L’histoire contre le divertissement

Après avoir odieusement, dans un  « billet de la fâkheuse » du 12 novembre dernier, abaissé l’histoire à une matière par défaut, je m’apprête à lui rendre justice.

Car l’histoire est indispensable. On ne peut s’en passer. Vous ouvrez un Balzac ? Qui vous dira ce qu’étaient les provinciaux du XIXe ? L’histoire. Vous cherchez à comprendre la crise ? Qui vous expliquera l’ampleur de celle de 1929 ? L’histoire. Vous entrez dans l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas dans le 5e arrondissement ? (comme moi cet après-midi) Qui vous expliquera que ce nom vient des frères toscans d’Alto-pascio ? Les indications historiques à l’entrée de l’église. Vous ouvrez la Constitution de la Ve République ? Qui vous dira pourquoi les constituants ont rendue difficile la chute du gouvernement ? L’histoire des IIIe et IVe Républiques.

Vous écoutez une sonate de Mozart ? Qui vous fera comprendre pourquoi il fut un génie absolu ? L’histoire. Vous ne savez pas d’où viennent les croissants du matin ? Qui vous parlera du siège de Vienne ? L’histoire. Vous voyagez à Perpignan ? Qui vous expliquera ce que fait là le Palais des rois de Majorque ? L’histoire. Vous ouvrez les journaux et ne comprenez rien des relations israélo-palestiennes ? Qui vous éclairera ? … Oui oui, c’est ça. L’histoire.

Elle est partout.

 

Où n’est-elle pas, alors ?

J’ai essayé de lister quelques lieux où elle brille par son absence. J’ai trouvé : Internet, les nouvelles technologies, les jeux vidéos, l’argent, des émotions, certains sports, MacDo… What else ? Sûrement d’autres choses.

Ce qu’il y a de commun à ces non-lieux de l’histoire, c’est peut-être qu’ils sont des lieux de divertissement. Au sens où l’entendait Pascal dans ses Pensées, bien sûr : « Quand je m’y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. »

Et que peut-on faire seul dans une chambre, hormis songer à notre condition mortelle ?

Certains s’écrieront : « Vous voulez dire que l’histoire nous éloigne du mouvement incessant des hommes et des passions ? Que nenni ! L’histoire en est pétrie. »

Les événements, oui. Mais l’étude des événements ? Ne nous fait-elle pas justement songer à la rapidité du temps, à la fugacité des plaisirs et des gloires, à la fin des civilisations ?

L’histoire nous éloigne de la course au futur.

 

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3 réflexions sur “L’histoire contre le divertissement

  1. Article sympa, mais je trouve l’idée de ton inventaire à la Prévert des sujets sans histoire bien taillée à l’emporte-pièce, et en tout cas injuste. Toi qui a un si haut amour de l’Histoire, laisse le temps aux nouvelles technologies qu’y entrer, elles existent depuis vingt ans à peine! Tiens, pour prouver ma bonne foi, je vais prendre l’exemple de ta liste que je déteste le plus, tu auras reconnu le Mac Do. Figure-toi qu’une thèse histoirque a déjà été faite sur l’arrivée du mouvement fast-food (la thèse était spécialisée sur la pizza, si je me souviens bien..) L’Histoire est donc bien dans ta liste, il y a déjà dans ces éléments matière à réfléxion…laisse-leur seulement le temps d’être assez vieux pour devenir de l’Histoire!

  2. Ah, enfin quelqu’un qui débat ! 🙂 (ce n’est pas ironique)
    Oui, j’avoue que la liste était pour le moins étrange. La pensée tâtonne, hélas. Toutefois, je pense que si de fait, les jeux vidéos (héhé) ou le Mac Do ne sont pas encore rentrés dans l’histoire, c’est leur tare. Non pas congénitale, mais conjoncturelle : ils font encore partie du présent, de l’instant, de ce à quoi on adhère (métaphoriquement) faute de recul temporel… C’est difficile à expliquer. A l’inverse, l’argent et les passions sortent de l’histoire parce qu’on les retrouve encore dans le présent, avec leur façon de nous détourner dans le divertissement pascalien. Sans être mauvais en soi, bien sûr. Bons serviteurs, mauvais maîtres !
    Tiens, tout ceci me fait penser au débat qui avait suivi le projet annoncé par Monsieur Sarkozy de créer un musée de l’histoire de France (maintenu d’ailleurs) : l’histoire de France est-elle définitivement du passé ?
    Un article du « Monde » d’hier évoque d’ailleurs les recommandations d’un groupe de travail qui a étudié ce projet : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/11/douze-recommandations-pour-la-creation-d-un-musee-d-histoire_1464162_3232.html
    Intéressant !

  3. Ah, je vais lire ça, ça m’intéresse!
    Pour les jeux vidéos, sur une note plus légère, je me souviens être allée chez une amie peu de temps après l’arrivée de la wii (tu sais, la console où il faut bouger devant l’écran), elle me l’avait montré fièrement, nous jouions gaiement, son père arrive et nous commente « moi, à votre âge…je jouais à Pong! »
    Pong! une console énoooorme qui prenait toute la place, avec écran préhistorique, où le seul jeu disponible consistait en une partie de tennis simplifié, tu envoyais la balle à l’autre joueur, il te la renvoyait…
    J’y ai repensé hier.
    Pour l’enfant du XXIeme siècle, Pong, c’est la bataille d’Azincourt.

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