Un bébé est-il plus instructif qu’un cours de philo ?

(c) Pascal Campion

(c) Pascal Campion

« Arheu » : tel est le maître-mot dans la vie avec un bébé. On peut déplorer l’appauvrissement de la vie intellectuelle du parent. Il a moins de temps qu’avant pour lire une analyse politique ou un roman de Balzac, et c’est dommage ! Pour autant, si le bébé ne dispense pas un savoir, il apprend à son père et sa mère de nombreux enseignements sur la vie.

Il montre que le temps peut être riche de très petits et très importants événements (voir le billet précédent). Qu’il faut vivre dans le présent, sans regretter ni s’inquiéter. Il apprend que le temps partagé – en l’occurrence câlin ou jeu – n’est jamais du temps perdu. Il apprend la confiance et l’abandon, la gratuité. Il développe la patience. Petit lutin, il apprend combien la vie est fragile et précieuse (on en parlait ici). Il fait prendre conscience du caractère abstrait et donc parfois vain de la pensée intellectuelle. Car il fait apparaître la différence entre le savoir et la sagesse de l’adulte. Entre quelqu’un qui brille par ses connaissances ou qui rayonne par son discernement.

Le bébé relie au réel, au contingent, à l’imperfection, à l’effort, à l’amour. Il confronte les parents à leurs limites. Il élargit le cœur, filtre l’intelligence, adoucit la volonté. Du haut de ses quelques mois, il dispense bien plus qu’un cours de philo ou qu’une réflexion sur l’existence : un feu d’artifice de vie humaine.

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L’instinct maternel : mythe ou réalité ?

Voilà bien une notion qui fait débat. Est-ce qu’une mère qui prend soin de son enfant obéit à une tendance irrépressible, à un programme infaillible ? Ou n’est-ce qu’une construction sociale et psychologique ?

Histoire d’odeurs, d’hormones, d’attachement : les données scientifiques semblent prouver que cet « instinct » existe bien, comme chez les animaux. Exception faite quand la mère a un équilibre psychologique instable, sinon direction l’Hôpital Mère-enfant de l’est parisien qui permet de (re)construire le lien maman-bébé.

Pour autant, devenir mère ne donne pas le mode d’emploi pour le bout de chou : quelle maman a su sans réfléchir donner le bain à son bébé ou le moucher ? Heureusement que les bons gestes sont enseignés à la maternité ou dans les livres de puériculture. Les premières semaines, l’angoisse de la mère est le plus souvent présent : a-t-il trop chaud ou trop froid ? Pourquoi pleure-t-il ?

(c) Pascal Campion

(c) Pascal Campion

Un véritable apprivoisement est en cours, et au bout d’un certain temps, la maman (ou le père aussi, tout dépend du temps de fréquentation de l’enfant semble-t-il) n’a plus besoin d’éliminer les causes potentielles de pleurs, elle a repéré les différents cris et les indices – exemple : tête qui se tourne = besoin de sommeil -, à certaines exceptions près où toutes les hypothèses semblent soient exclues, soit insolvables. Notons que ce que je dis ici est un témoignage personnel, je n’ai pas interrogé toutes les mamans de Bosnie, Argentine et Sri Lanka.

En termes d’instinct maternel, il existe néanmoins une drôle de sensation d’empathie ou de compassion, qui fait que la maman souffre avec son enfant. J’ai été surprise de le découvrir : quand le bébé pleure, elle se sent mal (bon, sauf si c’est la 10e fois en une heure et qu’elle a plutôt envie de fermer la porte de la chambre de bébé, voire de mettre le garnement dans la machine à laver). Quand le bébé fait une apnée pendant son sommeil, elle suspend elle aussi sa respiration ; ou quand il tousse, elle l’aide mentalement à tousser. Étrange impression !

Autres découvertes : la mère ne râle pas quand il faut se lever la nuit – si elle a intégré cette éventualité auparavant -, car il n’y a pas de question à se poser pour elle, il faut y aller ! Lorsqu’il faut parler à ce petit être, elle ne réfléchit pas davantage : « mon chat », « mon lapin » surgissent comme si elle n’avait que dit cela de toute sa vie.

