Une année à la Sorbonne

La fac est une expérience dont vous trouverez mes impressions dans les « billets de la fâkheuse » postés en 2010-2011, et rassemblés ci-dessous pour plus de commodité.

 

L’attente, une posture parisienne – 27 septembre 2010

Attendre. Dix minutes pour acheter un sandwich à l’heure du déjeuner. Un quart d’heure pour acheter des tickets de métro (et entendre finalement que le guichet ne délivre que des informations, pas de tickets). Vingt minutes pour passer à la caisse du Monoprix. Vingt-cinq minutes pour faire valider par la fac son attestation de bourse. Une demi-heure pour régler un problème d’équivalence à la fac. Trente-cinq minutes en vue d’adhérer à une mutuelle étudiante. Une heure et quart avant de visiter le lycée Henri IV aux journées du patrimoine. Cinq heures pour accéder (ou non) à l’Elysée pendant ces mêmes journées…

C’est à devenir fou.

Cependant, plutôt que de s’arracher tous les cheveux, essayons de nous poser sur un coin de siège de bus urbain, s’il en reste encore un, et de réfléchir. Pourquoi cette attente ?

Il peut s’agir d’un problème logistique, purement mathématique. Il n’y a pas assez d’employés dans l’administration de la fac pour une demande importante. Donc un employé se partage davantage de clients, ce qui allonge l’attente de chacun selon un rapport de 2×3/X2 -∞.

C’est aussi un problème social : à l’heure de la crise et du chômage, ne devrait-on pas employer plus de secrétaires, de guichetiers et d’hôtesses de caisse ? Je laisse les problèmes de micro et macroéconomie à leurs analystes chevronnés.

A un niveau plus élevé d’interprétation, n’y a-t-il pas un sens philosophique à cette attente ? N’est-ce pas le concept de mérite qui arrive, couronné de lauriers, mais dédaigné par les files d’attente trépignantes ? Pour acquérir ce beau sandwich jambon-comté qui nous tend les bras, ne devons-nous pas le mériter ? Songer aux grains de blé durement moissonnés, épurés en farine, transformés en pain ? Et à ce sympathique cochon mort dans l’anonymat, pour offrir au consommateur indifférent sa tendre viande ? Quant à cette salade qui a le goût de papier, ne mérite-t-elle pas nos affectueuses pensées ? Dix minutes ne seront pas de trop.

Songeons-nous aussi aussi à ces ménagères qui, pendant l’Occupation, faisaient la queue dans le froid pour avoir quelque maigre viande pour nourrir leurs enfants ? Mais, me direz-vous, nous ne sommes plus en guerre, mais à l’ère de la société de consommation. Tout est à notre portée : en un geste du doigt sur la télécommande nous avons des images exclusives du Haut-Liban, et en quelques clics les adresses de maîtres verriers à Bourg-en-Bresse. A Paris même, si l’on souhaite une gravure Régence 12×18 ou un gilet gris à col noir en angora, des milliers de magasins agitent leurs enseignes.

Alors, ne râlons pas si le caissier met du temps à trouver le prix du melon cultivé dans le Vaucluse.

Le métro comme bain de culture – 18 octobre 2010

Après ce titre, vous vous imaginez déjà une longue réflexion sur la diversité culturelle des usagers du métro, avec l’image de gens de cinq continents se pressant dans les rames.

Eh bien non, il s’agit aujourd’hui de prendre conscience d’un fait précis. Le nom des stations de métro nous plonge dans un formidable bain culturel, à travers des siècles d’histoire, de grands personnages, de saints, de lieux et d’événements.

Prenons un exemple : celui que je connais le mieux, à savoir le trajet qui me mène à ma chère fak. Je prends la 8 à Charenton-Ecoles (écoles de quoi ?), je change à Reuilly-Diderot (qui est Reuilly ? pourquoi Diderot ?) pour prendre la 1, puis à Châtelet (quel château ?) afin d’emprunter la 4. Quarante-cinq minutes de trajet, assis, debout ou en équilibre instable, où mille questions peuvent survenir, entre autres : depuis quand telle station existe-t-elle ? Dix ou cent ans ? Le nom de la station se rapporte-t-il au nom de la rue ou place proche, ou à toute autre chose ? Mystère.

