En politique, comparaison n’est pas raison

Il y a quelques jours, des publicités défilaient devant mes yeux. Tout en reconnaissant la maîtrise et la beauté de certaines, je ne pouvais m’empêcher de penser au coût d’un tel travail pour quelques minutes de projection vantant le dernier jus de fruits chic ! (sic) Alors que de telles sommes pourraient être consacrées à nourrir et soigner des peuples entiers… Puis je me suis reprise : à chacun son domaine. Ce n’est pas parce qu’il y a des problèmes, réels, de malnutrition et de santé dans certains pays, qu’il faut supprimer la publicité ! Il n’y a pas de lien logique. Ce n’est pas parce que des gens souffrent que tout le monde doit en souffrir, ou tout au moins être privé de ceci ou cela. Ce sont des catégories différentes. Si l’une disfonctionne, l’autre n’est pas condamnée à disparaître !

Ce type de comparaison est fréquemment utilisé dans le discours politique. On pourrait prêter la thématique évoquée plus haut plutôt à la gauche. Par exemple le politologue anti-mondialiste et militant de la décroissance Paul Ariès affirmait dans une émission télévisée de septembre 2010 : « Prenez ce que nous dit Diouf, le patron de la FAO : pour que plus personne ne crève de faim à l’échelle planétaire, il suffirait de 30 milliards de dollars par an. Ces 30 milliards de dollars, on ne les trouve pas. En revanche, budget officiel de l’armement : 1200 milliards de dollars. Budget de la publicité : 800 milliards de dolllars. Marché des stupéfiants : 700 milliards de dollars. »

Mais cette logique comparative se trouve également dans la rhétorique de droite. Je me souviens par exemple de médias de droite qui, au moment de la législation anti-tabac de 2006, affirmaient qu’on enlève aux Français les dernières marges de liberté. Que ce soit en interdisant de fumer dans les lieux publics ou en sanctionnant le conducteur routier au moindre excès de vitesse, on accable le citoyen, alors que pendant ce temps, la police n’intervient plus dans certains quartiers des banlieues, laissant des bandes faire la loi. Toutefois, ce n’est pas parce que la politique de sécurité échoue par endroits, qu’il ne faut plus lutter contre les accidents de la route ou le tabagisme passif ! Un problème, même beaucoup plus grave, n’annule pas tous les autres.

C’est la question de la priorité qui est posée. Mais une des caractéristiques d’un Etat de droit n’est-elle pas de réguler les rapports de l’individu à l’Etat sans en négliger aucun ? Aussi les comparaisons entre différents champs d’action d’un ou plusieurs Etats n’est bien souvent qu’un sophisme, qui ne fait passer qu’un état de langage à un autre état de langage.

 

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