Les absurdes jacassements de Fulberte (2)

sitelleBonjour les cocos ! Figurez-vous que je me suis rendue compte, tout en descendant d’un arbre à une vitesse relative à 5,77 / Pi fois celle de la lumière quand il grêle, d’une chose immense, atroce, fulgurante.

Vous, les pauvres humains occidentaux, vous êtes en train de laisser à l’abandon ce chef d’œuvre du sous-génie humain, cette 537e merveille du monde, cet objet au moins aussi fondateur que la Bible et l’Illiade… J’ai nommé : le crayon. Ou le stylo. Bref : l’outil scripteur, et son corollaire, la piste graphique.

Cette fois, ce ne sont plus des ricanements qui vont exploser de votre bouche, mais une strangulation aussi immédiate qu’incontrôlée : « Grrlb, euh, quoi… Brouf… Argh ? »

Allez-y, dites-moi une occasion où vous utilisez le stylo.

« Bah, euh… »

Non, vous ne trouvez pas. Vous étudiez le malaisien en 7e langue ? (après le serbo-croate évidemment) C’est sur un ordinateur que vous prenez vos notes dans vos cours du soir et les relisez soigneusement ensuite, dans votre soupente à peine éclairée d’une préhistorique chandelle.

« Bah, je ne sais pas, je l’utilise n’importe quand, dès que j’ai envie de noter un truc ! »

Un « rappel » ou une « alarme » sur votre téléphone portable suffira. Non, ne niez pas. Vous avez décidé de réaliser une sublime charlotte panachée d’une ganache de chocolat aux amandes et au jambon normand ? Vous recopiez d’une main hâtive et tremblante les grammes de sucre sur un bout de papier déchiré de votre agenda ? Que nenni ! Vous transportez votre ordinateur voire votre tablette connectée à marmiton.org au beau milieu des coquilles d’œufs vides dégoulinantes et de la poudre de farine bleue qui finit par cacher totalement votre écran.

« Mais enfin, j’écris quand… euh… »

Faire le planning d’une journée karaté portugais-pique-nique en forêt ? Vous avez le choix entre ces milliers, millions de supports numériques, téléphone, smartphone, tablette, toblérone qui hantent vos affaires.

Écrire une lettre de motivation au stylo pour avoir enfin ce poste d’ingénieur en microchimie de la confiture ? Vous voulez passer pour un vieillard d’Outre-Modernité ou quoi ?

Annoter des photos ? Vous remplissez les champs « métadonnées » de votre photo sur votre écran. Annoter un livre ? Il y a des applications mobile et tablette pour ça. Oui, pour des livres numériques bien sûr, dont les ventes accusent en France des taux de croissance à deux voire trois chiffres, aussi titanesques que ceux de la production de harengs-saur (pas vérifié le pluriel de ce mot) en Hongrie au mois de mars (fin mars plus exactement).

« Mais pourquoi vend-on encore des crayons alors, dans les jolies librairies ? » rétorquerez-vous alors, la bouche pleine d’une écume bizarroïde.

Peut-être pour le grignoter nonchalamment, faire semblant d’avoir une baguette magique pour épater votre ado gloussant et blasé, ou encore récupérer un mini-ourson de velours bleu qui avait glissé sous votre armoire. Et je ne vous parle même pas de la plume d’oie, que j’interdis sous peine qu’un jour aussi, les plumes de sitelle plongent volontairement dans des mare d’encre ébène.

Zazie, parodie

Lisez absolument jusqu’au bout : « Qui supporterait les coups du sort et les humiliations d’une belle carrière, les fraudes des épiciers, les tarifs des bouchers, l’eau des laitiers, l’énervement des parents, la fureur des professeurs, les gueulements des adjudants, la turpitude des nantis, les gémissements des anéantis, l’odeur des choux-fleurs ou la passivité des chevaux de bois, si l’on ne savait que la mauvaise et proliférante conduite de quelques cellules infimes (geste) ou la trajectoire d’une balle tracée par un anonyme involontaire irresponsable ne viendrait inopinément faire évaporer tous ces soucis dans le bleu du ciel. »