A Charenton-Ecoles, est évoquée l’école élémentaire Aristide Briand qui se trouve sur la place du métro. A Liberté, nous pouvons nous demander si l’école mène à la Liberté. Mais à peine une introduction esquissée, nous sommes à Porte de Charenton : celle-ci contrôlait la route impériale 5 qui menait à Genève ! Le regard s’évade vers des montagnes enneigées, mais doit revenir (si l’on peut dire) au VIe siècle, où cette porte était déjà nommée Pons Carantonis (pour Charenton-le-Pont, actuelle nom de la ville !).

Voici une autre porte, Dorée celle-là : il paraît que ce nom est la contraction de « porte de l’orée du bois » – le bois de Vincennes, bien sûr. Comme c’est bucolique ! Hélas, avec Michel Bizot, nous voici au siège de Sébastopol, dans les rafales glaciales, où ce fondateur de l’Ecole Polytechnique trouve la mort. Puis Daumesnil : nous passons du Second Empire au premier. En 1814, et le général Pierre Daumesnil refusa de livrer au Russes le château de Vincennes dont il était le gouverneur : « Je rendrai Vincennes… quand on me rendra ma jambe. » Il l’avait perdue à Wagram. Edifiés, nous atteignons Montgallet, nom d’une rue qui désigne un ancien lieu-dit. Là aussi, l’herbe poussait drue il y a quelques siècles ! Ah, voici Reuilly et Diderot. Que font ces joyeux drilles liés d’un tiret ? Rien, puisque le premier désigne un petit hameau, ancien manoir royal et même résidence champêtre des souverains mérovingiens ! Ah, les bouquets fleuris… Hum. On ne présente plus Diderot, dont le boulevard traverse précisément cette station.

Nous quittons la 8 violette pour la gaie 1, d’une jaune éclatant. Escale à Gare de Lyon, qui nous fait rêver de Bourgogne, de Lyonnais et même de Roussillon. La première ligne, en 1849, menait seulement jusqu’à Montereau. Arrêt à Bastille, qui fait partie des nombreux noms liés à la Révolution à Paris. Parlons seulement de sa construction, qui débuta en 1370.  Saint-Paul nous ramène vers des cieux plus catholiques, puisqu’on donna ce patron à l’église Saint-Louis qui se trouvait là bien avant la station, ouverte en 1900. C’est en effet Louis XIII qui posa la première pierre… A côté, l’Hôtel de Ville  nous fait un peu horreur puisqu’il est de style néorenaissance, la faute aux Communards l’ayant méchamment brûlé. Quant à Châtelet, ce petit château a été carrément démoli au début au XIXe siècle. En même temps, cette prison-morgue (si je ne m’abuse) n’était pas un lieu des plus charmants.

Enfin la ligne 4, rose mais toujours bondée nous happe pour nous mener vers une île non paradisiaque mais cependant hautement intéressante. Cité. Lutèce celte ou gallo-romaine nous rend songeurs. Enfin, Saint-Michel écrasant le dragon nous intime secrètement l’idée de hâter le pas pour ne pas subir d’autres foudres, celle des professeurs.

Aujourd’hui, j’ai cours… d’histoire.

« Fac d’histoire », ou l’apprentissage de l’humilité – 12 novembre 2010

Il y a quelques mois encore, lorsque j’étais en prépa, les gens me disaient : « Ah, tu es en prépa ? Tu dois avoir beaucoup de travail ! Alors tu tentes l’ENS ? Wahou ! » Et puis, il y avait des choses à dire, des réflexions sur le monde clos et merveilleux de la prépa, telles que vous avez pu en lire dans « Les billets de la khâgneuse » (onglet précédent).

Aujourd’hui, je suis en fac d’histoire. En caricaturant un peu, c’est comme si je n’étais que dans un lieu vide, « par défaut ». La fac, c’est où vont les bacheliers ne sachant où se diriger. C’est là où vont les prépas quand ils n’en peuvent plus. C’est un lieu où tout le monde peut aller, sans sélection à l’entrée, et où aller n’importe où, dans n’importe quelle filière.

Justement, avec l’histoire, le « par défaut » s’applique aussi. L’histoire n’est ni supérieure comme la philo, ni poétique comme la littérature, ni riche en débouchés comme l’économie, ni prestigieuse comme le droit. C’est un peu le fourre-tout de tous les récits, de tous les âges, de tous les thèmes. Un « tout » qui est proche du « rien de spécial », de « rien ».

