Mon classement de 18 émissions télévisées en 2013

Depuis trois mois, j’ai testé pour vous une partie des émissions du PAF, essentiellement des magazines – hebdomadaires ou quotidiens*. Chaque émission a été regardée une ou plusieurs fois, et évaluée selon sa capacité à rendre son sujet intéressant et ses qualités esthétiques et rythmiques. Non exhaustif, ce classement est bien sûr subjectif ; il correspond à une fille de 23 ans, jeune journaliste et fan de culture. De quoi néanmoins vous donner quelques idées de replay pour les soirées d’hiver !

*Comment ça « Un bon alibi pour regarder la télé » ?

1) Cash investigation (France 2/Premières lignes) 17/20. Bonne enquête, passionnante. Bien montée et scénarisée.

2) Ce soir (ou jamais !) (France 2) 16/20. Les questions posées sont intéressantes, avec des débatteurs variés et engagés.

3) Thalassa (France 3) 16/20. L’émission, qui a commencé en 1975, propose une évasion avec des angles assez originaux et de belles images.

4) Echappées belles (France 5/Bo Travail !) 15/20. Très belles échappées avec de beaux plans et un regard pas trop cliché. La mise en scène du journaliste rend le voyage plus vivant.

5) Des racines et des ailes (France 3) 15/20. De magnifiques images (avec drones), presque idéalisées.

6) Le dessous des cartes (Arte) 15/20. Emission intéressante, pédagogique avec des chiffres, avec certains partis pris politiques.

7) Médias le Mag (France 5) 15/20 Bons décryptages sur les médias et la communication. Débats assez éclairants.

8) Bibliothèque Médicis (Public Sénat) 14/20  Emission bien menée qui va en profondeur sur la littérature. Il manque peut-être un reportage pour couper la longueur.

9) 28 minutes (Arte) 14/20  Assez bonne émission avec un bon niveau de réflexion. Invités parfois trop banals (ex. Michel Onfray et Frédéric Lenoir pour parler des religions).

10) Les Maternelles (France 5) 14/20  Ambiance gaie et bonnes infos, même si manquant parfois de neutralité, comme sur la GPA.

11) La Quotidienne (France 5) 14/20  Récente émission dynamique et chaleureuse, avec de bons plans et une ligne solidaire. Les chroniqueurs parlent un peu tous en même temps.

12) On n’est pas couché (France 2/Tout sur l’écran) 14/20 Emission un peu longue avec bons interviews politiques, mais trop de divertissement (le Flop 10) et certains invités trop récurrents.

13) Toute une histoire (France 2/Réservoir Prod) 13/20  Témoignages sur la vie de vrais gens. Un peu trop d' »émotionnalisation ».

14) C à vous (France 5/3e Œil Productions) 12/20  Trop de zapping entre les étapes de l’émission, et promotion d’œuvres culturelles pas toujours convaincantes. Présentatrice charmante.

16) 100 % Mag (M6/C productions) 12/20 On apprend quelques trucs sur des infos bien-être et quotidien, mais sans plus.

17) 50 minutes Inside (TF1) 12/20La vie des people de manière vivante, mais peu approfondie.

18) Le magazine de la santé (France 5/17 juin média) 12/20 Peu de vraies infos, présentateurs manquant de charisme et font trop d’erreurs de direct. Sujets trop tournés vers les seniors.

19) Les Carnets de Julie (France 3/3e Œil Productions) 11/20 Intéressant pour les passionnés de cuisine et de patrimoine, mais peu de valeur ajoutée et l’animatrice ne sait dire que « C’est délicieux ! » ou « C’est trop bon ! ».

Dictionnaire amoureux du journalisme

Ça y est, mon mémoire de fin d’études est soutenu, mon diplôme de journaliste va arriver. Alors que mon chouette contrat en apprentissage comme journaliste web pour un magazine professionnel se termine, je vais recevoir sous peu ma carte de presse*.

Après avoir rédigé il y a quelques années un bref Dictionnaire amoureux de l’hypokhâgne, il est temps de livrer les coulisses et les mythes des écoles de journalisme et des rédactions des médias. Amoureux mais pas aveuglément, ce texte est néanmoins subjectif.

Attaché de presse

Personne dévouée au service du journaliste, le relançant par mail et téléphone et le suppliant de parler de ses infos. Souvent de charmantes jeunes femmes.