Pour autant, elle est tout à fait capable de ne pas penser à son bébé pendant plusieurs heures si par exemple elle est sortie à l’extérieur pour une tâche prenante.

Le degré de fusion avec le bébé varie d’une maman à l’autre. Ce qu’on appelle aujourd’hui le maternage proximal (allaitement prolongé, cododo, portage en écharpe, voire bain commun) peut l’influencer. Je ne suis pas spécialement fusionnelle mais je comprends que des mamans aient envie de passer des moments de communion avec leurs bébés, bénéfique pour les deux – à condition de savoir par la suite lâcher la bride.

L’écueil à éviter dans ce cas est peut-être de ne vivre que par et pour son enfant, ce qui peut s’avérer malsain – j’en avais parlé dans cet article. Il faut y prendre garde quand on s’aperçoit qu’on ne fait les soldes que pour habiller son bout de chou, et non plus soi-même – mais c’est vrai que le petiot change tout le temps de taille et donc de vêtements, héhé.

L’instinct maternel semble donc exister. Il ordonne de s’occuper de l’enfant mais ne dit pas forcément comment. L’empirisme est alors le plus souvent de mise ! Être mère donne des capacités insoupçonnées, mais pas illimitées.

Bébé : ange ou démon ?

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Le temps de l’innocence : c’est ce qu’on entend souvent à propos de la toute petite enfance. Douceur, naïveté, beauté et tendresse semblent entourer ces jeunes créatures et autres têtes blondes. Est-ce la réalité ?

Et bien, oui ! Tout au moins dans les tout premiers mois. N’ayant pas une totale conscience de son individualité, le bébé s’abandonne dans les bras de ses parents sans se poser de questions. Il confond encore en partie son corps et celui de sa mère, en prolongement de l’état intra-utérin. Fait pour la communion, le petit d’homme souffre de la séparation qu’on ne lui a pas expliquée, mais ne se méfie pas encore des autres personnes, non reconnues comme telles.

Un nourrisson sourit, mais ne montre jamais de haine. Il exprime sa satisfaction et aime la main qui le nourrit, répond au sourire d’autrui. Entier dans ses réactions, il ne montre aucune duplicité. Ses traits roses et arrondis et ses yeux grand ouverts aux cils recourbés ne semblent pas encore touchés par les imperfections de l’âme humaine.

Le petit bébé est un ange humain, encore trop près de la bienheureuse union prénatale pour apprendre les les faiblesses de l’homme et les limites de l’altérité.

Celles-ci le mèneront cependant à risquer d’aimer et à en connaître le bonheur.

PS : Pour le démon, revenez dans deux ans, héhé…

Le regard extérieur met à jour le bonheur

(c) Pascal Campion

(c) Pascal Campion

La venue d’un enfant apporte le meilleur (petite présence vivante et fondante) et parfois le pire (fatigue et inquiétudes répétées). Dans le flot de cette vie qui s’agite, réclame à manger, s’endort, gémit, sourit, s’étire, prend son bain, grogne, se promène dans le landau et contemple son entourage, le parent est emporté. Vivant au rythme du bambino, il n’a guère le temps de prendre une vraie pause.

Tout le monde le complimente sur son enfant : « Qu’il est mignon ! » s’exclament les invités ; « Il a l’air en pleine forme » se réjouit le médecin. Certes, mais ce ne sont pas eux qui se lèvent à 5 heures du matin pour donner le biberon, se demandent s’il ne va pas s’étouffer avec son nez encombré, le portent ou le surveillent du matin au soir, jonglent avec le bébé, le landau et les sacs de courses au moment de regagner leur appartement.

Eux, les gens de l’extérieur, contemplent la petite famille avec plaisir, le tableau charmant du bout d’chou au visage arrondi et aux petits gestes saccadés craquants. Ils regardent avec envie le pyjama de velours et le petit éléphant en peluche, le sommeil confiant du bébé dans les bras des parents. La vie avec un enfant leur semble merveilleuse, soit qu’ils ne la connaissent pas encore, soit qu’ils en aient oublié les aspérités, soit qu’ils la pensent meilleure et plus verte que dans leur pré.