Snif.

Mais, me direz-vous, si j’étais plus passionnée, je pourrais parler de l’histoire pendant des heures. Exact ! En attendant, la fac nous livre, peut-être, une leçon d’humilité.

L’étudiante, femme prévoyante – 23 novembre 2010

Ce midi, au moment de rentrer dans la Sorbonne, je cherchais frénétiquement ma carte d’étudiante parmi les dizaines d’autres cartes de mon portefeuille. Il y a en effet des contrôles à l’entrée du bâtiment, afin que bloqueurs ou casseurs ne pénètrent pas dans cette si noble institution. Il faut croire que ma mine n’était pas si terrifiante, car le vigile me fit signe de rentrer sans prendre la peine de montrer ma carte. Il dit en riant : « Un portefeuille, c’est comme un sac de femme… » En bref, c’est le bazar le plus complet, où l’on peine à retrouve ce que l’on cherche.

Pas tort ! Quand je fais l’inventaire de mon portefeuille, j’y trouve quand même pêle-mêle ma carte d’étudiante de la Sorbonne, ma carte de la bibliothèque de la Sorbonne, ma carte d’adhésion à l’association des auberges de jeunesse (cherchez l’erreur…), ma carte Vitale, ma carte d’étudiante de prépa (euh celle-là il est temps de la jeter), ma carte de la médiathèque de la ville où habitent mes parents, ma carte de photocopie de la bibliothèque universitaire Sainte-Barbe, ma carte de la bibliothèque Sainte-Barbe, ma carte de retrait de la Banque postale, ma carte de réduction de ma librairie préférée, ma carte Smiles de réduction SNCF (12-25), ma carte pour aller son Internet dans la médiathèque de la ville où habitent mes parents (vous suivez ?), ma carte de la bibliothèque Sainte-Geneviève (cela fait beaucoup de bibliothèques me direz-vous, avec raison), ma carte de cantine de prépa (décidément un ménage s’impose), ma carte Swing qui me servait à retirer avant, et enfin mon Pass Navigo. Seize cartes en tout… Qui l’eût cru ?

Et ce n’est pas tout ! Mon portefeuille contient aussi des tickets de métro, des billets Transilien, des piécettes, des médicaments, des billets, des autocollants (la tendance politique sera tue… d’autant qu’elle n’est pas politique), un mini-dépliant « sauver des vies en 4 gestes » (c’est cool), mon permis de conduire, un plan de Versailles, ma carte 12-25, les horaires de ma ligne Transilien favorite, des tickets de caisse sans nombre, des horaires de bus, ma carte d’identité, des timbres verts, ma carte de mutuelle étudiante (tiens je l’avais oubliée celle-là !), un plan de métro, la carte d’un café sympa près d’Odéon…   ça fait peur.

Bien sûr, tout sac d’étudiante doit aussi contenir le trieur, la trousse, l’agenda, le plan de Paris, les gants, le portable, les clefs, les mouchoirs en papier, l’appareil photo, le parapluie, le livre pour le trajet et la revue pour le trajet (complémentaires bien sûr). J’ai aussi mon produit à lentilles et mes lunettes. Certaines emportent aussi un collant de rechange en cas de « filaison » du leur, sans compter de l’anti-cerne… Et puis pourquoi pas des cigarettes, des chewing-gums, un chéquier, la carte de fidélité Yves Rocher (ceci n’est pas une pub), un couteau-suisse…

D’aucuns citeront le sketche de Gad Elmaleh où celui-ci évoque le vide-poche sur la console de l’entrée, où se trouve la pile morte, le stylo qui n’écrit plus, les boutons en plus des vêtements qu’on achète, la pièce du meuble Ikea que l’on n’a pas réussit à caser… Eh oui, tout n’est pas utile dans nos bazars personnels. Mais au cas où.

Le grand mot est jeté. « Au cas où. » Tandis que l’homme case sa carte bleue et son Pass Navigo dans sa poche, la femme fait preuve d’une prévoyance extraordinaire.

Mieux vaut prévenir que guérir.

(Comment ça je cherche à me justifier ?)

