Radio : quel bon ton de voix ?

« Bonjour Machin, bonjour à tous. » Qu’est-ce que cette voix artificielle, stéréotypée, des animateurs de radio ? Faussement enthousiaste ? Ou alors presque indifférente aux mauvaises nouvelles qu’elle annonce, des morts par ci, des morts par là, et l’on enchaîne sur le sport et la bourse… Comment rendre une voix radiophonique un minimum sincère, engagée, authentique ?

Il faudrait peut-être passer par l’écriture littéraire pour trouver une réponse. Pour faire de la littérature, il ne suffit pas de plaquer des procédés dits littéraires (épithètes inversées, métaphores à foison, périphrases…). Le langage va s’enrichir naturellement et devenir plus fin, plus littéraire, à mesure que s’enrichit le rapport de l’écrivain au langage. La qualité littéraire d’un texte n’est pas un vernis, mais son étoffe même. En d’autres mots : c’est la maturité et l’implication de l’auteur qui va trouver des mots neufs, et non déjà éculés, pour circonscrire l’objet précis de son invention. (Merci François Magné.)

De même, en radio, ce n’est pas le vernis de l’enthousiasme ou de la gravité qui va moduler la voix. C’est l’intérêt que le présentateur porte à l’événement qui fait entrer une chaleur dans son timbre. En école de journalisme, on apprend à faire des flashs info de manière convaincante, non seulement en articulant et en variant le ton selon la nouvelle, ou en faisant des phrases originales et variées. On s’exerce surtout à parler à la radio en apprenant à parler du quotidien, à parler comme au milieu d’un repas, à parler d’un sujet quelconque qui nous touche vraiment. Dire simplement, comme si on racontait à des proches. On choisit les événements et on écrit les brèves qui nous parlent, qu’on a envie de dire au monde, d’annoncer ou peut-être implicitement de dénoncer.

Evidemment, s’approprier un accident en Chine ou une fête à Lyon n’est pas forcément facile en peu de temps. Mais c’est aussi tout le travail du journaliste, tentant de mettre un peu d’ordre et de mots dans ce que Macbeth évoque : « La vie […] : une fable / Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, / Et qui ne signifie rien. »

 

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