C’est alors que le parent, trop fatigué pour s’émerveiller continuellement de l’enfant pleurant dans ses bras, prend conscience de ce bonheur qu’il vit tout en tendant à l’ignorer. Il voit dans le regard des autres le bonheur de ces jours si particuliers. Il y contemple le reflet d’une joie qu’il ressent au fond de lui, malgré les contraintes quotidiennes. Il se rend compte de la beauté de son existence où une petite vie croît, chair de sa chair passant du sourire aux larmes, innocence humaine paisible et délicatement incarnée, amour rempli de promesses.

Un long jour d’été devant la cathédrale de Chartres

Claude Monet avait peint une série de trente tableaux de la cathédrale de Rouen, sous le soleil ou le brouillard. Le 3 juillet, j’ai pris toutes les heures une photo de la façade ouest de la cathédrale de Chartres (voir diaporama plus bas). Tâche rendue plus facile par la situation de l’appartement, dans une petite rue à 100 mètres à vol d’oiseau des tours de l’édifice. De 5 heures à 23 heures, le soleil et l’ombre jouent un ballet sur la pierre de ce joyau gothique.

21 heures
5 heures, 6 heures. Mon mari prend les photos, je dors.

7 heures. Lumière orangée du petit matin, qui rappelle peut-être celle de Provence et réchauffe le crépi des façades. Fraîcheur.

8 heures. Parmi le silence, les éboueurs passent.

9 heures. Longs sifflements d’hirondelles, roucoulement lointain des pigeons. Le ciel est bien bleu désormais. Quelques passants.

10 heures. La chaleur commence à arriver doucement, il fait 22°C. Une odeur de pain très cuit affleure, sans doute de la boulangerie ou de la pizzeria proches. Corbeaux et hirondelles traversent les tours de la cathédrale.

11 heures. Un papillon blanc, un avion au loin. Le soleil inonde la ville, préservant des parts d’ombre au creux des rues. Bruit de travaux au loin (ou un aspirateur ?). Murmure des gens à manches courtes, claquement des talons.

Midi. Il fait très chaud. Indéniablement, c’est l’été. Un vrombissement de tonte de pelouse. Douze coups de midi.

A visionner en plein écran :

13 heures. La façade occidentale passe du côté de la lumière. On entend les couverts du restaurant proche, des cris d’enfants, le bleu du ciel fonce et quelques petits nuages s’effilochent.

14 heures. Le portail royal est maintenant ébloui par un soleil au zénith. Il fait 27°C. Une envie de sieste, quelques touristes à casquette, les fenêtres entrouvertes et encore quelques assiettes qui s’entrechoquent.

15 heures. La pierre de la cathédrale chauffe à plein. Milieu d’après-midi calme.

16 heures. Le soleil continue sa course vers l’ouest, diffusant un maximum de chaleur. Les passants marchent doucement. Un voisin regarde probablement un match de coupe du monde de foot.

17 heures. Une brise soulève les cheveux et les rideaux.

18 heures. Le ciel pâlit un peu à l’ouest, les ombres commencent à s’allonger, la lumière à jaunir. Les bâtiments retiennent la chaleur accumulée. Poussières et toiles d’araignée errent dans l’air.

19 heures. Le soleil baisse, la lumière prend des teintes orangées, réchauffant le teint crayeux de la cathédrale.

20 heures. Le ciel pâlit encore un peu, comme couvert de brume. La rosace brûle sous les feux directs du soleil. Les hirondelles se font plus bruyantes, cent petits bruits résonnent.

21 heures. L’air est toujours empesé de chaleur. De bonnes odeurs de nourriture flattent les narines. Le poids du jour glisse le long des discussions attablées.

22 heures. Le soleil est parti se coucher, emportant la couleur du ciel. Mais il fait jour encore, et chaud. Les rues sont plus animées que jamais, des jeunes dans un appartement en face écoutent « Les démons de minuit ». La cathédrale semble, pour un moment, retomber dans l’ombre.

