[Rome J-7] Voyager, c’est changer deux fois

A une semaine d’un stage d’été dans la Ville éternelle, l’Urbs, on se trouve au seuil d’une expérience éprouvée par chaque  voyageur. En changeant de lieu, de pays, il changent également de regard sensoriel, et de représentations mentales.

« Quand on aime, il faut partir. » Ce paradoxe signé Blaise Cendrars peut surprendre. Quand on aime, ne faut-il pas rester, entretenir le fragile équilibre de l’attachement ? Au bout d’un mois de séjour à Strasbourg, j’avais envie de partir… pour revenir plus charmée ! La beauté délicate et sobre de cette ville ne me surprenait plus, ma rétine l’avait intégrée comme une norme. Je voulais partir pour m’en émerveiller à nouveau, y poser un regard neuf, renouveler cet amour. Stendhal ne dit pas autre chose : « Ce que j’aime dans les voyages, c’est l’étonnement du retour. »

De manière inversée, cette idée souligne combien arriver dans une ville, – qui si elle n’est pas d’un autre continent, incarne au moins un autre pays et une autre Histoire -, modifie notre perception. N’ayant voyagé que deux fois en Italie, quelques jours à Turin et quelques autres à Rome, je n’ai qu’effleuré ces lignes ocres, cette sécheresse chaleureuse, cette solarité entre vie et mort. Pour mieux cerner des sensations promptes à s’installer, il faut arriver, là, l’oeil surpris de tout. L’oeil mais aussi  le doigt, l’oreille, le nez.

Pendant ces deux mois d’été, je tenterai de vous décrire sur ce blog ces sensations et plus particulièrement ces odeurs, ces impressions fugitives qui frappent à certaines heures (midi, trois heures, minuit…). Odeurs et heures seront donc des lignes directrices, sinueuses.

Toutes ces impressions sont bien charmantes, me direz-vous, mais si notre regard n’est en effet pas toujours habitué au paysage méditerranéen, les représentations que nous avons de l’Italie nous empêchent-elles pas de quitter les sentiers battus, l’indissoluble tryptique « pâtes-pizzas-Colisée » ? Il est vrai. Regardez l’image en illustration de ce billet – quoique l’ombre laisse les idées en suspens.

Une Ville aussi complexe que Rome, qui semble comme autant de couches géologiques entasser les époques (Antiquité conquérante, papauté médiévale, splendeur baroque, fascisme mussolinien…), ne peut se réduire aux cartes postales éclatantes et aux parcours touristiques réducteurs. Il y a la vie, quotidienne et contingente, des habitants. Les Romains sont-ils écrasés, complexés sous le poids de leur propre passé ?  Car si tous les chemins mènent à Rome, tous ne permettent peut-être pas de la comprendre.

 

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