, des petites annonces… Certains n’envoient même leurs invitations (à des pendaisons de crémaillère par exemple) uniquement par Facebook.

3) Facebook est devenu un phénomène social, intéressant pour qui souhaite étudier la société de manière un peu critique. Les groupes qui se créent (soutien à tel ou tel par exemple) et les sujets qu’on y rencontre sont un reflet, déformé certes, de la France en 2010.

4) Et puis c’est gratuit, contrairement aux formules téléphoniques…

Mais qu’importe ! Vous l’avez constaté, il y a plus d’inconvénients que d’avantages à rester sur Facebook.

On peut alors se demander si l’on arrive à se déconnecter assez facilement du site. Pour cela, il faut savoir que plus on « intervient » sur Facebook, en postant des statuts et des commentaires, plus on est amené à y aller, pour voir quelles réactions ils ont suscité… Mais si l’on arrive à ne pas devenir dépendant (ce qui est difficile !), il est possible de rester sur Facebook en profitant des avantages qu’il présente. Sinon, il vaut mieux se désinscrire. Et voir ses amis « en vrai », discuter, sortir, et faire partager une information ou une découverte personnelle non pas à « tous vos contacts » mais à un ami auquel vous enverrez un petit mail. Il se sentira plus aimé que s’il prend connaissance de la chose en même temps que tous, anonymement.

En conclusion, on peut penser à Paul Soriano qui imagine un monde où le réseau prime totalement et où les hommes hyper-évolués « s’engagent à décourager les comportements antisociaux requérant une forme quelconque d’isolement individuel (méditation, prière, lecture…) ou collectif (salon, concert, théâtre, messe). » (1)

Vous avez donc le contre-exemple… à suivre !

(1) Internet, l’inquiétante extase, textes de conférences d’Alain Finkielkraut et Paul Soriano, tenues en 2001.

 

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Une réflexion sur “Savoir se déconnecter

  1. Finalement, il faudrait appliquer à Facebook le même slogan que pour les boissons alcoolisées, les aliments gras, salés, sucrés… « A consommer avec modération »!
    Merci Imelda pour cette synthèse fort claire!

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