Dictionnaire amoureux de l’hypokhâgne

Si vous avez aimé les Billets de la khâgneuse (voir colonne de gauche de ce blog), vous apprécierez sans doute le Dictionnaire amoureux de l’hypokhâgne (ci-dessous) que j’avais écrit à la fin de ma première année de prépa, il y a deux ans. A relire ces notes, c’est un monde désormais révolu qui s’offre à ma lecture. Je rentre en effet en septembre au Celsa, école de journalisme de la Sorbonne. Autre ambiance, qui ne me fera pas oublier ma dette envers la prépa ! Heureusement, d’autres perpétuent la tradition. Bonne découverte de ce monde particulier !

 

Ci-dessus, en langage hypokhâgneux = l’eldorado.

Reprenant le nom de l’excellente collection des « Dictionnaires amoureux » de chez Plon, en voici un beaucoup plus bref. Il reprend quelques pétales tombés de la pâle fleur de notre vie en hypokhâgne. Tout amoureux étant subjectif, ces pages le seront d’autant plus, que j’ai principalement interrogé le spécimen d’hypokhâgneux que je connais le plus, à savoir mon humble personne. Il ne s’agit donc pas, comme vous le pensiez sans aucun doute, d’une manifestation d’un narcissisme égocentrique et nombriliste démesuré. Sur le mode humoristique, ironique voire – ô horreur ! – cynique, vous découvrirez le mystérieux pays qui prépare les élites* françaises !

PS : Pour les noms suivis d’une étoile, se reporter à l’article homonyme. Quant au sigle [PJ], il fait référence à la très en vogue expression « private joke », (blague privée, connue de quelques-uns seulement), également connue sous le nom de « trip ». Ces micro-anecdotes humoristiques ont l’avantage de symboliser de manière particulièrement heureuse nos petits plaisirs hypokhâgneux. Triste paradoxe de l’affaire : ce ne seront plus des private jokes… Par ailleurs, étant à l’internat de ma prépa, j’inclus cet honorable privilège dans l’évocation de la prépa.

Écrit en mai 2009.

Amis

Heureux hasard que ce mot inaugure une liste de calamités. Les amis ? Précieux. Irremplaçables. Ceux qui partagent la même galère que nous bien sûr, avec qui on révise le vocabulaire latin au petit-déjeuner et on va contempler les ifs du parc du château entre deux épreuves de concours blanc, mais aussi devant qui on craque les soirs de cafard, et qui trouvent les bons mots pour nous réconforter. Il y a aussi ceux de l’extérieur, les amis pour qui on est pas toujours là, et qui nous aiment quand même. Ceux avec qui on prend un peu de recul, quand on se rend compte qu’en médecine ou en prépa scientifique, ils en bavent encore plus. Ceux qui sont en fac et surtout ceux qui n’ont pas cours depuis deux mois pour cause de grève… Et devant lesquels on saisit également notre chance de travailler. Sans vouloir plagier Bernanos : un ami, rien qu’un ami, c’est aussi précieux qu’une vie. Plus encore ; car la prépa, ce n’est pas une vie…

Antanaclase

Avec l’anacoluthe, la parataxe, l’hypotypose et l’homéotéleute, elle figure dans l’olympe des sublimes figures de style qui émaillent joyeusement nos cours de littérature ou de langues. Le plus triste, c’est qu’à la fin de l’année nous les mélangeons encore. Au moins, retenons celle-ci : l’antanaclase repose sur la répétition d’un mot en jouant sur sa polysémie : « Les étudiants c’est comme le linge, quand il fait beau ça sèche. » Cette antanaclase était elliptique.