 Morale de l’histoire : les vigiles de la Sorbonne sont compréhensifs.

Crise de Khûba – 22 décembre 2010

Je ne khûbai pas. Plus, je ne parlai plus que de traités de Paris (il y en a plus d’une trentaine de ce nom), bataille d’Azincourt (une seule, pour le coup) et autres réformes économiques pré-keynésiennes. Le vocabulaire khâgnalistique fut réduit à quelques résidus, des KH oubliés au milieu d’événements cruciaux, cubains par exemple.

Je devins donc une fakeuse. Une faqueuse, donc. Voici quelques informations suite à cette crise historique – celle d’avoir échoué en fak, quoi. Comment ça c’est capillotracté ?

Durée des opérations. 16 heures de cours par semaine, contre une dizaines de plus en khâgne, sans compter les devoirs hedomadaires de 6 heures et les khôlles… Ce qui fait la moitié d’heures de moins, en fac. Mais en termes de travail personnel, la fac en offre tout autant ! Entre devoirs et exposés à préparer, via de longues, longues bibliographies.

– Documentation. Plus d’extraits, moins de livres entiers. En khâgne, il y avait de « oeuvres au programme ». En fac d’histoire, de nombreux ouvrages en bibliothèque, où retirer les bonnes informations pour truffer votre exposé sur un éloge de l’impératrice Marie-Thérèse.

Evaluation. En anglais, bien moins de rouge sur les copies. Et des notes qui auraient été utopiques en prépa (16, 18…). Cela rassure. Attention, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas besoin de travailler pour les obtenir (sauf peut-être en langues).

Effectifs. En prépa : 20 élèves de septembre à juin, tous les jours de 8 à 17 h. La proximité invite à tisser de liens ! En fac, je crois que nous sommes près de mille à étudier l’histoire en L3. Impossible de connaître tout le monde, même de vue. On rencontre des étudiants différents à chaque cours : 20 étudiants par TD (Travaux dirigés), 30 à 70 par CM (Cours magistral). Nous discutons avec des élèves que nous ne reverrons peut-être jamais, parce qu’ils auront changé de cours par exemple. De plus, il n’y a pas le concept d’ « inter-cours » propice aux discussions. De ce fait, on sympathise avec quelques élèves dans chaque cours, ce qui donne une impression de « diffraction de soi » assez spéciale. Heureusement, on accroche bien avec certains (qui nous présentent éventuellement leurs amis), et on a également l’occasion de faire des rencontres dans les associations.

Formateurs. Les profs, quoi. Leur niveau d’érudition est équivalent sinon supérieur à ceux de prépa. Ainsi, je parlais à un ami de mon prof d’histoire moderne, quand il sortit un livre de sa bibliothèque : « Ah oui, j’ai son Louis XIV« . Les profs de CM, qui sont maîtres de conférence ou professeurs des universités (le nec plus ultra, je crois) ont pour la plupart leur article sur Wikipedia. Brefs, ils sont connus, surtout dans leur spécialité. Le reproche que je pourrais faire à ceux dont je suis les cours, est qu’ils font montre de moins d’humour que mes profs de prépa… Peut-être les effectifs les en dissuade.

 Conséquences de la crise. Qui vivra verra !

Thèses et antithèses – 9 janvier 2011

Le monde de la fac, c’est aussi le monde de la recherche (en contrepoint de l’enseignement pluridisciplinaire de la prépa !). Qui dit recherche dit domaines d’investigations assez… précis. En passant devant l’affichage des dernières thèses soutenues (ou à venir), je n’ai pu m’empêcher de sourire et de vous en communiquer quelques sujets :

– Recherches sur les temples à cour religieuse en Afrique proconsulaire : influences punique et orientale.

– Le conditionnel en français et ses équivalents en allemand. Le concept de référentiel temporel et l’analyse aspecto-temporelle et énonciative.

– Histoire de la céramique et chronologie à l’époue de l’oppidum de bibracte.

– Lecture et instrumentalisation Hitlériennes de Parsifal.

– Transcription, description et analyse fonctionnelle de l’activité musicale exploratoire d’enfants sur instrument de musique informatique.

– Les réseaux d’information et la circulation des nouvelles autour de l’exil de Marie de Medicis (1631-1642).