Bar et bières

Rendez-vous après les cours de journalisme. On dit que les alcooliques sont surreprésentés parmi les journalistes. Pour avoir un eu un prof et un collègue alcoolique, je pense que ce n’est pas impossible.

Bouclage

La deadline qui tue. Pour les quotidiens, c’est le soir. Pour les hebdomadaires, en milieu de semaine. Dans le magazine où j’ai travaillé, on se disait en bouclage du lundi au mercredi (un bon moyen d’éluder les appels téléphoniques intempestifs).

Cadeaux

La charte d’éthique et de déontologie du groupe Le Monde stipule par exemple que « les journalistes s’engagent à refuser tout cadeau d’une valeur supérieure à 70 euros, ou de nature à mettre en cause leur indépendance. » Dans une rédaction régionale, on m’avait dit 30 euros maxi. Bref, à part une crème teintée pour le visage donnée par deux jeunes esthéticiennes interviewées, je n’ai malheureusement rien reçu, snif. Ah si, un billet Strasbourg-Palma de Majorque, pour tester une nouvelle compagnie aérienne locale. Et sans compter les croissants des conférences de presse.

Carte de presse

Le graal ! Il faut avoir travaillé au moins trois mois dans un média et que cette activité représente la majorité des revenus. Quand on l’a, tout fier, on en poste la photo sur son compte Facebook.

Concision

Qualité apprise en pratiquant le journalisme. Cependant, on apprend aussi à appauvrir le vocabulaire pour que tout le monde comprenne, et vite.

Coulisses

Un des grands plaisirs de ce métier est de découvrir les coulisses de métiers (boulanger, artificier, écrivain) ou de lieux (la cuisine municipale, la Chambre de commerce), ou même d’ailleurs aller gratuitement dans des lieux où l’on n’était pas encore allé, du style Comédie française.

Desk

S’oppose à « reportage » et « terrain ». On reste au bureau et on travaille par téléphone, mails et dépêches d’agence. Pas marrant. Mais plus rapide.

Écrire

Autre bonheur de ce métier : vivre de sa plume. Certes, tout journaliste n’écrit pas : il peut filmer (on dit qu’il est JRI, journaliste reporter d’image – ce qui est une écriture iconographique) ou assister un présentateur télé ou radio. Mais même en radio, on écrit le journal d’informations ou la chronique qu’on va prononcer au micro.

Heures

Mieux vaut ne pas les compter. Comme dans d’autres métiers, le journaliste peut être amené à couvrir des événements le soir, le week-end, et à travailler jusqu’à ce qu’il ait terminé son article. Quand on présente une matinale, on peut se lever à deux ou quatre heures du matin.

Ile-de-France

Cinq des treize écoles de journalismes reconnues par la profession se trouvent à Paris. Quatre rédactions de médias sur cinq se trouvent en Ile-de-France. Info parisianiste, vous trouvez ?

Gauche

Il paraît que les journalistes sont majoritairement politisés à gauche, notamment d’après les votes simulés en école de journalisme (voir CFJ et Celsa en 2012). Le débat a fait rage. Apparemment, il y a plus de jeunes de gauche que de droite qui souhaitent devenir journaliste. Volonté de faire contrepouvoir, de montrer ce que le pouvoir nous cache, de s’engager contre les inégalités et de donner la voix aux exploités, souvent considérées comme des valeurs de gauche, sont ainsi recherchées par les jeunes socialistes qui veulent donc devenir journalistes.

Jingle

Petit son rigolo (tou-di-diiii-tou-di-toudi-toudi) au milieu d’une émission radio.

Les meilleurs

C’est la classe d’y aller, et leur bonne réputation fait l’objet d’un certain consensus : Le Monde, AFP, La Croix, Radio France. Mais le must, c’est le grand reportage. Près de Tchernobyl de préférence.

Les pires

Les médias qui ont mauvaise presse chez les journalistes, car « ce n’est pas du journalisme » sont la presse féminine, M6 et autres chaînes de divertissement, les nouveaux sites qui embauchent des stagiaires bénévoles – et aussi les présentateurs télé qui sont plus comédiens que enquêteurs.