Bac

Il est loin, très loin. Même si la plupart d’entre nous ont eu mention Bien ou Très Bien, cela ne signifie pas que nous soyons tous devenus majors de la classe – et pour cause ! Il subsiste un certain gouffre entre lycée et prépa, et à le franchir, certains n’ont pas résisté. Ils sont partis à la fac. Certains nous quittent même deux mois avant la fin des cours. Maintenant, quand j’entends une amie qui a redoublé me parler des bacs blancs, j’ai l’impression d’avoir changé de royaume. Mais sans mal du pays. Le paradoxe, quand même, c’est que toute prépa – ou presque – se trouve dans l’enceinte d’un lycée.

Blagues

« De plus en plus pathétiques », me dit A. Pas faux. Prenons un exemple probant.

Alors qu’avec A. nous cherchions les mots qui allaient composer ce dictionnaire, une camarade de classe, C., nous demanda ce dont il s’agissait. En dépit de nos explications, elle s’obstina à déclarer d’un ton très sérieux : « C’est une chronique. » Nos rires ne s’arrêtèrent pas là, puisqu’au cours suivant sur les sociétés hispano-américaines coloniales, le professeur évoqua une chronique rédigée par un Espagnol sur la vie des Indiens.

A. et moi regardâmes C. afin d’échanger avec elle un coup d’œil entendu, mais elle ne daigna même pas nous jeter un regard. Le pire, c’est que peu de temps après, elle affirma que nous ne l’avions pas regardée. Et ça, c’est drôle. Pathétique, hein ?

Cartes

Carte d’étudiant ? Certes. Carte de cantine ? Oui. Carte de géographie ? Évidemment. Carte à jouer ? Et puis quoi encore ?… Carte blanche pour rédiger les dissertations ? Vous rêvez ! … Carte du Tendre ? Pourquoi pas ! Carte de fidélité ? Oh oui, oh oui ! Vous voyez, c’est à la carte ! (Le ridicule ne tue pas.)

 CDI

Une petite salle pour les prépas nous est réservée. Ordinateurs, dictionnaires, livres de tout genre, c’est dans une certaine euphorie que nous passons de Tite-Live à Tolstoï, à Théophile de Viau et aux ouvrages sur l’Asie mineure. En tous cas, les fumées du labeur s’échappent des esprits, celles d’une mystérieuse alchimie qui transforme le métal brut de nos connaissances, en l’or clair de nos dissertations.

« C’est un sonnet » [PJ]

Si, comme toute personne digne de vivre, vous avez lu Le Misanthrope de Molière, vous n’ignorez pas qu’à la seconde scène du premier acte, le prétentieux Oronte veut lire un sonnet à Alceste. Il récite :

« Sonnet… C’est un sonnet. L’espoir… C’est une dame, /Qui, de quelque espérance avait flatté ma flamme», etc.

Franchement, s’il a écrit Sonnet, c’est forcément un sonnet ! Et ce passage, nous l’avons lu en classe ; nous l’avons entendu dans une première interprétation télévisée ; puis dans une seconde. Cela devint drôle, cocasse, ridicule. Alors, quand vous parlez d’un texte que vous voulez présenter fièrement, dites : « C’est un sonnet. » Fou rire garanti.

Clémentines

C’est ce qui remplace le café pour ceux qui ont du mal à le supporter. Il paraît que la vitamine C donne plus d’énergie que ce fichu liquide noir, avec lequel se shootent pas mal de nos concitoyens de la République des lettres – ou celle des études tout simplement. Si vous voulez varier, mangez des pommes, des Pim’s, des palets bretons au chocolat – délicieux. Et des oranges pressées avec vos potes dans votre chambre d’interne, ceci suggérant un moment de convivialité, ce qui ne gâte rien.

Concours blancs

Ici, il y en a un à la fin de chaque semestre. Concours, parce que c’est celui que nous passerons l’année prochaine – pour ceux qui le veulent. C’est généralement une période de dix ou quinze jours, à raison d’une épreuve par jour qui dure entre trois et six heures. Paradoxalement, on révise peu et on essaie de penser à autre chose, se dirigeant vers le Mac Do* ou vers les vitrines qui n’ont jamais été aussi alléchantes.