– Rien d’autre que l’Etre. Recherches sur l’analogie et la tradition aristotélicienne de la phénoménologie.

– Lire la ville de Jacques Poulin avec l’oeil d’Italo Calvino.- L’apport de la sigillographie à notre connaissance de l’administration fiscale byzantine (VIIème-XIIème siècles).

Et dire qu’ils ont passé au moins trois années à travailler sur ces thèmes… Quand on aime, on ne compte (conte) pas.

Visions et sons parisiens – 12 mars 2011

A défaut de parler de la fac, monde sans complication, voici quelques expériences capitales pas banales.

Trop de métro ?

Le métro est le lieu de la promiscuité. Mais tout n’est pas si horrible. Par exemple, un jour où nous étions serrés dans la rame, une dame perdit l’équilibre et tomba sur une autre dame en la heurtant. Elle s’excusa de sa chute, mais l’autre répondit en riant : « Vous ne pouviez pas aller bien loin, tant nous sommes serrés. »

Parfois, cette promiscuité dérange, voire surprend. Ainsi en rentrant un soir vers 21h30, j’entrai dans une rame remplie d’Italiens d’une vingtaine d’années. Ils parlaient haut, riaient fort, et se mirent même à taper des mains ! Autour de moi, le visages étaient agacés, ou surpris, ou même attendris. Peut-être envieux ?

Un dimanche matin sur la ligne 6, phénomène étrange : plein d’enfants avec leurs parents dans les différentes stations ; je n’ai pas revu cela d’autres dimanches. Une petite fille s’émerveillait devant son papa de ce que dans cette ligne aérienne, on était « haut ».

Vie privée en public

Les conversations que l’on surprend (malgré soi, bien sûr) dans le bus, le métro ou la rue, sont des tranches de vie qui ne laissent pas toujours indifférent. Ainsi, j’étais un jour en face une jeune fille dans le bus, qui parlait au téléphone avec sa cousine à propos de son petit ami : « Il y aura un problème de toute façon ! Lui est juif, et sa mère voudra qu’il épouse une feuj, alors que moi je suis arabe. » Même problème entendu un jour dans le train : un jeune homme parlait d’un problèmle entre lui et la jeune fille qu’il aimait, parce qu’ils n’étaient pas du même monde, elle étant « des cités » et pas lui.

Autre conversation volée : un jeune homme sortant d’une bouche de métro dit à sa probable grand-mère : « Je voudrais me faire un Mac Do là. » « Hein ? Je n’ai pas entendu. » « Bah, je voudrais manger vite et mal quoi ! »

Un jour, c’était un ancien journaliste de l’AFP qui discutait dans le métro. Un autre jour, un membre du Parti communiste qui affirmait que Marie-Georges Buffet n’avait pas été charismatique en 2007, et râlait contre les groupuscules communistes.

Intriguant ou réjouissant

Un homme lisait un jour dans le métro A la recherche du temps perdu en Pléiade. Ailleurs une dame : Les Chouans de Balzac. Bon le plus souvent, c’est trois personnes à la suite ouvrant le même 20 Minutes

On rencontre même des prêtres en soutane dans le 5e.

Un fleuriste dans le 7e (rue Saint-Dominique) où j’ai acheté un mini cyclamen pour ma soeur m’a totalement ravie : son magasin ressemblait à une grande serre, des oiseaux pépiaient dans une volière, il y avait des gravures du XVIIIe siècle aux murs et du Vivaldi en fond ! Que demander de plus ?

Ici, une mini-manif devant la Sorbonne suscite dix camions de CRS armés jusqu’aux dents.

Allant un matin en cours d’anglais au Cnam (où la Sorbonne emprunte des salles), j’y vois des gens plus ou moins attroupés dans la cour, et au-dessus d’une porte un panneau : « Direction de la police judiciaire », avec des policiers. Quoi ? Depuis quand la PJ est-elle au Cnam ? Absurde. C’est alors que je me rends compte qu’il s’agit d’un tournage de cinéma, en l’occurence, de la série « Flics », et que le panneau est un décor (crédible !).

Un vendredi soir boulevard Saint-Michel, je tombe nez à nez avec des centaines de gens en rollers, toute circulation automobile évanouie. Eh oui, c’est organisé ici. http://www.pari-roller.com/

Un sommet du G20 le 18 février (où Strauss-Kahn était venu) détournait la circulation de mon bus 24. Paris, bourgade où des événements mondiaux se déroulent à quelques pas !

