Strasbourg est-elle « Paris en mieux » ?

Paris est-elle la tourbillante Ville-Lumière ?  La province, un désert triste ? Paris, un confinement sale ? La province, un havre de paix bienheureuse ? En se basant sur la différence entre Paris et Strasbourg, on voit que le contraste n’est pas si fort.

« Ah ! La province. » Finie, la ligne 3 du métro parisien, qui à 8 h 30 compacte la foule en sardines desséchés pour 45 minutes de trajet. Ici à Strasbourg, le tramway me mène en 12 minutes, marche comprise, à mon lieu de travail. La ville est plus petite, en même temps. Si les heures de pointe ne sont pas inconnues, on peut respirer raisonnablement. Et, fait non négligeable, on voit le paysage, les jolies façades anciennes, la rivière de l’Ill qui étend son eau survolée de mouettes. Un chiffre : à Strasbourg, 3 400 habitants au km2. A Paris… 21 000.

A Paris, on cherche des arbres verts, mais il y a finalement beaucoup de parcs, Tuileries, Luxembourg, Monceau, Montsouris, Buttes-Chaumont, bois de Vincennes… A Strasbourg, on trouve bien celui de l’Orangerie ou du Contades, mais au centre, pas grand-chose. La peur de casser des maisons du XIIIe pour planter des feuillus ? Cela dit, il faut rouler moins longtemps que depuis Paris pour trouver une belle forêt sauvage.

Les files d’attente de folie qu’on subit parfois à Paris (pour acheter un ticket de métro ou un seul jambon-beurre) sont plus courtes ici. Sauf pour acquérir sa carte de transports mensuelle Badgéo le premier jour du mois. Mais Navigo à Paris, ne peut pas se vanter non plus.

Oubliée également, la mauvaise odeur du métro et des rues. A Strasbourg, pas de métro. Et tout est net, clean. Les rues sont lavées le matin. L’influence de l’Allemagne ? Et le centre est verrouillé côté circulation, ce qui limite la pollution. Enfin, les vélos sont ici légion, même par -15°C. Il y en a des dizaines  dans la cour de mon immeuble.

On déplore aussi à Paris la misère à ciel ouvert, les SDF qui soulèvent des questions sanitaires et sociales. A Strasbourg, il y en a également un certain nombre.

« Et puis, la province, ce n’est pas cher. » ça, oui. A Paris, louer un studio à moins de 500 euros par mois est quasi impossible. Ici pour le même prix, on déniche un 40 m2 sympathique en plein centre. Dans les magasins de Strasbourg, les produits alimentaires sont environ un tiers moins chers. Une consommation dans un café aussi. Et puis, qui ne préfèrerait pas les bretzels et beignets alsaciens aux sandwiches ultra-chers de la capitale ?

La politique de la Ville et de la Région sont à Strasbourg assez satisfaisantes : pour les jeunes, 22 euros par mois pour la carte de transports qui couvre la communauté urbaine (dont la ville allemande voisine, Kehl). 12 euros par an pour les jeunes suffisent pour emprunter livres dans les médiathèques mais aussi CD et DVD parmi un très grand choix. What else ? Dans les bibliothèques municipales de Paris, c’est 60 euros annuels pour le même service.

Strasbourg, une sérieuse concurrence

« Ah ! Mais Paris, c’est la culture ! » C’est vrai. Le film qui sort dans trois salles en France, il passe à Paris. Le plus grand musée du monde, il y est. Les expos dont les médias parlent, elles y sont. Passée la question « mais finalement, est-ce qu’on prend le temps de profiter de tout ça ? », on oublie que Strasbourg est également une grande ville culturelle. La proximité du Parlement européen et du Conseil de l’Europe l’oblige à maintenir un niveau d’exigence, ne serait-ce que pour tous ces ambassadeurs.

Il y a six théâtres nationaux en France : cinq à Paris, un à Strasbourg. L’UGC Ciné-Cité de Strasbourg comprend 22 salles, une de moins que le grand grand cinéma de France, le Kinépolis à Lille. A Strasbourg, un opéra national, un orchestre philhamonique, des salles de concert, une librairie (Kléber) qui organise des tas de conférences… Et puis Gutenberg, Erasme, Goethe ont vécu en Alsace, ça ne s’invente pas ! Côté mode, si les Parisiennes gardent une élégance inégalée, le nombre de bonnes boutiques à Strasbourg les soumet à une sérieuse concurrence. Et je ne vous parle pas de la capitale de Noël.

Certes, il n’y a pas à Strasbourg la Cour carrée du Louvre ni Saint-Germain des Prés. Mais la touristique et mignonne Petite France,  l’impressionnante cathédrale ou la majestueuse place de la République offrent des charmes non négligeables.

Paris  offre un choix de facs et d’écoles vertigineux. Strasbourg possède  une université prestigieuse (une des six premières universités françaises dans le classement de Shanghai 2011), des écoles  reconnues (l’Ecole de Management, le CUEJ pour le journalisme – c’est capital, et bien sûr l’ENA).

Enfin,  si la capitale présente une diversité du marché de l’emploi  pareillement immense, l’Alsace est une région très dynamique  économiquement : c’est la troisième pour le PIB, hors  Ile-de-France.