Décadence

Évidente. « Vous êtes la pire classe d’hypokhâgne de toute ma carrière, c’est-à-dire depuis vingt ans. » « Vous êtes des idiots. » « Vous faites du tourisme pédagogique. » « Jamais je n’ai vu une telle désinvolture. » En allemand, on est obligé de faire des exercices de grammaire de collège – c’est vrai. Eh oui. Nous sommes le produit d’une génération atroce. Heureusement, nous n’en sommes pas si malheureux. C’est même drôle, lorsqu’on lit ce qu’écrit Hésiode en 720 avant Jésus-Christ : « Je n’ai aucun espoir pour l’avenir de notre pays, si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain. Parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible. »

Déception

« On vit avec, on ne la voit plus », me dit A. Même si l’on a été tête de classe depuis le CP, on se retrouve parmi les derniers presque sans déception. C’est Normal(e)*. 7 en philo ? Oui, c’est mieux que la dernière dissert – 6. On a raté sa khôlle* ? Ma foi, c’est la prépa ! La déception suppose préalablement l’espoir. Que pouvons-nous vraiment espérer ? Stagner dans les bas plafonds est ordinaire, progresser est normal, atteindre les hauts sommets est naturel. Déception ? Non. Et vous ?

Déprime

« Alors, en prépa, on déprime ? » Franchement, j’ai rarement autant ri qu’en prépa. Mais ceci est aussi dû au fait que je suis interne, et que les soirées-délire – ou l’on avait prévu de réviser et où l’on finit par regarder des vidéos de danse sur Youtube – ne sont pas accidentelles. Sinon, nous faisons ce que l’on appelle «  de vieilles blagues d’hypokhâgneux ». Cela dit, je ne nie pas qu’il y ait des périodes plus difficiles que les autres, en particulier au creux de l’hiver, en janvier, vous savez, « quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle » – merci Baudelaire -, que vous avez 5 à la dissertation pour laquelle vous aviez révisé des heures, que vous ne voyez pas forcément l’issue de tout cela, que vos amis vous manquent et que votre réserve de chocolat est à sec. Là, oui. Mais bon. Pour l’instant, je n’ai vu aucun antidépresseur. Ils doivent être bien cachés, en même temps, non ?

Dissertations

On passe dix fois plus de temps sur l’introduction que sur la conclusion, et la troisième partie est toujours beaucoup plus courte que les autres. Sinon, elles peuvent atteindre dix-huit pages, quand le prof ne nous limite pas à quatorze. Je confesse n’avoir jamais dépassé treize. C’est grave Docteur ?

Élite

Vus nos bulletins, l’impression d’être l’élite est grandement atténuée. Normale Sup, oui, c’est l’élite.

Et après ?

Les études littéraires ne mènent-elles pas à rien ? Laissez-moi le plaisir de détruire ce cliché. A terme, on peut devenir aussi bien professeur d’anglais que journaliste, archiviste que traducteur, cinéaste qu’instituteur, diplomate que chercheur, comédien que conservateur de musée, militaire qu’archéologue… Évidemment, pour être ingénieur en assainissement, ce n’est peut-être pas la bonne voie. Mais aucun d’entre nous ne veut le devenir. Donc tout va bien !

Fatigue

Chronique, omniprésente, pochant nos yeux au petit matin, nous écrasant le soir, nous fournissant des prétextes à nos mauvaises humeurs, à nos… quoique, pas tellement. Comme elle est un état général, à part quelques exceptions, elle ne peut excuser personne. Elle est non-dite, presque taboue tant elle est évidente. Chez les élèves qui se sont couchés à une heure du mat’ pour finir un commentaire de texte, mais aussi chez les profs qui ont passé une partie de leur nuit à corriger les dissertations pour pouvoir les rendre avant les vacances… Elle nous tuera tous.