Mook

Avec le webdocumentaire*, l’une des innovations du moment. Il s’agit d’un objet hybride entre le magazine et le livre (m-(b)ook), qui propose essentiellement de longs reportages (ça, c’est bien !) et se vend aussi bien en kiosque qu’en librairie, où il cartonne. XXI, 6 mois, France Culture papiers, Muze

Objectivité

On reproche aux journalistes d’en manquer. Mais existe-t-elle ? Être honnête, donner la voix aux parties adverses, oui. Mais être neutre est utopique, le choix conscient ou inconscient des mots étant déjà un parti pris. Par ailleurs, comme dans tous les secteurs, certains font bien leur métier et d’autres non.

« On air »

Les lettres rouges qui s’allument en studio radio sont magique : le pouvoir de la parole est à vous, parlez au micro ! Adrénaline, bonjour.

Pigiste

Souvent précaire mais libre de son organisation personnelle, il est rémunéré à l’article et non au mois. Il propose souvent ses papiers à plusieurs rédactions et représente 19 % de la profession en 2012. Parfois, il est correspondant à l’étranger et couvre une région ou encore plusieurs pays. Beaucoup le sont par défaut.

Pôle emploi

Certains disent que c’est là où arrive tout journaliste sortant de son école. Il est vrai que les débouchés sont faibles et les CDI très rares. Pour autant, on trouve peu d’offres via Pôle emploi et mieux vaut mobiliser ses contacts, anciens camarades d’école ou anciens collègues, ainsi que guetter les annonces sur les réseaux sociaux.

PQR

Presse Quotidienne Régionale. Ouest-France, La Provence, L’Est Républicain et autres Voix du nord sont souvent le lieu de la première expérience (en stage) de l’apprenti journaliste. On couvre le spectacle des maternelles et le match de foot local, mais pas uniquement. On écrit sur et pour les mêmes personnes, bref, sur la vraie vie. Secteur en déclin, du moins pour la version papier.

Réseaux sociaux

Les nouveaux modes d’expression et de communication pour les médias. Twitter est préféré à Facebook pour diffuser de l’information brûlante et la plateforme est devenu un espace d’échanges brefs mais intenses. Ou pas.

SR

Les Secrétaires de Rédaction corrigent les articles (on dit « papiers ») et modifient souvent titres et légendes. Métier pas toujours gratifiant, mais utile !

Stage

Première expérience où beaucoup d’employeurs s’arrangent pour qu’elles durent moins de deux mois, durée minimale pour octroyer au stagiaire une « compensation financière » de près de 30 % du Smic. Dans les petites rédactions, on leur confie très vite des responsabilités. Mais c’est cool, franchement.

Téléphone

Après avoir passé dix coups de fil dans la journée, on n’en a plus peur du tout.

Veille

Via les réseaux sociaux et plateformes d’agrégations de contenus, on veille souris à la main, on trouve des sujets d’articles et on se tient au courant de tout, ou presque. Magique, mais ne remplace pas le terrain.

Web

Il n’est pas vraiment le méchant qui va tuer la presse papier en déclin, mais en même temps, pas facile de lui trouver un modèle économique, alors qu’il faut sans cesse innover en la matière (exemple : un site web d’info datant de 7 ans est préhistorique).

Webdocumentaire

Le truc à la mode, ultrasubventionné, délinéarisé et participatif, à mi-chemin entre le film documentaire et le jeu vidéo. N’a pas le succès escompté.

Le temps des questions

De la même façon qu’il y a le temps des cerises, il y a le temps des questions. Evaluer l’univers du tapis d’éveil enfantin, c’est demander le pourquoi, tâtonner dans le comment. Le comment viennent les bébés et comment la marche le piano. Le comment parlent les Chinois et le comment on meurt. La laine vient des moutons, sont-ils verts ? Le temps des questions saisit, il réveille. Il est tout sauf un luxe. Sa déviance est la question rhétorique, son apothéose la métaphysique. Les questions piquent les scientifiques, assouplissent les littéraires, surprennent les économistes. Les questions tourmentent les journalistes. Enfants !

Radio : quel bon ton de voix ?

« Bonjour Machin, bonjour à tous. » Qu’est-ce que cette voix artificielle, stéréotypée, des animateurs de radio ? Faussement enthousiaste ? Ou alors presque indifférente aux mauvaises nouvelles qu’elle annonce, des morts par ci, des morts par là, et l’on enchaîne sur le sport et la bourse… Comment rendre une voix radiophonique un minimum sincère, engagée, authentique ?