23 heures. La nuit est tombée, quelques lampadaires allumés. Des voix jeunes parlent fort. Les ombres et les silhouettes lumineuses glissent sur la cathédrale, c’est l’événement quotidien Chartres en lumières, qui va se jouer jusqu’à une heure du matin, relayé par de simples spots, avant qu’un jour nouveau se lève sur la dame millénaire.

La maison de Florent-en-Argonne

Le souvenir de Florent-en-Argonne se confond avec celui du silence et de l’enfance. L’enveloppe de calme, de pépiements de poules et de parfums du jardin couvraient ce lieu d’un certain mystère. Le poids de l’âge de cette maison humble et vaste de la fin du XVIIIe siècle n’altérait ni la joie de s’y rendre en vacances, ni des peurs attachées à ses recoins.

La poussière accumulée, la rusticité de cette habitation sans douche et de ce village très rural venaient y déposer un bouquet de sensations que nous ne recontrions pas dans nos villes polluées et comme aseptisées. Ces odeurs uniques, dans une région forestière de l’Est de la France, entre Marne et Meuse, nous plongeaient dans un univers sauvage.

Le goût du beurre fondu sur le pain grillé n’était jamais aussi bon que les matins ensoleillés dans la grande cuisine peinte en jaune. Les aiguilles de pin des branches distribuées avec une fleur en papier crépon à l’occasion de la fête du village, en juillet, alimentaient la légende de ce coin de pays que les traditions continuaient à faire respirer. Quant aux craquements de nos pas sur le plancher incertain du grenier, ils n’avaient d’égal que le bruit que faisaient, en s’ouvrant, les vieilles valises de livres.

C’était sans compter les vieilles assiettes à dessert en porcelaine, dont les motifs anciens représentaient des chansons – « Malbrough s’en va en guerre » -, et que nous cachions sous une vieille paillasse pour qu’elle échappe aux assez fréquents cambriolages de cette vieille maison insécurisée, laissée à sa propre existence déclinante et néanmoins magique.

 A lire aussi : Aux portes du temps

Mon classement de 18 émissions télévisées en 2013

Depuis trois mois, j’ai testé pour vous une partie des émissions du PAF, essentiellement des magazines – hebdomadaires ou quotidiens*. Chaque émission a été regardée une ou plusieurs fois, et évaluée selon sa capacité à rendre son sujet intéressant et ses qualités esthétiques et rythmiques. Non exhaustif, ce classement est bien sûr subjectif ; il correspond à une fille de 23 ans, jeune journaliste et fan de culture. De quoi néanmoins vous donner quelques idées de replay pour les soirées d’hiver !

*Comment ça « Un bon alibi pour regarder la télé » ?

1) Cash investigation (France 2/Premières lignes) 17/20. Bonne enquête, passionnante. Bien montée et scénarisée.

2) Ce soir (ou jamais !) (France 2) 16/20. Les questions posées sont intéressantes, avec des débatteurs variés et engagés.

3) Thalassa (France 3) 16/20. L’émission, qui a commencé en 1975, propose une évasion avec des angles assez originaux et de belles images.

4) Echappées belles (France 5/Bo Travail !) 15/20. Très belles échappées avec de beaux plans et un regard pas trop cliché. La mise en scène du journaliste rend le voyage plus vivant.

5) Des racines et des ailes (France 3) 15/20. De magnifiques images (avec drones), presque idéalisées.

6) Le dessous des cartes (Arte) 15/20. Emission intéressante, pédagogique avec des chiffres, avec certains partis pris politiques.

7) Médias le Mag (France 5) 15/20 Bons décryptages sur les médias et la communication. Débats assez éclairants.

8) Bibliothèque Médicis (Public Sénat) 14/20  Emission bien menée qui va en profondeur sur la littérature. Il manque peut-être un reportage pour couper la longueur.

9) 28 minutes (Arte) 14/20  Assez bonne émission avec un bon niveau de réflexion. Invités parfois trop banals (ex. Michel Onfray et Frédéric Lenoir pour parler des religions).