Films

Rares sont ceux que nous regardons en classe, sauf sur le traité de l’Élysée franco-allemand. A l’internat toutefois, nous ne nous gênons pas pour visionner aussi bien Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears – ce qui nous évitera de relire ce bouquin assez sordide malgré le style de maître -, que Le Cercle des poètes disparus, histoire de nous replonger dans notre rôle de doux rêveurs, ou encore le rose bonbon Il était une fois. Quelques sorties au cinéma ne sont pas incongrues, quoique limitées par le prix et le temps… En streaming, c’est quand même plus à la hauteur de notre porte-monnaie vide.

Gaffiot/Bailly

L’ami fidèle pour traduire Suétone ou Homère. Gros ou petit, ce dictionnaire, massif, chaleureux, peut accompagner agréablement bien des nuits de veille.

Garçons

Bien que la plupart aient les cheveux un peu longs ou portent la barbe – ou cumulent les deux -, ce sont néanmoins des gens d’autant plus intelligents que s’ils sont là, c’est qu’ils sont réellement passionnés par la littérature, contrairement aux filles dont certaines sont là un peu par défaut. Peu nombreux – un tiers de l’effectif dans ma classe, mais un dixième seulement dans l’autre hypokhâgne… -, ils réussissent néanmoins à rafler les premières places. Quelques-uns ressemblent un peu à des poètes maudits, de beaux (ou pas) ténébreux. En tous cas, même s’ils se bagarrent entre les tables, cela fait du bien d’entendre quelques voix caverneuses parmi nos intonations aiguës. Bref, en général, on les aime bien.

Gibert Joseph

Notre ami, parce qu’il nous fournit nos grammaires anglaises, nos essais de géographie et nos provisions de cartouches. Et aussi les romans de Saint-Ex dont nous raffolons. Il nous offre une délicieuse caverne d’Ali-Baba où l’on erre, feuilletant ici les nouveautés littéraires, regardant là les titres de bouquins d’histoire…, et passant à la caisse. Là, Gibert devient notre ennemi. Les tickets de caisse affichent des prix démesurés. La culture n’est-elle pas pourtant gratuité par essence ? Gibert, quand tu nous tiens…

Gratuité

La prépa où je suis faisant partie d’un lycée public, elle est gratuite. Pas pour l’État, qui dépense au moins 14 000 euros par an et par élève de prépa… (contre environ 9 000 en fac). La culture, elle, est gratuite. Que nous sert-il de scander du Virgile ? Pas à se remplir les poches. Finalement, il n’y a que les repas qui soient payants. Puissions-nous vivre d’amour et de lettres !

Henri IV

Le nec plus ultra, ce lycée qui rafle le quart des places à l’ENS pour toute la France. En fait, il paraît que les profs là-bas ne sont pas tellement meilleurs que les nôtres : ils sont seulement plus exigeants, et peuvent exiger un devoir du jour pour le lendemain… C’est sûr, ils doivent mettre davantage la pression. A quel prix ?

Humour des profs

Ce qui m’a frappée chez nos nouveaux maîtres, c’est leur humour. Subtil, pince-sans-rire, ironique, ou simplement absurde. De quoi moins faire sentir à leurs esclaves les coups et les grincements de dents. Il faut absolument lire les phrases à traduire, de français en anglais :

« Le concours blanc était tellement difficile que les élèves ont fait une émeute. »

«  Alors, si j’ai bien compris l’intrigue, Gertrude est la femme du frère de son ancien mari, et aussi la future belle-mère de l’ancienne amante de son fou furieux de fils. »

« Il voit des pâquerettes partout depuis qu’il a une nouvelle identité ; il en rêve même la nuit depuis qu’il habite sur la côte Est. »

Évoquant la Conquête espagnole, le professeur d’histoire écrit dans le cours qu’il nous a distribué : « Les Mexicains n’avaient aucun animal de trait et les Andins n’avaient que le lama qui est un animal « naturellement syndiqué », c’est-à-dire qu’il refuse de porter plus qu’un certain poids pendant plus qu’un certain temps. » Et là, il y a une note à lire en bas de page : « Quand lama syndiqué, lui toujours faire ainsi. » Sans commentaire.

