Chapôs, le style

Le « chapeau » (ou chapô) précède un article de presse, et le résume. Plusieurs sortes de couvre-chefs existent.

Le casque d’abord, de vinking ou de pompier. C’est le chapeau conquérant, glorieux, salvateur. Il annonce les déclarations de guerre, les réformes économiques, les sommets du G8. Coup d’éclat ou dernière chance, c’est l’honneur qui scande les mots, claquants, ronflants. Les phrases nominales sont légion. Le panache ne se cache pas.

Il y a le chapeau melon, un rien bourgeois ou suranné. C’est celui des marronniers, ces sujets qui reviennent régulièrement. Les colonies de vacances, la rentrée des classes, les cadeaux de Noël. Il est rond, docile, sans prestige. Il répète le « comme chaque année », sans s’en offenser.

Certains chapôs sont des feutres, sombres et élégants. Le revolver n’est pas loin, la traque policière non plus. Les mots de « garde à vue » et d' »enquête » continuent se susciter l’intérêt.

Il y a la coiffe bigoudène, Bretagne traditionnelle et triomphante. Sa dentelle fleure sans complexe les processions et le granit. Mais la grâce des hortensias embaume toujours ces mots, régionaux jusqu’à la Breizhitude militante. La coiffe auvergnate n’a rien à lui envier.

On aperçoit parfois la chapka, bonnet russe en fourrure avec oreilles rabattables. Poutine n’est jamais loin, ses neiges et la glace de son regard post-FSB. Gazprom, Medvedev ou Anna Politovskia hantent ses phrases.

Il y a la mitre, celle de l’évêque. Le chapô retrace les voyages du pape, les polémiques, les phénomènes. Elle garde le mythe de la puissance indéboulonnable alors que les catholiques ne sont plus qu’une minorité.

La kippa, ou le kieffieh posent leurs revendications propres, leur héritage, leur diplomatie complexe. Fini le parfum exotique, seul demeure la mondialisation, les migrations, les cultures.

Certains chapôs sont des perruques. Ils trompent ou montrent la tromperie, les révélations, les flatteries et l’obséquiosité, la démagogie. Les clichés abondent.

Ici, un sombrero. Ce chapô incarne l’hispanité solaire, la castagnette que la crise va bientôt phagocyter.

Là, le képi militaire, l’Afghanistan discuté, les Opex, les attaques, les défilés, le 11-novembre, le budget Défense. Ses mots claquent comme des ordres, on dirait.

Enfin le casque-antibruit, celui du citoyen qui en a assez d’entendre le flot-flux d’informations envahir sa vue, sa vie. A chacun son résumé, son chapeau.

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