10) Les Maternelles (France 5) 14/20  Ambiance gaie et bonnes infos, même si manquant parfois de neutralité, comme sur la GPA.

11) La Quotidienne (France 5) 14/20  Récente émission dynamique et chaleureuse, avec de bons plans et une ligne solidaire. Les chroniqueurs parlent un peu tous en même temps.

12) On n’est pas couché (France 2/Tout sur l’écran) 14/20 Emission un peu longue avec bons interviews politiques, mais trop de divertissement (le Flop 10) et certains invités trop récurrents.

13) Toute une histoire (France 2/Réservoir Prod) 13/20  Témoignages sur la vie de vrais gens. Un peu trop d' »émotionnalisation ».

14) C à vous (France 5/3e Œil Productions) 12/20  Trop de zapping entre les étapes de l’émission, et promotion d’œuvres culturelles pas toujours convaincantes. Présentatrice charmante.

16) 100 % Mag (M6/C productions) 12/20 On apprend quelques trucs sur des infos bien-être et quotidien, mais sans plus.

17) 50 minutes Inside (TF1) 12/20La vie des people de manière vivante, mais peu approfondie.

18) Le magazine de la santé (France 5/17 juin média) 12/20 Peu de vraies infos, présentateurs manquant de charisme et font trop d’erreurs de direct. Sujets trop tournés vers les seniors.

19) Les Carnets de Julie (France 3/3e Œil Productions) 11/20 Intéressant pour les passionnés de cuisine et de patrimoine, mais peu de valeur ajoutée et l’animatrice ne sait dire que « C’est délicieux ! » ou « C’est trop bon ! ».

Dictionnaire amoureux du journalisme

Ça y est, mon mémoire de fin d’études est soutenu, mon diplôme de journaliste va arriver. Alors que mon chouette contrat en apprentissage comme journaliste web pour un magazine professionnel se termine, je vais recevoir sous peu ma carte de presse*.

Après avoir rédigé il y a quelques années un bref Dictionnaire amoureux de l’hypokhâgne, il est temps de livrer les coulisses et les mythes des écoles de journalisme et des rédactions des médias. Amoureux mais pas aveuglément, ce texte est néanmoins subjectif.

Attaché de presse

Personne dévouée au service du journaliste, le relançant par mail et téléphone et le suppliant de parler de ses infos. Souvent de charmantes jeunes femmes.

Bar et bières

Rendez-vous après les cours de journalisme. On dit que les alcooliques sont surreprésentés parmi les journalistes. Pour avoir un eu un prof et un collègue alcoolique, je pense que ce n’est pas impossible.

Bouclage

La deadline qui tue. Pour les quotidiens, c’est le soir. Pour les hebdomadaires, en milieu de semaine. Dans le magazine où j’ai travaillé, on se disait en bouclage du lundi au mercredi (un bon moyen d’éluder les appels téléphoniques intempestifs).

Cadeaux

La charte d’éthique et de déontologie du groupe Le Monde stipule par exemple que « les journalistes s’engagent à refuser tout cadeau d’une valeur supérieure à 70 euros, ou de nature à mettre en cause leur indépendance. » Dans une rédaction régionale, on m’avait dit 30 euros maxi. Bref, à part une crème teintée pour le visage donnée par deux jeunes esthéticiennes interviewées, je n’ai malheureusement rien reçu, snif. Ah si, un billet Strasbourg-Palma de Majorque, pour tester une nouvelle compagnie aérienne locale. Et sans compter les croissants des conférences de presse.

Carte de presse

Le graal ! Il faut avoir travaillé au moins trois mois dans un média et que cette activité représente la majorité des revenus. Quand on l’a, tout fier, on en poste la photo sur son compte Facebook.

Concision

Qualité apprise en pratiquant le journalisme. Cependant, on apprend aussi à appauvrir le vocabulaire pour que tout le monde comprenne, et vite.