« Ils sont partout ! » [PJ]

Les Juifs, bien sûr. Non, il ne s’agit pas de relents d’antisémitisme. Simplement du cours d’histoire sur la France de la IIIe République. Je ne sais pas combien de fois notre honoré professeur a utilisé cette expression, avec l’air venimeux et entendu de tout antisémite qui se respecte. Hum, c’était du mime évidemment, une manière de se placer d’un point de vue homodiégétique interne – merci Genette de nous permettre de mal utiliser tes formules ! Bref, depuis, dès que l’on parle de tel ou tel groupe, personnage ou entité quelconque, nous soufflons, complices et fielleux : « Ils sont partout ! » Avec un gros sourire en coin. Hé, vous là-bas, je vous défends d’appeler la LICRA !

Internat

Même s’il ferme à 7h30 le matin, excluant le concept même de grasse matinée, qu’il n’est pas ouvert le week-end et qu’on dîne à 18h30 le soir, c’est bien pratique pour éviter la fatigue des transports et se constituer une atmosphère de travail dans sa chambre individuelle. C’est surtout pratique pour discuter pendant des heures, regarder un film dans le foyer ou contempler le magnolia qui s’épanouit sous votre fenêtre. A propos, une petite blague (PJ diffusée, donc) : un élève qui déplorait que l’internat soit fermé le week-end alors qu’il habite à 300 km, suggéra en riant que l’internat soit sponsorisé par une entreprise, afin de payer les frais occasionnés par cette éventuelle ouverture. D’où une très drôle image de l’internat orné d’une grande affiche colorée : « L’internat boit… Coca Cola ! »

Interros de vocabulaire

« Vocabulaire jamais appris, perte de temps. » C’était la définition d’A. D’accord, elle évoquait mon cas. Mais quand même !

Jeunesse

« Finie avant même d’avoir commencée », soupire A. Elle n’a pas tort. Mais qu’est-ce que la jeunesse ? Si c’est l’état d’esprit de celui qui est prêt à s’émerveiller de tout, à s’investir dans ses projets et à rebondir après les épreuves, alors oui, nous sommes jeunes, magnifiquement jeunes ! (Et beaux.)

José

Nous en rêvons tous. Enfin, toutes. C’est lui, le Prince Charmant qui viendra nous tirer de cet enfer, de cette prison, de cette galère. Et il nous épousera, enfin pas tout de suite, le temps de finir les études… Brun ou blond, qu’importe au fond, il nous séduira obligatoirement s’il nous dit ces sublimes mots du poète du XVIe Maurice Scève : « Dedans mon âme ô Dame tu demeures »… Ou alors ceux de Darcy à Elizabeth dans la version longue : « Permettez-moi de vous dire l’ardeur avec laquelle je vous admire… et je vous aime. » Avis aux amateurs !

Khôlle

Ah, cette fichue manie de grekhiser mes mots ! Khroyez-moi, la khôlle est un moment tout à fait khrûcial. Il ne s’agit pas d’être collé à un mur avec du scotch extra-khôllant, mais bien de passer un oral, seul à seul avec un professeur. Et ceci pendant 20 à 30 minutes. On en a environ trois par discipline et par an, ce khî revient en moyenne à une tous les dix jours en moyenne, bien ku’elles soient souvent assez regroupées. Selon les matières, il peut s’agir de faire un khômmentaire de texte, de présenter un livre, en tout khâs de répondre à une problématique khelkhonque. Et ce qui est appréciable par rapport à la fak, c’est que les professeurs diskhûtent personnellement avec nous de notre orientation. Enfin, ils paraissent beaucoup plus gentils que lorsqu’ils toisent la classe de leur regard sévère. Ce sont des hommes, quoi. (Ou des femmes, plus rarement.)

