Les absurdes jacassements de Fulberte (1)

Bsitelleonjour les zamis ! Ici Fulberte, la sitelle (photo). Je vais vous parler aujourd’hui d’un phénomène assez étrange, très peu évoqué par les immenses brochettes d’experts en lunettes ou moustaches qui hantent nos télés éteintes. Un drôle de truc. J’ai nommé : le blues post-Noël. « Ah ! Quoi ? Ça ? » vous écrierez-vous, saisi d’un ricanement hyper sonore et plus que sarcastique. « Mwof, mwof », ajouterez-vous le ventre hoquetant, n’hésitant pas à adopter les soubresauts hilares d’un petit chien à longs poils.

Assez ri, il s’agit d’une chose pas vraiment marrante. Voilà, quelques jours ont passé depuis Noël. Les guirlandes lumineuses en forme d’étoiles et de rhinocéros, accrochées depuis fin octobre pâlissent d’un seul coup. Les gens plus déprimés déshabillent leur sapin à peine le dernier cadeau ouvert, et le traînent en suant sang et champagne jusqu’au trottoir d’en bas, se cognant contre les gens irradiants de lumière sortant de la messe de minuit.

Les papiers cadeaux à demi froissés errent quelques jours entre le canapé arc-en-ciel et les dernières miettes de brioche à l’angélique lyonno-cévenole made in China. Les enfants gémissent misérablement, ayant déjà cassé la superbe maquette de bateau post-médiéval et baillent, blasés de la dernière folie (un énorme dinosaure numérique qui prend la température d’une pièce, distributeur de Twix compris) en à peine quelques heures.

Toute la pression, la lumière pailletées, les vitrines chocolatées, la nostalgie des Noëls d’enfance et les cadeaux haletants qui avait atteint leur acmé redescendent en trois-six mouvements, en une rapidité proportionnellement inverse aux taux de cadeaux revendus fébrilement sur eBay.

Dehors entre les arbres cendre décharnés, la température a baissé de 18 degrés en une nuit, tandis qu’un froid glacial caresse votre cou. Il fait nuit à 15 heures et la pluie salée n’hésite pas à doucher la moindre parcelle d’enthousiasme qui restait dans un coin de votre pseudo-intellect.

Perdu dans un trou noir, vous battez désespérément des ailes, seul, mangeant des biscottes périmées dans le silence sépulcral du petit matin. Au boulot, vous êtes quasiment seul à assurer la baraque, la plupart de vos collègues étant sur des plages de sable extra-fin à bronzer et manger des crevettes crues et des cocktails Molotov.

C’est alors que vous vous asseyez sur un banc, l’air égaré et tricotant quelques vêtements d’une main distraite. Comment faire pour éviter ce blues abyssal ? Vous vous creusez la tête à l’aide d’une pelle de jardin, et enfin l’idée jaillit : au lieu de fêter Noël avant Noël (jusqu’au 24 décembre), pourquoi ne pas sortir les terrasses entières de chocolats Lindt et fêter l’amour, la famille, l’enfance et les traditions après ? On fête une naissance après celle-ci, pas Avent ! Vous tenez le bon bout – pas le mauvais blues.

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