Il faudrait peut-être passer par l’écriture littéraire pour trouver une réponse. Pour faire de la littérature, il ne suffit pas de plaquer des procédés dits littéraires (épithètes inversées, métaphores à foison, périphrases…). Le langage va s’enrichir naturellement et devenir plus fin, plus littéraire, à mesure que s’enrichit le rapport de l’écrivain au langage. La qualité littéraire d’un texte n’est pas un vernis, mais son étoffe même. En d’autres mots : c’est la maturité et l’implication de l’auteur qui va trouver des mots neufs, et non déjà éculés, pour circonscrire l’objet précis de son invention. (Merci François Magné.)

De même, en radio, ce n’est pas le vernis de l’enthousiasme ou de la gravité qui va moduler la voix. C’est l’intérêt que le présentateur porte à l’événement qui fait entrer une chaleur dans son timbre. En école de journalisme, on apprend à faire des flashs info de manière convaincante, non seulement en articulant et en variant le ton selon la nouvelle, ou en faisant des phrases originales et variées. On s’exerce surtout à parler à la radio en apprenant à parler du quotidien, à parler comme au milieu d’un repas, à parler d’un sujet quelconque qui nous touche vraiment. Dire simplement, comme si on racontait à des proches. On choisit les événements et on écrit les brèves qui nous parlent, qu’on a envie de dire au monde, d’annoncer ou peut-être implicitement de dénoncer.

Evidemment, s’approprier un accident en Chine ou une fête à Lyon n’est pas forcément facile en peu de temps. Mais c’est aussi tout le travail du journaliste, tentant de mettre un peu d’ordre et de mots dans ce que Macbeth évoque : « La vie […] : une fable / Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, / Et qui ne signifie rien. »

 

Chapôs, le style

Le « chapeau » (ou chapô) précède un article de presse, et le résume. Plusieurs sortes de couvre-chefs existent.

Le casque d’abord, de vinking ou de pompier. C’est le chapeau conquérant, glorieux, salvateur. Il annonce les déclarations de guerre, les réformes économiques, les sommets du G8. Coup d’éclat ou dernière chance, c’est l’honneur qui scande les mots, claquants, ronflants. Les phrases nominales sont légion. Le panache ne se cache pas.

Il y a le chapeau melon, un rien bourgeois ou suranné. C’est celui des marronniers, ces sujets qui reviennent régulièrement. Les colonies de vacances, la rentrée des classes, les cadeaux de Noël. Il est rond, docile, sans prestige. Il répète le « comme chaque année », sans s’en offenser.

Certains chapôs sont des feutres, sombres et élégants. Le revolver n’est pas loin, la traque policière non plus. Les mots de « garde à vue » et d' »enquête » continuent se susciter l’intérêt.

Il y a la coiffe bigoudène, Bretagne traditionnelle et triomphante. Sa dentelle fleure sans complexe les processions et le granit. Mais la grâce des hortensias embaume toujours ces mots, régionaux jusqu’à la Breizhitude militante. La coiffe auvergnate n’a rien à lui envier.

On aperçoit parfois la chapka, bonnet russe en fourrure avec oreilles rabattables. Poutine n’est jamais loin, ses neiges et la glace de son regard post-FSB. Gazprom, Medvedev ou Anna Politovskia hantent ses phrases.

Il y a la mitre, celle de l’évêque. Le chapô retrace les voyages du pape, les polémiques, les phénomènes. Elle garde le mythe de la puissance indéboulonnable alors que les catholiques ne sont plus qu’une minorité.

La kippa, ou le kieffieh posent leurs revendications propres, leur héritage, leur diplomatie complexe. Fini le parfum exotique, seul demeure la mondialisation, les migrations, les cultures.

Certains chapôs sont des perruques. Ils trompent ou montrent la tromperie, les révélations, les flatteries et l’obséquiosité, la démagogie. Les clichés abondent.

Ici, un sombrero. Ce chapô incarne l’hispanité solaire, la castagnette que la crise va bientôt phagocyter.

Là, le képi militaire, l’Afghanistan discuté, les Opex, les attaques, les défilés, le 11-novembre, le budget Défense. Ses mots claquent comme des ordres, on dirait.

Enfin le casque-antibruit, celui du citoyen qui en a assez d’entendre le flot-flux d’informations envahir sa vue, sa vie. A chacun son résumé, son chapeau.

Petit éloge du journaliste

 

On ricane aux salons. On aime les critiquer.

