Mères au foyer : qui sont-elles aujourd’hui ?

On le sait : les femmes ont toujours travaillé, aux champs ou à l’usine. Ce n’est qu’au tournant du XXe siècle que dans les familles aisées, la femme est souvent restée à la maison. Au début du XXIe siècle, les mères au foyer sont considérées de manière négative. On les regarde soit comme des femmes mutilées, coincées entre fourneaux et biberons ; soit comme des « parasites » qui jouissent d’une vie tranquille. Elle sont 2,5 millions en France ; en comptant le conjoint et les enfants, cette organisation familiale concerne donc environ 10 millions de personnes. Un vrai phénomène de société donc, dont on parle peu.

Dans son essai paru en 2001, Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt, journaliste, brise quelques idées reçues sur la mère au foyer. Au fil des témoignages, on s’aperçoit qu’aujourd’hui, les mères qui ont arrêté de travailler pour s’occuper de leurs enfants sont diplômées, ont déjà exercé une activité professionnelle pendant 5 à 15 ans environ, et continuent de mener de nombreuses activités. Certaines font du bénévolat, sont parents d’élèves ou dirigent des associations culturelles qui représentent parfois un mi-temps, voire un temps complet.

L’auteur explique comment les mères au foyer échappent à la logique économique, selon laquelle une personne qui n’est pas salariée n’existe pas socialement. Elle est « sans activité professionnelle », la case du néant. Or, les mères au foyer contribuent à créer du lien social par leurs activités bénévoles, lorsqu’elles vont chercher les enfants de leur voisine par exemple. Sans elles, beaucoup de cités resteraient des villes-dortoir. De plus, une femme qui élève ses enfants en fait aussi de futurs citoyens et consommateurs ; c’est donc un investissement durable.

L’opinion montre les tâches domestiques et d’éducation comme ingrates et dévalorisantes. S’il paraît évident que la part des hommes dans celles-ci reste trop faible (et c’est le mode de travail des hommes qu’il faut aussi réviser), on oublie souvent que lorsqu’on change un enfant, ce n’est pas qu’un geste technique. La relation parentale passe aussi dans l’émotion et l’affection des gestes quotidiens. On admire le père au foyer, ou la puéricultrice, dont on ne considère pas les tâches comme dévalorisantes. A l’inverse, une femme salariée n’est pas forcément « libérée » par son travail.

On pense aux droits des femmes, mais pense-t-on aux droits des enfants ? C’est un lieu commun médical et psychologique que d’affirmer que l’enfant a besoin de sa mère et d’une affection personnalisée – et même après les premiers mois. Dans ce livre, les mères au foyer disent s’être rendues compte que même au sortir de l’enfance, les jeunes avaient besoin d’être entourés et accompagnés, quand l’échec scolaire ou les tentations de la drogue les guettent. Un adolescent qui rentre seul le soir, clé à la main, a souvent plus de mal à se discipliner, que si quelqu’un était là pour l’accueillir.

L’auteur ne dit pas que le travail salarié de la femme est condamnable, ni que toutes les femmes devraient être mères au foyer (déjà parce que certaines ne peuvent se le permettre financièrement). Elle n’affirme pas non plus que la vie de mère au foyer est une existence de rêve. En effet, lorsque l’enfant est encore petit et que la mère au foyer ne peut guère sortir, il est difficile pour elle de ne pas avoir de « terrain de repli » où se changer les idées et se reposer du travail quotidien.

Cet essai soutient que les femmes qui choisissent d’arrêter leur activité professionnelle pour se consacrer à leurs enfants devraient être davantage respectées dans leur choix. Si celui-ci inclut des sacrifices (personnels et financiers), c’est pour le bien des jeunes et de la société entière. Un ouvrage intéressant et iconoclaste.

Marie-Pascale Delplancq-Nobécourt, Oser être mère au foyer, Albin Michel, 2001

 

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