Coulisses

Un des grands plaisirs de ce métier est de découvrir les coulisses de métiers (boulanger, artificier, écrivain) ou de lieux (la cuisine municipale, la Chambre de commerce), ou même d’ailleurs aller gratuitement dans des lieux où l’on n’était pas encore allé, du style Comédie française.

Desk

S’oppose à « reportage » et « terrain ». On reste au bureau et on travaille par téléphone, mails et dépêches d’agence. Pas marrant. Mais plus rapide.

Écrire

Autre bonheur de ce métier : vivre de sa plume. Certes, tout journaliste n’écrit pas : il peut filmer (on dit qu’il est JRI, journaliste reporter d’image – ce qui est une écriture iconographique) ou assister un présentateur télé ou radio. Mais même en radio, on écrit le journal d’informations ou la chronique qu’on va prononcer au micro.

Heures

Mieux vaut ne pas les compter. Comme dans d’autres métiers, le journaliste peut être amené à couvrir des événements le soir, le week-end, et à travailler jusqu’à ce qu’il ait terminé son article. Quand on présente une matinale, on peut se lever à deux ou quatre heures du matin.

Ile-de-France

Cinq des treize écoles de journalismes reconnues par la profession se trouvent à Paris. Quatre rédactions de médias sur cinq se trouvent en Ile-de-France. Info parisianiste, vous trouvez ?

Gauche

Il paraît que les journalistes sont majoritairement politisés à gauche, notamment d’après les votes simulés en école de journalisme (voir CFJ et Celsa en 2012). Le débat a fait rage. Apparemment, il y a plus de jeunes de gauche que de droite qui souhaitent devenir journaliste. Volonté de faire contrepouvoir, de montrer ce que le pouvoir nous cache, de s’engager contre les inégalités et de donner la voix aux exploités, souvent considérées comme des valeurs de gauche, sont ainsi recherchées par les jeunes socialistes qui veulent donc devenir journalistes.

Jingle

Petit son rigolo (tou-di-diiii-tou-di-toudi-toudi) au milieu d’une émission radio.

Les meilleurs

C’est la classe d’y aller, et leur bonne réputation fait l’objet d’un certain consensus : Le Monde, AFP, La Croix, Radio France. Mais le must, c’est le grand reportage. Près de Tchernobyl de préférence.

Les pires

Les médias qui ont mauvaise presse chez les journalistes, car « ce n’est pas du journalisme » sont la presse féminine, M6 et autres chaînes de divertissement, les nouveaux sites qui embauchent des stagiaires bénévoles – et aussi les présentateurs télé qui sont plus comédiens que enquêteurs.

Mook

Avec le webdocumentaire*, l’une des innovations du moment. Il s’agit d’un objet hybride entre le magazine et le livre (m-(b)ook), qui propose essentiellement de longs reportages (ça, c’est bien !) et se vend aussi bien en kiosque qu’en librairie, où il cartonne. XXI, 6 mois, France Culture papiers, Muze

Objectivité

On reproche aux journalistes d’en manquer. Mais existe-t-elle ? Être honnête, donner la voix aux parties adverses, oui. Mais être neutre est utopique, le choix conscient ou inconscient des mots étant déjà un parti pris. Par ailleurs, comme dans tous les secteurs, certains font bien leur métier et d’autres non.

« On air »

Les lettres rouges qui s’allument en studio radio sont magique : le pouvoir de la parole est à vous, parlez au micro ! Adrénaline, bonjour.

Pigiste

Souvent précaire mais libre de son organisation personnelle, il est rémunéré à l’article et non au mois. Il propose souvent ses papiers à plusieurs rédactions et représente 19 % de la profession en 2012. Parfois, il est correspondant à l’étranger et couvre une région ou encore plusieurs pays. Beaucoup le sont par défaut.

Pôle emploi

Certains disent que c’est là où arrive tout journaliste sortant de son école. Il est vrai que les débouchés sont faibles et les CDI très rares. Pour autant, on trouve peu d’offres via Pôle emploi et mieux vaut mobiliser ses contacts, anciens camarades d’école ou anciens collègues, ainsi que guetter les annonces sur les réseaux sociaux.