Zavez bien lu. Long, délirant, délitant. Zazie dans le métro, de Raymond Queneau, publié en 1959, est une énorme et hilarante parodie. Sous couvert de Zazie, neuf ans, découvrant Paris, c’est une pseudo-épopée, ludique. Les niveaux de langages varient sans cesse du vulgaire au soutenu, provoquant des rires du lecteur, même dans le métro. Xemple, dans la bouche d’un restaurateur parisien à l’encontre de touristes :

« Tas de feignants, tandis que vous pratiquiez encore le cannibalisme en suçant la moelle des os de vos ennemis charcutés, nos ancêtres les Croisés préparaient déjà le biftèque pommes frites avant même que Parmentier ait découvert la pomme de terre, sans parler du boudin zaricos verts que vzavez jamais été foutus de fabriquer. »

Queneau invente le néo-français, avec un langage phonétique particulièrement savoureux. « Va hi » pour « Vas-y », « Pour moi zossi », « ce xé », « claqueson »… Ya kékechose. Oui, Queneau a inventé le langage SMS.

A lire sur le même thème de la parodie : Paludes

Guerre, amour et paix

Guerre et amour, filmé en 1975 par Woody Allen, est une parodie de Guerre et paix de Tolstoï, des romans russes et des romans du XIXe siècle en général. Un joyau d’humour et d’absurdité, à (re)découvrir d’urgence. 

« C’est comment la mort ? » demande Sonia (Diane Keaton) à son mari Boris Grouchenko (Woody Allen) accompagné de la silhouette à la faulx. « Tu te souviens de tes oeufs farcis à l’orange ? – Oui. – C’est pire ! » Ce ton d’une absurdité savoureuse est celui de tout le film. Il raconte la vie d’un jeune Russe au moment des guerres napoléoniennes.

D’Austerlitz à la retraite de Russie, Boris Grouchenko est toujours en porte-à-faux par rapport à son époque. Il refuse d’aller combattre. « Que feras-tu quand les soldats français violeront ta soeur ? rétorque son père. « Je n’ai pas de soeur !’  oppose-t-il, logique. Plus tard, quand Boris est convoqué à un duel et arrive en retard, il déclare tranquillement : « Mon réveil n’a pas sonné. » Lorsque sa femme veut tuer Napoléon (original !) et qu’il veut l’en dissuader, elle dit : « Alors tu suggères la résistance passive ? » Il réplique aussi sec : « Je suggère au contraire la fuite active ! » D’anachronisme en ironie désopilante, les répliques surprennent sans cesse. De quoi rappeler par exemple la précoce parodie d’Hamlet par Jules Laforgue (mort en 1887 !), évoquée sur ce blog.

Les grandes interrogations philosophiques et spirituelles de Guerre et paix et des romans du XIXe siècle sont contrefaites avec humour : au milieu d’une discussion, le visage des protagonistes se tourne vers l’écran et ils se mettent à disserter par concepts. Ou à dire qu’ils se sentent écrasés par le poids de l’humanité, et d’ailleurs ils ont un aphte sur la lèvre, c’est insupportable.

Lieu de contrastes, ce film sur fond de musique vaguement slave et de chapkas vaut vraiment le détour. Du grand Woody Allen.

 

Dictionnaire amoureux de l’hypokhâgne

Si vous avez aimé les Billets de la khâgneuse (voir colonne de gauche de ce blog), vous apprécierez sans doute le Dictionnaire amoureux de l’hypokhâgne (ci-dessous) que j’avais écrit à la fin de ma première année de prépa, il y a deux ans. A relire ces notes, c’est un monde désormais révolu qui s’offre à ma lecture. Je rentre en effet en septembre au Celsa, école de journalisme de la Sorbonne. Autre ambiance, qui ne me fera pas oublier ma dette envers la prépa ! Heureusement, d’autres perpétuent la tradition. Bonne découverte de ce monde particulier !

 

Ci-dessus, en langage hypokhâgneux = l’eldorado.