Langage

Le pouvoir du langage. Ou comment conclure tout commentaire de texte ou dissertation de littérature. Merci Genette, Barthes et autres amis de courte date, pour vos délicieuses théories !

Mac Do

Bien que les communistes de la classe l’abhorrent (atroce invasion de notre espace par l’impérialisme américain) et que les mets servis soient truffés d’anti-vomitifs, c’est malgré tout le restaurant le moins cher où l’on puisse bien se remplir la panse, contrairement au self. Il est possible de varier avec le Quick, la crêperie ou le Starbuck’s Coffee.

Major

Il est bon dans toutes les disciplines. On se dit que lui ira sûrement à Normale, en se disant qu’il l’aura sûrement bien mérité, et ceci d’autant plus qu’il n’est pas vraiment orgueilleux. Après tout, il est juste que tout le monde n’ait pas de mauvaises notes en prépa. Si, c’est concevable.

Maqué

L’adage « prépa maqué, prépa ratée » se vérifie-t-il ? Telle est la problématique à laquelle nous essaierons de répondre.

Dans une première partie, nous observerons que l’amour autant que la prépa – loin de moi l’idée de mettre au même plan deux réalités aussi dissemblables – exigent un certain don de soi, de son temps, de son énergie, de son inventivité, de son amour tout simplement ! Peut-on réussir l’un, sans pour autant manquer l’autre ?

Dans une seconde partie, nous nous reporterons à l’expérience de cas observés en prépa : celui des jeunes filles qui téléphonent une demi-heure tous les soirs à leur petit ami ou fiancé, temps pendant lequel elles ne travaillent pas ; celui des hypokhâgneux qui se rencontrent en prépa, mais se séparent au bout de deux ou six mois ; celui des gens qui arrivent à concilier les deux, mais se plaignent soit qu’ils n’arrivent pas à voir leur petit(e) ami(e), soit qu’ils n’arrivent pas à bosser. Conclusion des courses : si vous êtes maqué, n’allez pas en prépa. Et si vous allez en prépa, ne vous maquez pas.

Sauf s’il s’agit de José, évidemment.

Moyens mnémotechniques

Assez pathétiques, comme beaucoup de moyens mnémotechniques. Petit exemple probant : comment retenir to cleave, « fendre » ? Parce que se fendre la poire, fendre une poire, c’est provoquer un clivage. Donc cleave. Simple, pratique, efficace et sans obligation d’achat.

Musique

Écoutée dans nos chambres, étudiée conceptuellement en philo, jouée par certains et notamment dans le réfectoire où trône un piano. Entre ceux qui improvisent magistralement et ceux qui vous donnent des cours de violon gratuits, la prépa se révèle parfois être ce que l’on peut imaginer idéalement : le royaume d’artistes bohèmes, rêveurs et romantiques. Parfois.

Normale

Normalement, c’est Normale Sup. L’ENS, quoi. L’eldorado. La Terre promise – ou pas. Le paradis. Perdu. Dans la prépa où je suis, un ou deux y accèdent par an. Quand ce n’est pas zéro tout simplement. Pour info, ces écoles – rue d’Ulm ou à Lyon, ou d’autres encore – de haute volée forment de futurs enseignants dans le supérieur et des chercheurs. Le pire, c’est qu’ils sont payés 1300 euros mensuels et ont déjà le statut de fonctionnaires. En bref, (presque) personne n’y croit. Normal !

Nuancer

Si vous voulez que votre note grimpe en flèche, nuancez, nuancez et nuancez votre pensée.

