La Loi des silences

Le Silence de la mer : l’interprétation télévisée de Pierre Boutron, parue en 2004, reprend avec talent deux nouvelles de Vercors, Le Silence de la mer et Ce jour-là. Celles-ci furent publiées clandestinement en février 1942 aux Editions de Minuit, que Vercors venait de fonder. Elles dessinent deux types de résistance : l’une par les armes et l’autre par… le silence.

Faire un film où la majorité de l’action est jeux de regards et de mutisme, relève de la gageure. La nouvelle de Vercors est d’ailleurs très brève. Pourtant, Pierre Boutron réussit à tisser autour, en prenant quelques libertés, un vrai film, ainsi que le fit déjà Jean-Pierre Melville en 1947. L’histoire est simple : un vieil homme (Michel Galabru) et sa petite fille – sa nièce, chez Vercors – (Julie Delarme), doivent accueillir sous leur toit en 1941 un jeune officier allemand (Thomas Jouannet).

Epris de culture française, celui-ci leur adresse chaque soir un discours sur son désir de voir se rapprocher l’Allemagne et la France. Il se confie avec spontanéité sur son passé, tout en ne voyant que deux visages immobiles et silencieux.

Mais si leur bouche est close, ils entendent l’appel du jeune Werner von Ebrennach ; leur coeur s’émeut. Celui de Jeanne davantage, bien qu’elle entend rien n’en montrer. Lors même que l’officier lui montre sa prévenance et même sa timide affection, elle résiste. Son attachement se fait cependant jour lorsqu’elle évite un attentat à l’Allemand. Pour autant, le seul mot qu’elle lui adressera est celui de l’adieu.

On goûte dans ce modeste film français un rare raffinement des émotions. D’abord paraît une ambiance bâtie des bruits quotidiens, des cours de piano donnés par Jeanne, de la file d’attente chez le boucher, du départ préventif d’une famille juive. Et cet officier par défaut, musicien de formation, qui affirme : « Moi ce que j’aime dans la mer, c’est son silence. Je ne parle pas des…ressacs ? Je parle de ce qui est caché, de ce qu’on devine. La mer est silencieuse, mais il faut savoir l’écouter. » Il ajoute : Je suis très heureux d’avoir trouvé ici un vieil homme digne et une demoiselle silencieuse. » Cependant, après un entretien avec d’autres officiers, il déclare qu’il faut oublier tout ce qu’il a dit, que seul compte l’accomplissement du devoir. Son déchirement est aussi politique que sentimental. Aussi ce long-métrage est-il coloré d’une immense humanité.

Le silence de la mer

 

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