Reprenant le nom de l’excellente collection des « Dictionnaires amoureux » de chez Plon, en voici un beaucoup plus bref. Il reprend quelques pétales tombés de la pâle fleur de notre vie en hypokhâgne. Tout amoureux étant subjectif, ces pages le seront d’autant plus, que j’ai principalement interrogé le spécimen d’hypokhâgneux que je connais le plus, à savoir mon humble personne. Il ne s’agit donc pas, comme vous le pensiez sans aucun doute, d’une manifestation d’un narcissisme égocentrique et nombriliste démesuré. Sur le mode humoristique, ironique voire – ô horreur ! – cynique, vous découvrirez le mystérieux pays qui prépare les élites* françaises !

PS : Pour les noms suivis d’une étoile, se reporter à l’article homonyme. Quant au sigle [PJ], il fait référence à la très en vogue expression « private joke », (blague privée, connue de quelques-uns seulement), également connue sous le nom de « trip ». Ces micro-anecdotes humoristiques ont l’avantage de symboliser de manière particulièrement heureuse nos petits plaisirs hypokhâgneux. Triste paradoxe de l’affaire : ce ne seront plus des private jokes… Par ailleurs, étant à l’internat de ma prépa, j’inclus cet honorable privilège dans l’évocation de la prépa.

Écrit en mai 2009.

Amis

Heureux hasard que ce mot inaugure une liste de calamités. Les amis ? Précieux. Irremplaçables. Ceux qui partagent la même galère que nous bien sûr, avec qui on révise le vocabulaire latin au petit-déjeuner et on va contempler les ifs du parc du château entre deux épreuves de concours blanc, mais aussi devant qui on craque les soirs de cafard, et qui trouvent les bons mots pour nous réconforter. Il y a aussi ceux de l’extérieur, les amis pour qui on est pas toujours là, et qui nous aiment quand même. Ceux avec qui on prend un peu de recul, quand on se rend compte qu’en médecine ou en prépa scientifique, ils en bavent encore plus. Ceux qui sont en fac et surtout ceux qui n’ont pas cours depuis deux mois pour cause de grève… Et devant lesquels on saisit également notre chance de travailler. Sans vouloir plagier Bernanos : un ami, rien qu’un ami, c’est aussi précieux qu’une vie. Plus encore ; car la prépa, ce n’est pas une vie…

Antanaclase

Avec l’anacoluthe, la parataxe, l’hypotypose et l’homéotéleute, elle figure dans l’olympe des sublimes figures de style qui émaillent joyeusement nos cours de littérature ou de langues. Le plus triste, c’est qu’à la fin de l’année nous les mélangeons encore. Au moins, retenons celle-ci : l’antanaclase repose sur la répétition d’un mot en jouant sur sa polysémie : « Les étudiants c’est comme le linge, quand il fait beau ça sèche. » Cette antanaclase était elliptique.

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Revue de presse du lundi 17 au dimanche 23 janvier 2011

Voici la revue de presse de la semaine dernière. Je suis en retard à cause de mes obligations universitaires. Pour me faire pardonner, je commence par quelques bonnes nouvelles !

Bonnes nouvelles

Les industriels français ont le moral

« Selon l’Insee, le moral des industriels français a poursuivi sa remontée en janvier, avec un bond de six points. La ministre de l’Économie Christine Lagarde a déclaré vendredi que le bond du moral des industriels annoncé par l’Insee, qu’elle juge « très significatif », « confortait » la prévision de croissance de la France à 2 % en 2011. » (Le Point, 21/01)

Starbucks lance les boissons d’un litre

« La chaîne américaine annonce lancer dans 14 États américains, dont la Floride et la Californie, une quatrième taille de gobelets à destination de ses clients les plus gourmands. Baptisée « Trenta », cette tasse pourra contenir exactement 916 millilitres de boisson, soit pratiquement un litre. » (Le Point, 18/01)

Les blagues de la « révolution du jasmin »: florilège

CORRUPTION

(Ben) « Ali Baba est parti mais pas les 40 voleurs! »

IVRESSE

« Après l’ivresse du changement, Tunis se réveille avec une gueule de bois nationale ! La démocratie c’est comme l’alcool, ça se consomme avec modération… Mais en tant que peuple alcoolique, on a vite fait d’ingurgiter toute la bouteille cul sec. Résultat : le pays sombre dans un coma démocratique ».