PQR

Presse Quotidienne Régionale. Ouest-France, La Provence, L’Est Républicain et autres Voix du nord sont souvent le lieu de la première expérience (en stage) de l’apprenti journaliste. On couvre le spectacle des maternelles et le match de foot local, mais pas uniquement. On écrit sur et pour les mêmes personnes, bref, sur la vraie vie. Secteur en déclin, du moins pour la version papier.

Réseaux sociaux

Les nouveaux modes d’expression et de communication pour les médias. Twitter est préféré à Facebook pour diffuser de l’information brûlante et la plateforme est devenu un espace d’échanges brefs mais intenses. Ou pas.

SR

Les Secrétaires de Rédaction corrigent les articles (on dit « papiers ») et modifient souvent titres et légendes. Métier pas toujours gratifiant, mais utile !

Stage

Première expérience où beaucoup d’employeurs s’arrangent pour qu’elles durent moins de deux mois, durée minimale pour octroyer au stagiaire une « compensation financière » de près de 30 % du Smic. Dans les petites rédactions, on leur confie très vite des responsabilités. Mais c’est cool, franchement.

Téléphone

Après avoir passé dix coups de fil dans la journée, on n’en a plus peur du tout.

Veille

Via les réseaux sociaux et plateformes d’agrégations de contenus, on veille souris à la main, on trouve des sujets d’articles et on se tient au courant de tout, ou presque. Magique, mais ne remplace pas le terrain.

Web

Il n’est pas vraiment le méchant qui va tuer la presse papier en déclin, mais en même temps, pas facile de lui trouver un modèle économique, alors qu’il faut sans cesse innover en la matière (exemple : un site web d’info datant de 7 ans est préhistorique).

Webdocumentaire

Le truc à la mode, ultrasubventionné, délinéarisé et participatif, à mi-chemin entre le film documentaire et le jeu vidéo. N’a pas le succès escompté.

Le pèlerinage selon Rufin

En 2011, le médecin, diplomate et académicien Jean-Christophe Rufin, auteur de nombreux romans (lire notre critique du Grand Cœur), se met en marche pour Saint-Jacques de Compostelle. Et pourquoi donc ?

Dans Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi (Guérin), déjà vendu à 200 000 exemplaires, Rufin donne quelques pistes : « un défi sportif, un moyen de perdre quelques kilos, une manière de préparer la saison de montagne, une purge intellectuelle avant d’entreprendre un nouveau livre, le retour à une nécessaire humilité après une période marquée par les fonctions officielles et les honneurs… Rien de tout cela en particulier mais tout à la fois. » Bref, rien de spirituel. Au départ.

Au fur et à mesure des jours dans ces paysages contrastés du Camino del Norte, qui longe quasiment la côte nord-espagnole, Jean-Christophe Rufin se sent peu à peu délesté de ses souffrances pédestres, de ses émotions, de ses craintes. Il marche. Il observe les laideurs urbaines de la côte cantabrique et les beautés sauvages des Asturies.9782352210610

Et déclare alors : « Compostelle est un pèlerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il ôte toute vanité et toute souffrance du corps (…) Comme toute initiation, elle pénètre dans l’esprit par le corps et il est difficile de la faire partager à ceux qui n’ont pas fait cette expérience. » Avec son remarquable talent de conteur, Jean-Christophe Rufin livre donc une vision très personnelle du pèlerinage, qui rejoint et se distingue de celle, par exemple, du Compostelle de Luc Adrian (Presses de la Renaissance).

Moments d’autodérision (« En Cantabrie, le marcheur prend conscience pour la première fois qu’il est lui-même un déchet ») se mêlent aux descriptions savoureuses (« J’ai déjà rencontré d’innocentes petites femmes (…) qui, à peine endormies, transforment leurs fosses nasales en olifant ») et aux anecdotes pittoresques (Ralf, cet énigmatique pèlerin qui arrive à le devancer alors qu’il l’a laissé derrière lui peu avant). Une lecture très agréable.

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée, éditions Guérin 2013