Pauvres journalistes !

Comment, pauvres journalistes ? Voilà un discours bien audacieux ! Ne sont-ils pas traités de tous les noms : hypocrites – pour l’affaire DSK par exemple -, menteurs – leur manque d’objectivité… -, voleurs de vie privée – ignobles paparazzis ? Bref, les journalistes n’ont pas bonne presse. Il faut néanmoins écouter leur avis, et Daniel Cornu est un bon avocat. Ce journaliste suisse a écrit des ouvrages de référence sur l’éthique journalistique, dont celui-ci : Médias mode d’emploi (2008).

A partir de son expérience de médiateur de presse à La Tribune de Genève depuis 1998, il évoque les questions qu’il a régulièrement évoquées dans sa « chronique de médiateur ». Le médiateur de presse fait le lien entre les lecteurs et rédaction, non à propos du contenu des informations, mais de la forme. Par exemple, un lecteur accuse La Tribune de Genève d’être imprécis sur le nom du’un lieu, ou de diffuser un dessin de presse choquant, ou encore la photo d’une personne recherchée par la police, mais présumée innocente. Bref, le médiateur de presse montre que la liberté de presse n’appartient pas qu’aux journalistes mais à tous, et que le rôle analytique des rédacteurs ne les dispense pas d’un regard critique.

Daniel Cornu a cependant un réel talent pour justifier les choix faits par les journalistes. Par exemple à propos de la diffusion des photos de cadavres de soldats, il interroge : « Le spectacle de la violence est-il toujours indispensable à la compréhension des faits et des situations ? A l’inverse, serait-il acceptable de faire un état des tortures ou d’autres actes de barbarie commis par un Etat en se dispensant de les décrire ? En s’abstenant de les montrer même, lorsque les documents existent et dénoncent les bourreaux ? La frontière entre l’information et le voyeurisme n’est pas certaine. »

Cet essai dynamique et concret pose des questions vraiment passionnantes. Sur le choix des mots :  « Les territoires sont-ils « occupés », « libérés », « palestiniens » ? Les combattants palestiniens sont-ils des « terroristes », des « activistes », des « résistants » ?  Chaque rédaction devrait établir à son propre usage un glossaire du conflit. » Ou encore sur la logique de la presse pipeul :  comme le petit monde des célébrités est sans cesse occupé à la fabrication de son image, la seule manière d’échapper à la complaisance est de le surprendre dans sa vie privée. Dans cette perspective, une image « vraie » est par définition, une image volée. Ce livre est une bonne base pour aborder l’éthique journalistique, aussi bien pour les rédacteurs que pour les lecteurs de feuille de chou quotidienne.

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