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Simples passés

Parce que le passé simple, c’est beau !

  • Deux vieux acteurs hollywoodiens discutent : – Te rappelles-tu notre premier film … ce western dans lequel nous jouions les indiens ? – Oh oui ! Et je sais que nous nous y plûmes.
  • Vous saviez que ce manteau était tout pelé … Alors pourquoi le mîtes-vous pour la réception d’hier soir ?
  • Comme tout bon musulman qui se respecte doit s’y rendre au moins une fois, c’est cet été, qu’au pèlerinage de la Mecque, il alla. 
  • Charlotte Corday cacha le poignard en son sein, sortit de chez sa logeuse et, soudain, à l’idée du crime qu’elle allait perpétrer, elle se marra. 
  • Heureusement que vous avez retrouvé des capitaux ! Car mettre la clé sous la porte et déposer le bilan, vous faillîtes ! 
  • C’est à cause du trou que cet enfant fit en bas de leur porte, que ses parents le châtièrent. 

Merci à Aude.

Les Emotifs anonymes

Le film Les Emotifs anonymes (actuellement au cinéma) de Jean-Pierre Améris, c’est deux hyper-émotifs (Jean-René et Angélique) chocolatiers, qui apprennent à se connaître ; une comédie prévisible mais émaillée d’un humour à toute épreuve, des comiques de situation réussis, deux acteurs excellents (Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde), une bande-son charmante (comme ici), une atmosphère en rouge et vert un peu rétro à la Amélie Poulain qui fonctionne parfaitement, de la finesse, de l’émotion et de la fraîcheur. Hormis les reprises des chansons de La Mélodie du bonheur un peu manquées pour qui connaît l’original, et des rôles secondaires surfaits, tout invite à courir voir ce joli film français, qui donne envie d’acheter du chocolat et d’exprimer ses émotions !

 

Pastiche de Montesquieu – « Lettres imeldiennes »

D’Imelda à Blogo

            Je vis hier une chose assez singulière, quoiqu’elle se passe tous les jours à Paris.

        Dans les rues, les hommes et les femmes parlent dans une petite machine noire qu’ils portent à leur oreille. On dirait parfois qu’ils discourent seuls ; ils appellent cela « dans une oreillette ». Ici, un homme fait mille reproches à une personne invisible. Là, une femme parle très fort du prochain souper composé de poisson et de fenouil, choses de première importance. Dans le métropolitain, on est brusquement réveillé par une sonnerie stridente. Qui pourrait le croire ? Sur le quai d’une gare, on voit deux individus crier l’un à l’autre « Je suis là » dans leur « téléphone portable » (c’est ainsi que l’on nomme la singulière machine), alors qu’ils s’aperçoivent déjà.

        Quand ils se trouvent à court d’occupation, les hommes de Paris sortent le petit objet de leur poche et appuient sur les touches. Certains disent qu’il a fait baisser la prise de tabac : on a changé de moyen de se donner une contenance. Me croirais-tu si je te disais que j’aperçois parfois un attroupement, dans lequel nul ne parle à son voisin, mais communique avec d’autres personnes invisibles ? Je ne suis peut-être pas loin de la vérité si je dis qu’en une journée entière, ils parlent plus avec leur téléphone qu’avec leurs voisins. J’ai même lu dans une gazette que les hommes souffrent plus de se séparer de leur téléphone que de leurs parents et relations. Ils consacrent pour lui des sommes vertigineuses. D’autant qu’apparaît chaque jour un modèle nouveau, plus parfait que celui de la veille. Avec cette machine, on peut prendre des images, écouter des motets, capturer des conversations. J’attends avec impatience le jour où il fournira le déjeuner. Quant aux petits enfants, on fabrique tout exprès pour eux de ces machines, avec deux boutons seulement. J’ignore toute l’opprobre qui peut déferler sur l’individu qui ne possède pas l’un de ces petits objets. S’il est roué de coups, le châtiment sera encore trop magnanime.

De Paris, le 13 de la lune de Décembre.