Hypocrites, mensongers, intrusifs, persifleurs »

Épithètes rapides, autant de préjugés

Ignorants les coulisses du métier de veilleur.

 

Ces minutes de JT, paragraphes quotidiens,

Matinales au réveil, sites web opportuns

Ne sont pas de nulle part, tels cris trop vite poussés ;

D’ardues préparations ils ont nécessité.

 

Qui se lève à une heure pour le flash de 5 heures ?

Qui vit un mois en Chine pour pondre une double page ?

Qui relève mille articles dans son agrégateur ?

Qui toute sa vie dévoue pour une belle mise en page ?

 

Il essuie les refus. Il se serre la ceinture.

Il parle des inconnus. Il couvre l’humble fait.

Sans lui le monde est nu, muet et sans jointure

Du Gers au FMI, il informe, il essaie.

 

Imelda

 

Le bio à moindre prix, un défi difficile

 

Le Salon bio Marjolaine qui se déroule du 5 au 13 novembre au Parc floral de Paris est un lieu de référence pour trouver des produits d’alimentation, de beauté ou de décoration respectueux de l’environnement. Cette année, un parcours « Promotion » propose dans plusieurs stands un article bradé, afin de montrer que le bio peut-être plus accessible à tous. Le bio peut-il vraiment coûter moins cher ? Il semble que son exigence de qualité le maintienne au-dessus des prix du marché.

Il est près de midi au Salon bio Marjolaine, dans les halles du Bois de Vincennes. Des centaines de personnes se pressent calmement entre les 550 stands, essayant un appareil de massage, goûtant de la pâte d’amande bio ou lisant un tract pour un séjour de jeûne diététique. Les visiteurs ont en moyenne une cinquantaine d’années. Peu de jeunes fréquentent ce salon de référence dans l’univers du bio, qui a accueilli l’année dernière près de 71 000 visiteurs pendant neuf jours. Sont-ce des personnes déjà installées dans la vie, qui peuvent se permettre de consacrer une partie plus importante de leur budget à une consommation de grande qualité ?

L’épithète est tenace dans les esprits : « Le bio, c’est cher ». Aussi cette année le Salon Marjolaine a mis en place un parcours « Promotion » : un petit écriteau vert indique la baisse de prix d’un des produits. Pourtant, cettte fameuse pancarte est difficile à trouver. « J’ai bien vu l’annonce de ce parcours Promo à l’entrée, témoigne Monique, une visiteuse sexagénaire, mais je n’en a pas beaucoup vu parmi les stands. »

Simon Trabuc vend les produits de la coopérative vietnamienne Bibol : des plats et saladiers en bambou peints et laqués, sans solvant ni composant organique volatile (C.O.V.). Quelques coupelles sont bradées, « parce qu’elles présentent de légers défauts », dit-il. Il ne s’agit pas pour lui de rendre le bio plus accessible.

Les produits biologiques sont-il vraiment plus chers ? Au Salon Marjolaine, certains sont dans les mêmes fourchettse de prix que les produits non bios : par exemple, un savon de Marseille à 2,90 euros, ou dehors, une formule déjeuner « crêpe flambée et crêpe au sucre » pour 8 euros. Cependant, le stand de la pâtisserie Laura Todd vend une belle boîte de 29 cookies bios 41 euros. Le petit gâteau d’épices de 250 grammes à 6,10 euros ou le miniscule pot de 100 grammes de confiture de papaye à 6 euros, peuvent également laisser beaucoup réticents.

Pas besoin d’être économe pour avoir un commerce équitable

Un salon est cependant le lieu privilégié pour trouver des prix réduits. « Tous les produits que je vends au Salon Marjolaine sont en promotion », déclare Anatole Rosier, qui vend des systèmes domestiques de filtration et de traitement de l’eau. « Ils sont moins chers dans ce stand que dans le catalogue ; mais ce n’est pas le cas de tous les produits vendus dans ce salon. » Il a mis en promotion un système de filtration de douche anti-calcaire, vendu à 85 euros au lieu de 95 euros, ce qui lui permet donc de renvendiquer la fameuse pancarte.

Plusieurs facteurs rendent le bio cher. « Le vrai bio garde un prix élevé qu’il nécessite un prix de revient important », justifie Philippe Loncar, savonnier dans l’entreprise familiale et artisanale « La Grange aux Herbes ». Pour lui, le bio doit rester artisanal et être cultivé dans de petites structures. Il met en promotion une nouveauté de l’année dernière, un baume à lèvres au beurre de karité de 10 g, qui coûte 6,50 euros. Les huiles essentielles, le flaconnage et la main d’oeuvre coûtent cher, c’est pourquoi le prix de vente est élevé.

