Le bio à moindre prix, un défi difficile

 

Le Salon bio Marjolaine qui se déroule du 5 au 13 novembre au Parc floral de Paris est un lieu de référence pour trouver des produits d’alimentation, de beauté ou de décoration respectueux de l’environnement. Cette année, un parcours « Promotion » propose dans plusieurs stands un article bradé, afin de montrer que le bio peut-être plus accessible à tous. Le bio peut-il vraiment coûter moins cher ? Il semble que son exigence de qualité le maintienne au-dessus des prix du marché.

Il est près de midi au Salon bio Marjolaine, dans les halles du Bois de Vincennes. Des centaines de personnes se pressent calmement entre les 550 stands, essayant un appareil de massage, goûtant de la pâte d’amande bio ou lisant un tract pour un séjour de jeûne diététique. Les visiteurs ont en moyenne une cinquantaine d’années. Peu de jeunes fréquentent ce salon de référence dans l’univers du bio, qui a accueilli l’année dernière près de 71 000 visiteurs pendant neuf jours. Sont-ce des personnes déjà installées dans la vie, qui peuvent se permettre de consacrer une partie plus importante de leur budget à une consommation de grande qualité ?

L’épithète est tenace dans les esprits : « Le bio, c’est cher ». Aussi cette année le Salon Marjolaine a mis en place un parcours « Promotion » : un petit écriteau vert indique la baisse de prix d’un des produits. Pourtant, cettte fameuse pancarte est difficile à trouver. « J’ai bien vu l’annonce de ce parcours Promo à l’entrée, témoigne Monique, une visiteuse sexagénaire, mais je n’en a pas beaucoup vu parmi les stands. »

Simon Trabuc vend les produits de la coopérative vietnamienne Bibol : des plats et saladiers en bambou peints et laqués, sans solvant ni composant organique volatile (C.O.V.). Quelques coupelles sont bradées, « parce qu’elles présentent de légers défauts », dit-il. Il ne s’agit pas pour lui de rendre le bio plus accessible.

Les produits biologiques sont-il vraiment plus chers ? Au Salon Marjolaine, certains sont dans les mêmes fourchettse de prix que les produits non bios : par exemple, un savon de Marseille à 2,90 euros, ou dehors, une formule déjeuner « crêpe flambée et crêpe au sucre » pour 8 euros. Cependant, le stand de la pâtisserie Laura Todd vend une belle boîte de 29 cookies bios 41 euros. Le petit gâteau d’épices de 250 grammes à 6,10 euros ou le miniscule pot de 100 grammes de confiture de papaye à 6 euros, peuvent également laisser beaucoup réticents.

Pas besoin d’être économe pour avoir un commerce équitable

Un salon est cependant le lieu privilégié pour trouver des prix réduits. « Tous les produits que je vends au Salon Marjolaine sont en promotion », déclare Anatole Rosier, qui vend des systèmes domestiques de filtration et de traitement de l’eau. « Ils sont moins chers dans ce stand que dans le catalogue ; mais ce n’est pas le cas de tous les produits vendus dans ce salon. » Il a mis en promotion un système de filtration de douche anti-calcaire, vendu à 85 euros au lieu de 95 euros, ce qui lui permet donc de renvendiquer la fameuse pancarte.

Plusieurs facteurs rendent le bio cher. « Le vrai bio garde un prix élevé qu’il nécessite un prix de revient important », justifie Philippe Loncar, savonnier dans l’entreprise familiale et artisanale « La Grange aux Herbes ». Pour lui, le bio doit rester artisanal et être cultivé dans de petites structures. Il met en promotion une nouveauté de l’année dernière, un baume à lèvres au beurre de karité de 10 g, qui coûte 6,50 euros. Les huiles essentielles, le flaconnage et la main d’oeuvre coûtent cher, c’est pourquoi le prix de vente est élevé.

De plus, cette exigence qualitative s’inscrit souvent dans une perspective de développement durable. « Cette cartouche filtrante permet une économie de 40% d’eau au final, déclare Anatole Rosier. Le prix implique donc une vraie économie à long terme. »

Toutefois, certains profitent du prix habituellement élevé du bio pour tromper les consommateurs, à en croire Philippe Loncar : « Mes produits sont certifiés Nature et Progrès, un cahier des charges qui demande que 100% des composants soient bios. Certaines grandes entreprises, comme L’Oréal, revendiquent des produits bios qui en fait ne comprennent que 5% de composants naturels. »

Les distributeurs sont aussi mis en cause : « Dans les supermarchés, il y a souvent peu de traçabilité, et ils peuvent en profiter », dénonce Simon Trabuc, de l’entreprise Bibol.

Au Salon Marjolaine, les consommateurs ne disent pas autre chose : « Je trouve que le prix élevé du bio n’est pas toujours justifié, surtout quand le produit n’est pas totalement bio, déclare Monique. En région parisienne notamment, les produits bio sont plus chers qu’ailleurs. Pour ma part, j’achète seulement certains produits bio qui risqueraient de contenir des composants chimiques, comme la farine, le miel ou les épices. Je ne pense pas que le bio va devenir moins cher, ou alors ce sont les normes qui vont baisser. » Surtout, Monique admire les démarches des agriculteurs ou des viticulteurs bio, qui parviennent à vivre de cette exigence d’authenticité.

Imelda

 

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