Le  seul atout de Paris finalement, c’est qu’il y a davantage de  gares pour partir un peu partout en province ou à l’étranger. Mais à Strasbourg, en province, vous y êtes ! Et l’Allemagne est de  l’autre côté du Rhin, Vienne à 500 km, la Pologne plus proche que Bordeaux. Eh oui. Ce n’est peut-être pas un abus de langage de dire  que Strasbourg, c’est Paris en mieux.

Imelda

PS :  Depuis le début, je n’ai vu qu’une cigogne, dont le nid avait été  placé au-dessus du Pavillon Joséphine de Strasbourg. Un mythe, je vous dis ! La faute à la saison ?

PPS :  Il y a encore des milliers de choses à dire sur Strasbourg et  l’Alsace… Ce propos n’est évidemment pas exhaustif.

 

Strasbourg : étudier dans la vallée du Rhin à coût réduit

A la Journée des universités de Strasbourg (JU) les 2 et 3 février, un stand présentait les possibilités d’études à l’étranger. Le réseau Eucor, qui permet aux étudiants strasbourgeois d’étudier dans un ou plusieurs campus de 5 universités du Rhin, propose désormais une bourse de mobilité. 

Une seule carte d’étudiant pour cinq universités (Strasbourg, Mulhouse, Fribourg, Karlsruhe et Bâle, photo) : c’est depuis 20 ans le concept d’Eucor. Ce réseau permet de créer son parcours à la carte dans des universités d’Allemagne, de Suisse et de France. Il suffit des choisir des cours dans un projet cohérent, et de les faire valider par le correspondant Relations internationales de sa faculté.

« Le financement est souvent la barrière la plus importante pour des études à l’étranger, avec celle de la langue », déclare Lucie Gonin, dela Direction des Relations internationales de l’Université de Strasbourg (UDS). L’UDS propose une bourse de 100 euros par mois à chaque étudiant qui effectue au moins un semestre dans une des universités partenaires. Cette bourse est cumulable avec une bourse sur critères sociaux.

Elle ne l’est pas cependant avec une seconde aide de l’UDS, qui concerne les étudiants du réseau Eucor qui suivent un cours isolé ou étudinte une matière secondaire complète. Selon l’université et le nombre de déplacements, l’aide oscillera entre 16 et 40 euros par aller-retour. Il faudra bien sûr justifier de sa présence et de ses titres de transport.

250 universités partenaires

L’ouverture à l’international est évidemment un objectif qui s’étend au-delà de la vallée du Rhin. Si une étudiante demande au stand quels sont les échanges avec la Suisse, une autre, en 1ère S à Barr, déclare être « intéressée par les langues et la musique ». Elle n’a pas de destination favorite en tête, mais 250 universités hors d’Europe lui seront proposées, pour partir dès la deuxième année d’études. Dès la première année, elle pourra s’informer à la direction des Relations internationales de l’Université de Strasbourg, situé au Patio. Elle rejoindra les 900 étudiants de la fac qui partent chaque année pour de nouveaux horizons.

 

Incantations cosmiques

Peut-on chanter le feu, l’eau, la terre, l’air ? C’est ce qu’a fait l’ensemble vocal féminin Plurielles, vendredi 3 février. Cet ensemble strasbourgeois  a interprété diverses compositions du XXe siècle – de Poulenc, Holst ou Rachmaninov – évoquant et invoquant les vibrations du monde.

Dans l’église protestante Saint-Guillaume de Strasbourg, une trentaine de femmes de tous âges s’alignent. Le lieu est sobre – fenêtres longilignes, mais orgue immense et chaire dorée. Leurs regards des choristes se concentrent sur leur jeune chef de choeur, Jean-Philippe Billmann. La pianiste, Vérène Rimlinger, ébauche quelques notes cristallines ; elle travaille à l’Opéra national du Rhin (place Broglie à Strasbourg).

Vêtues de robes noires et ceintures oranges, les femmes aux voix argentées commencent par invoquer le feu, avec l’Hymn to the Dawn (Hymne à l’aube) de Gustav Holst, compositeur anglais mort en 1936. La lumière coulant sur les visages lisses ou ridés des chanteuses devient orange. Puis blanche lorsque c’est l’eau qu’évoque Sur la mer de Vincent d’Indy.

Pour la terre, c’est la surprenante Mouth Music de Dolores Keane and John Faulkner qui éclate. Les choristes simulent la pluie et l’orage par claquements de doigts et de talons, ce bruitage que font certaines chorales comme celle-ci. Lune d’avril de Poulenc, Angyel de Rachmaninov… Une belle occasion de montrer combien le corps humain est à même d’imiter et d’incanter la matrice terre.

 

Deux mois à Strasbourg

« Prodige du gigantesque et du délicat », selon Victor Hugo, la cathédrale de Strasburg étonne par sa hauteur dentelée. Mes photos ne sont qu’une entrée en matière, puisque les prochaines semaines seront une découverte de Strasbourg, à l’occasion d’un stage dans un quotidien régional. En attendant de prochains articles, pas forcément centrés sur la culture, sur cette fascinante Alsace.