Eloge de la littérature

Voici deux extraits d’un roman que j’écris depuis un an et demi, bien que j’en sois à peine au tiers… Notons qu’il s’agit plutôt d’excursus que du corps de l’ouvrage.

[Ce livre-]ci, elle l’avait acheté et non emprunté en bibliothèque. Avec sa couverture non encore écornée par les lectures ouvertes, les pages tournées, les positions renversées sur un fauteuil, il avait cette odeur de papier, cette orthogonalité des pages et des lignes qui en faisait un objet précieux, prêt à délivrer mille promesses. Elle se souvint non de ses lectures d’enfants sous la couette ou dans un hamac, mais de celles de sa première année de lettres à la fac, tard, dans ses draps semés de marguerites, les veilles de partiels. Il y avait cette étrange émotion de vivre au creux de la nuit, d’entendre des bruits suspects qu’endormie elle n’aurait pas ouï, d’éprouver un moment privilégié. Loi privée qui donnait à elle seule le droit d’être éveillée dans le grand appartement, au corps à corps avec ces pages secrètes.

 

Après avoir lu un roman de Jane Austen :

C’est ainsi qu’elle retrouva le bureau tapissé d’affiches de film, les yeux perdus dans les allées de parcs anglais, leurs fières statues et leurs étangs limpides, dans ces innombrables bals où tout était jeu de regards et de répliques, de présence et d’absents. Les mots ! Mots de colère, mots de joie. La magie du verbe plongeait Clarisse dans une sorte d’océan infiniment agréable, aussi doux qu’une promenade un matin d’été scintillant de rosée. Le ballet des sons, des syllabes âpres, une formule lancée au bon moment, les phrases qui arrachent des larmes et celles qui font mal ou font rire. Un jeu éternel et renouvelé. Aussi un livre, avec sa tranche épaisse et ses fines pages couvertes d’écriture, était-il un trésor. Pas tous. Mais ceux de Jane Austen fai­saient partie de ceux que l’on achèterait, et que l’on dégusterait, page après page. Comme ceux de Saint-Exupéry. De Claudel. Ou de tout écrivain qui a su faire couler au fil de sa plume un peu de son hu­manité.

 

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3 réflexions sur “Eloge de la littérature

  1. @ Philomène : Merci de tes encouragements chère amie littéraire ! Notons toutefois que les extraits ne sont pas tout à fait à l’image du roman qui est, soyons franches, quand même moins fleur bleue. 😉

    @ Télémaque : Merci ! C’est toujours difficile de trouver des noms de personnages principaux qui puissent à la fois plaire à l’auteur tout au long de l’écriture, et aux lecteurs, enfin la plupart.

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