De plus, cette exigence qualitative s’inscrit souvent dans une perspective de développement durable. « Cette cartouche filtrante permet une économie de 40% d’eau au final, déclare Anatole Rosier. Le prix implique donc une vraie économie à long terme. »

Toutefois, certains profitent du prix habituellement élevé du bio pour tromper les consommateurs, à en croire Philippe Loncar : « Mes produits sont certifiés Nature et Progrès, un cahier des charges qui demande que 100% des composants soient bios. Certaines grandes entreprises, comme L’Oréal, revendiquent des produits bios qui en fait ne comprennent que 5% de composants naturels. »

Les distributeurs sont aussi mis en cause : « Dans les supermarchés, il y a souvent peu de traçabilité, et ils peuvent en profiter », dénonce Simon Trabuc, de l’entreprise Bibol.

Au Salon Marjolaine, les consommateurs ne disent pas autre chose : « Je trouve que le prix élevé du bio n’est pas toujours justifié, surtout quand le produit n’est pas totalement bio, déclare Monique. En région parisienne notamment, les produits bio sont plus chers qu’ailleurs. Pour ma part, j’achète seulement certains produits bio qui risqueraient de contenir des composants chimiques, comme la farine, le miel ou les épices. Je ne pense pas que le bio va devenir moins cher, ou alors ce sont les normes qui vont baisser. » Surtout, Monique admire les démarches des agriculteurs ou des viticulteurs bio, qui parviennent à vivre de cette exigence d’authenticité.

Imelda

 

Ce que cache un héros

Ecrire des nécrologies, ce n’est déjà pas toujours facile. Faire l’éloge d’un homme parfait, ce Charles-Elie Sirmont au parcours politique et humanitaire trop lisse, c’est ce que le journaliste Moreira se refuse à faire. Au long du roman, il interroge des personnalités ayant connu Sirmont, afin de préparer l’article qui paraîtra à la mort de ce dernier. Diverses personnalités ont côtoyé le personnages, dans sa carrière de député, d’ambassadeur, de héros humanitaire au Liban ou en Bosnie. Si le sauveur est moins immaculé qu’il n’y paraît, il semble néanmoins incarner le courage, au coeur de missions périlleuses.

Ce que Moreira va découvrir, c’est la blessure intime qui a poussé Sirmont à vouloir améliorer la vie de populations en guerre ou sinistrées. C’est ce que la façade médiatique cache des personnalités. Mais c’est aussi le besoin des gens de connaître des individus modèles, des exemples éthiques, jusque dans le monde actuel.

Etienne de Montety mène avec brio la trame de l’enquête, qui tend cependant à être une succession de récits historiques et militaires trop détaillés, qu’à un véritable roman. Il fait toutefois montre d’une excellente connaissance  des conflits récents, ainsi que des médias – ainsi, le fait qu’après la mort d’une personnalité, si le président a utilisé tel terme élogieux, le premier ministre ne puisse plus l’utiliser.

L’humour est également de mise.Moreira étant chargé des nécrologies, « la mort des autres devint une idée fixe. Il se mit à se réveiller la nuit, pris de panique : rien n’avait été préparé pour Marie-Hélène de Gombault. Il avait beau se raisonner : la médiéviste n’était âgée que de soixante-huit ans et rien ne laissait présager une mort proche, il ne parvenait pas à se rendormir. Il alluma la radio pour s’assurer qu’aucun flash n’annonçait son décès. » Eloquent.

Etienne de Montety, L’article de la mort, Gallimard 2009

 

Pauvres journalistes !

Comment, pauvres journalistes ? Voilà un discours bien audacieux ! Ne sont-ils pas traités de tous les noms : hypocrites – pour l’affaire DSK par exemple -, menteurs – leur manque d’objectivité… -, voleurs de vie privée – ignobles paparazzis ? Bref, les journalistes n’ont pas bonne presse. Il faut néanmoins écouter leur avis, et Daniel Cornu est un bon avocat. Ce journaliste suisse a écrit des ouvrages de référence sur l’éthique journalistique, dont celui-ci : Médias mode d’emploi (2008).

