« Eugène Onéguine », l’atypique en vers

J’avais été séduite par Onegin, film de Martha Fiennes inspiré du roman de Pouchkine : tant par l’histoire de ce dandy byronien qui refuse de céder à un amour salvateur, que par sa touche fine et onirique. M’étant plongée dans le roman écrit entre 1823 et 1830, j’ai été à plusieurs titres surprise par l’originalité de cette oeuvre.

Onéguine semble jouer sans cesse. D’abord avec les formes habituelles du roman : le sien est en vers et même en strophes (de quatorze vers). Il se permet, comme Hugo dans ses Contemplations (1856) mais pour d’autres raisons, de mettre des lignes de points dans une strophe, ou encore d’en retrancher tout simplement, notant simplement les numéros des strophes fantômatiques.

Il joue en parlant librement de son oeuvre à son lecteur ; par exemple à la fin du premier chapitre : « J’ai bouclé un premier chapitre. / J’ai tout relu sans complaisance. / Je vois force contradictions. Mais à quoi bon les corriger ? / Je paierai ma dette aux censeurs, / Et je laisserai les revues / Déchirer le fruit de mes veilles. » (I, 60) Ou encore au chapitre VI : « Allons ! en avant, mon histoire ! / Voici un nouveau personnage. » (VI, 4) Ceci me fait penser à la liberté narrative de Jacques le fataliste et son maître de Diderot (1784), où le narrateur montre les ficelles au lecteur.

Plus drôle encore, à la fin de septième chapitre, il écrit quelques vers adressés à la Muse et conclut : « Voilà mon prologue. Sans doute / Il vient bien tard. Mais il existe. Les classiques seront contents. » (VII, 55)

Pouchkine évoque  dans ces pages certains de ses amis. Et surtout, il semble jouer avec les clichés romantiques, notamment à travers le personnage de Lenski, archétype du jeune poète romantique : « Il ne pense qu’à son Olga. / Et c’est pour elle qu’il dessine / Sur les feuilles de son album / A la plume et à l’aquarelle / Des paysages, des tombeaux, / Le temple de Vénus, ou bien / Sur une lyre une colombe. / Sur d’autres pages qui étalent / Mainte signature d’amis, / Il note un bref poète tendre. »

La traduction de Jean-Louis Backès, professeur à la Sorbone, rend bien la fraîcheur et l’originalité de ces vers.  Etonnant !

 

 

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