Poésie

Le cœur de l’artichaut, le gratin du soufflé, la cerise sur le gâteau, ce qui nous redonne une étincelle de bonheur au détour de nos lectures, de nos journées grises, de nos cours de littératures, de nos échanges instructifs. Je ne sais pas, moi, par exemple : « Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne » (spéciale dédicace à Apollinaire), cela ne vous fait pas frémir ?

Révisions

Censées être permanentes. Je ne vous fait pas de dessin.

Self

Comme dans tous les selfs de France et de Navarre, même ceux qui ont l’habitude de déguster leur banane au couteau et la fourchette, mangent comme des porcs. Au fond, tout cela n’est pas spécifique à la prépa. Je ne m’étendrai donc absolument pas sur le poisson sec, ni sur les pâtes dégoulinant d’huile, ni sur la salade qui a le goût de papier, ni sur les pâtisseries gélatineuses, ni sur le jus d’orange extra-dilué. Avantage : la cuisine familiale prend des saveurs de nectar et d’ambroisie. Et en fait de Nourritures terrestres, je crois que nous préférons encore celles de Gide – les livres bien sûr.

Sensibilité littéraire

Si la prépa m’a apporté quelque chose, c’est bien cela. Enfin, l’ébauche de cela. Je ne puis lire une phrase sans repérer de savantes allitérations en liquides et l’homophonie du terme « ancre/encre ». Ainsi, si j’écris par exemple : « Je jubile sous la pluie qui pleure sur la ville » : je pense en même temps aux allitérations, à l’antithèse « jubile/pleure », à la métaphore cela va sans dire… Mais beaucoup le font bien mieux que moi. Et c’est assez impressionnant.

Je vous donne l’exemple de deux textes spontanément rédigés de la main de camarades de classe ; celle qui évoque ses journées de plage : « A lire trop longtemps les bras étalés devant soi, le menton s’enfonce, la bouche boit de la plage, alors on se redresse, bras croisés contre la poitrine, une seule main glissée à intervalles pour tourner les pages et les marquer. C’est une position adolescente, pourquoi ? Elle tire la lecture vers une ampleur un rien mélancolique. Toutes ces positions successives, ces essais, ces lassitudes, ces voluptés irrégulières, c’est la lecture sur la plage. On a la sensation de lire avec le corps… »

Celui qui écrit à propos de l’inspiration littéraire : « C’est qu’il est doux-amer, et cependant propre à nous enivrer, ce merveilleux parfum couleur d’encre qui s’échappe goutte à goutte des toiles de notre pensée pour imbiber un papier trop sage : écho, ou plutôt écume d’un monde intérieur que l’on voudrait parfois trouver à jamais clos sur lui-même, prêt à résister à l’assaut des pires tempêtes, à la rage aveugle des plus improbables cyclones. »

Shakespeare

C’est drôle, j’ai l’impression qu’on le classe au-dessus de nos Montaigne, Racine et Hugo nationaux. En tous cas, lire Shakespeare, c’est un peu le nec plus ultra. Même si pour moi, rien ne vaut Maurice Scève, Corneille, Rostand, Péguy, Claudel, Anouilh, Apollinaire et Saint-Exupéry.

Sorties

Raréfiées, réduites à celles décidées par les professeurs : à la Cité de l’Immigration, par exemple. En revanche, après les seconds concours blancs et le conseil de classe, plus rien ne nous arrête pour errer de promenades en musées et autres concerts propres à définir toute folle vie d’étudiant, définition à laquelle nous répondions peu jusqu’alors, hélas.

Stress

Destructeur chez les uns, stimulateur chez les autres, absent chez les uns, prépondérant chez les autres, il est là sans être là, caché ou assumé. Stressant, hein ?

