Le Voile des illusions

Un film sino-américain, de John Curran (2006).

« Aucun de nous n’est en Chine sans une bonne raison. » Quand Walter (Edward Norton, photo), bactériologiste britannique des années 1920, prononce cette phrase, il se trouve au fin fond de la Chine du Sud. Dans un village ravagé par le choléra, il essaie d’endiguer la contamination grâce à ses recherches. Quittant son laboratoire, il va voir la réalité de la maladie. Le voile des illusions va tomber.

Mais ce voile est aussi celui qui cachait son regard, lorsqu’il a épousé Kitty (Noami Watts), jeune femme frivole qui souhaitait échapper à la tutelle de ses parents. Elle l’a d’ailleurs rapidement trompé avec un autre homme, à Shanghai. Dans la Chine profonde, esseulée, elle peine à trouver une occupation et un sens à son existence. Mais des orphelins d’un couvent vont avoir besoin d’elle. Alors de scène en scène, l’estime de Walter pour Kitty va remonter, et réciproquement ; lors d’une scène de vérité entre eux, elle lance : « Nous sommes plus complexes que vos ridicules petits microbes. Nous sommes imprévisibles, nous faisons des bêtises et nous décevons nos proches. » Et lui d’admettre : « Il était ridicule de rechercher chez l’autre des qualités qu’il n’avait pas. »

Cette lente rédemption se déroule dans un contexte troublé et complexe. Il trouve sa contradiction interne dans la phrase d’une vieille femme, dont on enlève le cadavre d’un proche mort du choléra : « Je vous en prie, ne l’emmenez pas. Son esprit ne trouvera pas le repos ! » La sécurité sanitaire imposée par l’ « étranger » est confrontée aux traditions régionales et culturelles. A cela s’ajoutent des affrontements avec les nationalistes de Tchang Kaï-chek et les seigneurs locaux.

La Chine est néanmoins filmée avec une élégance et une sobriété admirables (davantage que Out of Africa, auquel ce film peut faire songer), tandis qu’aux paysages se superpose une musique soignée. Un film qui aurait pu être plus mélodramatique, mais ne garde qu’une grande beauté.

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Une réflexion sur “Le Voile des illusions

  1. Imelda, j’ai été ravie de trouver votre commentaire sur Le voile des Illusions et je me suis empressée de jeter un œil à votre blog pour finalement avoir pratiquement tout lu. Je m’excuse pour le retard votre blog semble filtré dans l’école où je travaille actuellement. J’ai dû garder patience pour pouvoir enfin vous répondre. Effectivement la version cinématographique est plus édulcorée même si la fin est tragique et reste cruelle. Je pense que les deux œuvres, à savoir le film et le livre ne peuvent être réellement associés car ils n’ont pas la même moralité. Le livre est une attaque directe à la femme en générale d’après ce que j’ai lu sur Somerset, c’était une vengeance « voilée ». Pour ce qui est du film, il est magnifique et subtile, j’aime la lente évolution des personnages, leur rapprochement discret. La fin m’a bouleversé. Les paysages, le dépaysement de l’histoire. Il y a un je ne sais quoi dans ce film qui nous transporte. Personnellement c’est l’un de mes films favoris.

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