« J’irai te croiser » (Aliose)

Le groupe suisse Aliose, déjà évoqué ici, sort son deuxième album cette semaine, tout en poésie grave. Extrait.

A découvrir .

 

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Incantations cosmiques

Peut-on chanter le feu, l’eau, la terre, l’air ? C’est ce qu’a fait l’ensemble vocal féminin Plurielles, vendredi 3 février. Cet ensemble strasbourgeois  a interprété diverses compositions du XXe siècle – de Poulenc, Holst ou Rachmaninov – évoquant et invoquant les vibrations du monde.

Dans l’église protestante Saint-Guillaume de Strasbourg, une trentaine de femmes de tous âges s’alignent. Le lieu est sobre – fenêtres longilignes, mais orgue immense et chaire dorée. Leurs regards des choristes se concentrent sur leur jeune chef de choeur, Jean-Philippe Billmann. La pianiste, Vérène Rimlinger, ébauche quelques notes cristallines ; elle travaille à l’Opéra national du Rhin (place Broglie à Strasbourg).

Vêtues de robes noires et ceintures oranges, les femmes aux voix argentées commencent par invoquer le feu, avec l’Hymn to the Dawn (Hymne à l’aube) de Gustav Holst, compositeur anglais mort en 1936. La lumière coulant sur les visages lisses ou ridés des chanteuses devient orange. Puis blanche lorsque c’est l’eau qu’évoque Sur la mer de Vincent d’Indy.

Pour la terre, c’est la surprenante Mouth Music de Dolores Keane and John Faulkner qui éclate. Les choristes simulent la pluie et l’orage par claquements de doigts et de talons, ce bruitage que font certaines chorales comme celle-ci. Lune d’avril de Poulenc, Angyel de Rachmaninov… Une belle occasion de montrer combien le corps humain est à même d’imiter et d’incanter la matrice terre.

 

Aliose virtuose

Une fois n’est pas coutume, nous allons évoquer ici une jeune chanteuse suisse de vingt-trois ans. Il s’agit d’Alizé Oswald, ou plutôt le duo Aliose, qu’elle forme avec Xavier Michel, l’auteur de certaines des paroles. Ce projet a vu le jour en 2007 à Nyon, non loin de Genève. Bien qu’à dimension essentiellement nationale – la Suisse, un peu l’Est de la France, mais aussi une récente tournée en Chine pour la Semaine de la francophonie -, sa notoriété gagnerait à s’étendre, tant son talent est visible, ou plutôt délicatement audible.

Sur la rubrique Chansons du site Aliose il est heureux d’écouter une ou deux pièces : une voix aérienne et d’une fraîcheur tendre épouse des mélodies particulièrement réussies. Sans compter un grand sens de la poésie. Bien sûr, les thèmes ne sont pas très gais, entre solitudes et paradis artificels. Mais l’on a envie d’avoir la pureté d’une robe blanche pour les aborder sans faux-semblants.

 

Une chanson de geste aux effets comiques

Dans la Chanson d’Antioche écrite par Richard le Pélerin et retravaillée par Graindor de Douai en 1180, l’auteur évoque dans un registre épique le siège d’Antioche (en Asie mineure, illustration ci-dessous) par les croisés en 1098. Les croisés, menés principalement par Godefroy de Bouillon, sont accompagnés de mercenaires – ceux qui font la sale besogne. A leur tête de ces hommes pauvres et hirsutes, le roi Tafur. Celui-ci, face à la faim qui les tenaille pendant ce siège, rassemble ses hommes et ils commencent à manger les cadavres des Turcs. On lit donc au début du chant V (il s’agit d’une traduction) : « Une fois réunis, ils étaient plus de dix mille. Ils écorchent les Turcs, les vident et les font rôtir ou bouillir. Puis ils les mangent, même sans pain. » Quoi, pas de pain ?

La phrase la plus improbable se trouve quelques lignes plus loin : « Le roi Tafur se sent tout ravigoté. Lui et les siens (et ils étaient nombreux !) écorchaient les Turcs au beau milieu des prés à la lame de leurs couteaux aiguisés. (…) Ils les mangeaient avec plaisir, même sans sel, en se disant les uns aux autres : « Fini le Carême ! »

Notons que cette anthropophagie, qui arrivait parfois à l’époque, est peut-être une invention d’un des auteurs de ce texte, entre poésie lyrique et épopée. Voyez aussi les « dix mille » mercenaires : il s’agit d’un effet de style, qui gonfle la réalité pour souligner le nombre. (Ceci me fait penser à un texte grec tardif racontant l’Evangile avec Jésus sur un quasi drakkar sur le lac de Tibériade… Ah, les charmes de l’épopée !).

Bien sûr, il n’y a rien de drôle dans ce potentiel cannibalisme. Mais le contraste entre ce fait même d’une part, et d’autre part le manque de sel, de pain et le « beau milieu des prés », laisse le lecteur du XXIe siècle entre surprise et amusement.

 

Chanson française

Quittons les hautes sphère de la musique classique (ou « cultivée », comme l’appelle Alessandro Baricco), pour errer au pays de la chanson française. Vous trouverez ci-dessous une liste relativement arbitraire de certaines de mes chansons préférées. Ce n’est pas une anthologie, mais vraiment un choix subjectif, inégal, éclectique. A découvrir ou redécouvrir !

Douce France de Charles Trenet. (1943) ici
Auprès de mon arbre de Georges Brassens. (1955) ici
Quand on n’a que l’amour de Jacques Brel. (1957) ici
Göttingen, de Barbara. (1964) ici
Que serais-je sans toi de Jean Ferrat. (1965) ici
L’étrange concert des Frères Jacques. (1967) ici
Je suis malade de Serge Lama. (1973) ici
Les fées de Yves Duteil. (1979) ici
Elle est d’ailleurs de Pierre Bachelet (1980) ici
Vivre ou survivre de Daniel Balavoine. (1982) ici
Les valses de Vienne de François Feldman. (1989) ici
Savoir aimer de Florent Pagny (1997) ici
Tournent les violons de Jean-Jacques Goldman. (2001) ici
La fille d’avril de Laurent Voulzy. (2002) ici
Fanny Ardent et moi de Vincent Delerm. (2003) ici
Midi 20 de Grand Corps malade. (2006) ici

Vacuité

Le chanteur Vincent Delerm me fait parfois beaucoup rire. Par exemple, les paroles du « Monologue shakespearien », à écouter ici.

Evoquant une pièce du festival d’Avignon (manifestement Henri V de Shakespeare) :

Pourtant la mise en scène était pas mal trouvée
Pas de décors, pas de costumes, c’était une p – d’idée
Aucune intonation et aucun déplacement
On s’est dit : Pourquoi pas
Aucun public finalement ? …