En conclusion, quelques bons pans :

– Les fleurs les moins chères (et fort belles), c’est dans les magasins Monceau Fleurs (beaux bouquets à 3,90 euros en moyenne).

– Les places de cinéma les moins onéreuses pour les moins de 26 ans, c’est à Gaumont Gobelins (3,90 euros) ou Mk2 Bibliothèque (4,90 euros).

– Les macarons les moins chers, ce n’est pas chez Ladurée ou en pâtisserie, mais à Carrefour City (6,50 euros les 12, délicieux !).

– Les cafés les moins chers sont dans les quartiers paumés. Le chocolat chaud le plus cher que j’ai payé était 5 euros boulevard Saint-Germain ; le moins cher 2,90 euros dans le 14e, rue de la Tombe Issoire, près du Parc Montsouris.

Quelques bonnes adresses : Flam’s, Chez Papa (délicieux et rétro), Starbucks (cher mais mythique).

Paris, ville vivable.

Une année à la fâkh : option ou passion ? – 8 juin 2011

Comme vous l’aurez remarqué, ou non, beaucoup moins de billets de la fâkheuse que de billets de la khâgneuse auront été écrits. La khâgne, séduisante inspiratrice ? La fac, insipide usine ?

Non, je ne peux pas me laisser dire cela. « Jamais ! » Pour autant, la fac est sans doute une voie plus « normale », plus simple, plus évidente. La khâgne me semble aujourd’hui un microcosme littéraire unique, savoureux et douloureux, semblable à nul autre. Absolu, au sens étymologique. Aussi me contenterai-je de tracer deux grandes lignes : alors que la khâgne est l’essence, la vie même (détails ici) d’une ou deux années, la fâkh est une option dans la vie, une sorte de complément culturel, un ajout intéressant et provisoire. Notons que ceci est un témoignage, et au-delà des ressemblances-fortuites-blabla, il n’engage que moi.

La khâgne fut un moment de concentration. Concentration des neurones bien sûr, pendant les devoirs de 6 heures le samedi matin, mais surtout concentration en peu de mois, de données sur Aristote, Du Bellay, Hemingway et Lawrence d’Arabie , voyages entiers à travers la littérature française de Marot à Sartre, sauts de géants, éventail de dates, profusion des textes, absorption de fiches de livres, rigueur latine. Du lundi-8h-philo au samedi-14h-fin-du-devoir-l’esprit-vidé, il était difficile, malgré toutes nos fanfaronnades, de vivre la khâgne comme on écoute France Culture, la marguerite à la bouche et le sourcil négligemment levé avec le sourire, façon Jean Dujardin. La khâgne, c’était notre vie, notre bonheur, notre foi. (- Ah bon ?)

La fac, c’est l’inverse. Elle peut être France Culture, l’érudition hebdomadaire – surtout en 3e année de licence où les enseignement sont déjà spécifiques, mais encore variés et nombreux. Bien sûr, d’exposés en devoirs, il y a un aspect laborieux, ardu, bachoteur. Les étudiants de master semblent en baver, avec leur mémoire. Mais, ne serait-ce que par le nombre réduit d’heures de cours, ceux-ci peuvent être l’addendum de notre quotidien, le plaisir cérébral d’étudier l’administration française ou la diplomatie médiévale. La preuve, c’est que des personnes viennent en auditeurs libres, comme on étudie la socio au Collège de France. Il y a même des personnes aux tempes grisonnantes ou blanchies, heureuses d’écouter les péripéties du siège de Vienne ou les périgrinations des artistes baroques. Oui, la fac, c’est la cerise sur le gâteau de nos multiples activités et sorties journalières. C’est aussi un lieu assez impersonnel, où des milliers d’étudiants se croisent souvent sans se regarder (comment connaître tout le monde ?) ; aussi, hors des groupes et associations, il me semble difficile d’avoir un attachement affectif à la Sorbonnette.

Ceci est malgré tout un hommage à cette institution multiséculaire, qu’il se peut que je quitte, étant admissible à deux écoles de journalisme (ça c’est pour la partie jeracontemalife.com). Vive la fâââââkh !

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