A partir de son expérience de médiateur de presse à La Tribune de Genève depuis 1998, il évoque les questions qu’il a régulièrement évoquées dans sa « chronique de médiateur ». Le médiateur de presse fait le lien entre les lecteurs et rédaction, non à propos du contenu des informations, mais de la forme. Par exemple, un lecteur accuse La Tribune de Genève d’être imprécis sur le nom du’un lieu, ou de diffuser un dessin de presse choquant, ou encore la photo d’une personne recherchée par la police, mais présumée innocente. Bref, le médiateur de presse montre que la liberté de presse n’appartient pas qu’aux journalistes mais à tous, et que le rôle analytique des rédacteurs ne les dispense pas d’un regard critique.

Daniel Cornu a cependant un réel talent pour justifier les choix faits par les journalistes. Par exemple à propos de la diffusion des photos de cadavres de soldats, il interroge : « Le spectacle de la violence est-il toujours indispensable à la compréhension des faits et des situations ? A l’inverse, serait-il acceptable de faire un état des tortures ou d’autres actes de barbarie commis par un Etat en se dispensant de les décrire ? En s’abstenant de les montrer même, lorsque les documents existent et dénoncent les bourreaux ? La frontière entre l’information et le voyeurisme n’est pas certaine. »

Cet essai dynamique et concret pose des questions vraiment passionnantes. Sur le choix des mots :  « Les territoires sont-ils « occupés », « libérés », « palestiniens » ? Les combattants palestiniens sont-ils des « terroristes », des « activistes », des « résistants » ?  Chaque rédaction devrait établir à son propre usage un glossaire du conflit. » Ou encore sur la logique de la presse pipeul :  comme le petit monde des célébrités est sans cesse occupé à la fabrication de son image, la seule manière d’échapper à la complaisance est de le surprendre dans sa vie privée. Dans cette perspective, une image « vraie » est par définition, une image volée. Ce livre est une bonne base pour aborder l’éthique journalistique, aussi bien pour les rédacteurs que pour les lecteurs de feuille de chou quotidienne.

Les médias, asservis ?

Le problème des médias, c’est qu’ils doivent vendre. Outre la question de leur financement par la publicité et les grands groupes industriels, il y a la nécessaire attraction qu’ils doivent exercer face aux lecteurs. Sans elle, personne n’achèterait les journaux ! Sinon pourquoi les crieurs de journaux, annonceurs des titres croustillants, existaient-ils il y a quelques décennies ?

Un exemple simple : un grand titre de magazine sur « Les secrets de la franc-maçonnerie » fait toujours plus vendre que « La composition de l’ANSES » (l’Agence nationale de sécurité sanitaire). Comme dit certain professeur d’histoire contemporaine, « La guerre des polices » en première page d’un magazine d’histoire attire toujours plus que « Gendarmerie et société sous le Second Empire ».

Cette attraction ou non-attraction pourrait alors diviser le réel de l’actualité, avec d’une part les sujets qui vendent et d’autre part ceux qui ne vendent pas. Parmi ceux qui attirent le chaland, il y a les portraits d’hommes politiques ; les détails sur les séismes ravageurs ; les affaires de meurtres, disparitions, viols ;  les révélations sur la diplomatie américaine ; les petites phrases controversées ; toute une politique-spectacle qui empêche d’aller plus loin dans l’analyse… Le cas extrême de cette chasse au spectacle et au scandale se trouve évidemment dans la presse people.

De l’autre côté, on parle rarement du fonctionnement de l’administration des ministères, et du travail de fourmi qu’ils réalisent pour préparer les lois. Moins souvent viennent les détails des réformes, bien plus capitaux que les effets d’annonce. Question société, on trouvera peut-être davantage dans les journaux locaux le quotidien des entreprises ou les initiatives des associations.

Le problème réside aussi dans le fait que certains événements arrivent jusqu’aux médias, et d’autres non. Certains doivent rester confidentiels. Ainsi, les piratages informatique à Bercy avaient en fait lieu depuis trois mois.

Quoiqu’il en soit, les médias ont le défaut intrinsèque de donner des informations qui vont susciter une attirance instinctive chez le lecteur, et non ce qu’on pourrait appeler une attirance « raisonnée ». Ces remarques concernent toutefois plus la presse à grand tirage que la presse spécialisée. Une revue juridique sera sans doute moins excitante que Gala