Stylo

Rares seront désormais les jours de l’année où l’on n’y touchera pas. Peut-être le 1er août, dans la savane sahélienne. Mais ce stylo, ce stylo, on l’aime ! (Rappel : ceci est un dictionnaire amoureux.) Le stylo est la matière de notre pensée, la forme de nos rêves, le serviteur fidèle, sauf quand il bave ou refuse obstinément de cracher la moindre micro-goutte d’encre. On l’encourage quand on débute une introduction, on le félicite quand il achève la conclusion, on lui dit qu’on ne le quittera jamais, quand même tous les ordinateurs du monde – dernier cri, avec distributeur de café et tout et tout – nous seraient offerts.

Thème latin

Casse-tête chinois. Ou romain.

Très très gros fous rires

Hahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahihihihihihihihihihihihihihihi !

Vacances

Est-ce la finalité de la prépa, ou est-ce la prépa qui est la finalité des vacances ? Nos vacances se trouvent envahies par la tache d’huile de nos études, de nos livres à lire et à ficher et de nos discussions entre amis. Et lorsqu’on traverse la Bretagne, on se dit instinctivement « paysage de bocage, habitat groupé … » Merci au cours de cartographie, ou très précisément de commentaire de carte.

Veilles de dissertations

Dissertations à rendre, j’entends. Le pire, c’est le matin : « Tu t’es couché à quelle heure ? » « A deux heures ! » « Pff, moi c’était à quatre heures… » Tout le monde est en train de mourir à petit feu. Âmes sensibles, éviter.

En guise de conclusion, nous vous inviterons vivement à gagner l’hypokhâgne la plus proche, sous peine de rater l’année la plus géniale de la période qui vous mène de vos 18 à vos 19 ans.

Plus sérieusement, il me semble que pour être vraiment heureux en prépa, il faut soit être absolument passionné parce ce qu’on y enseigne ; soit apprendre à apprécier cet enseignement, sans oublier de faire autre chose parallèlement, et ainsi établir un équilibre qui épanouit l’esprit mais aussi le cœur, le corps et l’âme. J’ai choisi la seconde solution…

 

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8 réflexions sur “Dictionnaire amoureux de l’hypokhâgne

  1. Ma prof de philo disait que quand on avait été khâgneux, on le restait un petit peu toute sa vie. Sur le moment, en plein mois de janvier, dans le froid Lorrain, exténuée et de mauvais humeur, je me suis dit en moi même « Vieille folle, va ! Moi dans 6 mois, je tire un trait sur ces deux années de merde ! ». Mais là, en lisant ton article, je me dis qu’elle n’avait peut-être pas complètement tord : je crois que toute notre vie, quand on entendra que le fils ou la fille de machin ou machine fait prépa, on y repensera avec un sourire nostalgique. 🙂

  2. Merci pour ton commentaire Laura ! Dans quelle prépa étais-tu ?
    Pour ma part, j’ai vraiment aimé mes années de prépa, même si les avant-khôlles de philo par exemple, étaient assez stressantes…
    (Et comment connais-tu mon blog ? :-))

  3. J’étais en prépa à Metz, d’où le froid Lorrain ! =)
    Attention, je ne regrette absolument pas d’avoir fait ces deux années : il y avait une bonne ambiance dans ma classe, je m’y suis fait de vrais amis et j’ai conscience d’avoir appris énormément de choses.
    Mais en khâgne, j’ai vraiment connu un stress et une fatigue énormes, si bien que bien souvent, je ne prenais plus aucun plaisir à travailler. Tandis qu’en hypokhâgne, c’était différent, tout ce que j’apprenais me paraissait incongru et génial. 🙂

    Et ton blog, je crois bien que je suis tombée dessus par hasard juste avant le concours (LE concours ^^) en tapant « blog khâgne » sur google pour me passer un peu de baume au coeur en lisant que des gens étaient dans la même galère. Pathétique, je sais. ^^

  4. A quand le dictionnaire amoureux de la fac? A venir, celui du Celsa?
    khâgneux un jour, khâgneux toujours, moi je dis NON! 😉 Comme disait A.T., la khâgne ça mène à tout…à condition d’en sortir! (Non-Blague?)

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