Tempête dans la tête d’Einstein

9782226254290,0-1906028Critique. Les bords d’un lac du New Jersey, non loin de l’université de Princeton aux États-Unis, peuvent parfois recueillir les débats intérieurs d’un grand savant, comme le physicien Albert Einstein.

C’est ce que l’auteur à succès Eric-Emmanuel Schmitt raconte dans la pièce de théâtre minimaliste La trahison d’Einstein. Trois personnages apparaissent, évoluant de 1934 à l’après-1945 : Einstein bien sûr ; un vagabond à qui il se confie ; O’Neill, un agent secret du FBI qui utilise le clochard pour obtenir des informations sur le savant.

Tout le rapport complexe d’Einstein à la politique se dessine dans cette pièce : son pacifisme, sa crainte qu’Hitler ne développe une bombe atomique, son désespoir après Hiroshima, comprenant que ses recherches sur la relativité, et sa lettre au président Roosevelt en 1939, aient pu causer le bombardement atomique de grande ampleur.

Cette « trahison », Eric-Emmanuel Schmitt la met en scène de façon vivante, dans des dialogues fluides, parfois facétieux. Cependant, l’ensemble reste assez binaire, Einstein gardant malgré tout le beau rôle, alors que le vagabond se dit attristé par ses propres positions. L’auteur profite de l’occasion pour glisser des citations connues d’Einstein, telles que « Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Et encore, pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. »

Eric-Emmanuel Schmitt, La trahison d’Einstein, Albin Michel, janvier 2014

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Contes d’hiver de Karen Blixen : destins inaccomplis

0000000000000000001Lire en plein hiver les Contes d’hiver de Karen Blixen n’est pas forcément une bonne idée. Car même s’ils sont « plus doux, plus tendres que les Contes gothiques de la grande romancière danoise », selon l’éditeur, ils ne sont pas très gais pour autant.

Ecrits en 1942 par une dame qui a laissé en Afrique amour mort et exploitation vendue (vous avez vu Out of Africa ? c’est son histoire), ils semblent montrer que Karen ne devait pas être une grande optimiste.

Les onze contes, dont la plupart se déroulent au Danemark, restituent une délicate atmosphère mélancolique où les héros doivent s’effacer, renoncer ou encore mourir, alors même que l’amour ou le bonheur était à portée de main.

On retrouve dans « Les irréductibles propriétaires d’esclaves » ou « L’héroïne » l’atmosphère bourgeoise et tragique des hôtels européens, évoquée par Stefan Zweig dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, publié quinze ans auparavant.

Les enfants rêveurs, les mystérieux dandys et les jeunes mariées déçues dessinent au fil des pages des histoires denses et poétiques où les silhouettes s’effacent (loin de l’Afrique solaire) dans la brume scandinave, qu’il vous reste à percer.

Lire des classiques

Cela fait du bien, parfois, de se remémorer les classiques de littérature lus depuis l’adolescence, entre lectures obligatoires de lycée ou de prépa, romans choisis en librairie ou dans les rayonnages de bibliothèques. De quoi se fixer de nouveaux objectifs, lire des ouvrages d’autres auteurs… Et vous, avez-vous envie de lire un de ceux-là ? Voici un classement des classiques de littérature que j’ai lus, rangés par ordre alphabétique (une couleur différente selon le siècle).

Alain-Fournier : Le Grand Meaulnes

Anouilh : Antigone, Fables, Le Voyageur sans bagages, Le Bal des voleurs

Apollinaire : Alcools

Aragon : Les Cloches de Bâle

Austen : Emma, Lady Susan

Balzac : Illusions perdues, La Peau de chagrin, Le Chef d’oeuvre inconnu, La Fille aux yeux d’or

Bazin (Hervé) : Vipère au poing

Baudelaire : Les Fleurs du mal

Beaumarchais : Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro

Bobin : Louise Amour, La Présence pure

Bourbon-Busset : Lettre à Laurence

Bonnefoy : L’Arrière-pays

Calvino : Le Baron perché

Camus : La Chute, Les Justes

Claudel (Paul) : Le Soulier de satin, L’Annonce faite à Marie, Partage de midi, Cinq grandes odes

Claudel (Philippe) : Parfums

Corneille : Le Cid, Polyeucte, Cinna

Daudet A. : Les Lettres de mon moulin

Delerm Ph. : Le bonheur

Diderot : Jacques le fataliste et son maître

Dostoïevski : Le Double

Du Bellay : Les Regrets

Fitzgerald : Gatsby le Magnifique, Une vie parfaite , L’accordeur

Flaubert : L’Education sentimentale, Dictionnaire des idées reçues

Gary : Chien blanc

Gaskell : Les amoureux de Sylvia

Germain Sylvie: Hors champ

Gide : La Porte étroite, Paludes

Giono : Le Hussard sur le toit, Regain

Giraudoux : Electre

Guilleragues : Lettres de la religieuse portugaise

Homère : L’Odyssée (abrégé)

Hugo : Notre-Dame de Paris, Ruy Blas, Les Contemplations

Huxley : Le Meilleur des mondes

Ionesco : La Cantatrice chauve, Rhinocéros

Kessel : Le Lion

Laclos : Les Liaisons dangereuses

Lafayette (Madame de) : La Princesse de Clèves

La Fontaine : Fables

Lamartine : Méditations poétiques

Lampedusa : Le Guépard

Makine : Le Livre de brèves amours éternelles, La Vie d’un homme inconnu

Marivaux : Le Jeu de l’amour et du hasard, La Vie de Marianne

Maupassant : Une partie de campagne

Mauriac : Le mystère Frontenac

Mérimée : La Vénus d’Ille, Colomba, Mateo Falcone

Molière : Le Malade imaginaire, Les Fourberies de Scapin, Le Bourgeois gentilhomme, Le Tartuffe, L’Ecole des femmes, Le Misanthrope, Les Précieuses ridicules, L’impromptu de Versailles.

Nimier R. : Les Enfants tristes

Perrault : Contes

Pouchkine : Eugène Onéguine

Prévost : Manon Lescaut

Queneau : Zazie dans le métro

Racine : Britannicus, Phèdre, Andromaque

Rilke : Lettres à un jeune poète

Rimbaud : Illuminations

Rostand : Cyrano de Bergerac, L’Aiglon, Chantecler, La Princesse lointaine.

Rousseau : Les Confessions (livres I à III)

Rufin : Le Grand Coeur, Compostelle

Saint-Exupéry : Le Petit Prince, Terre des hommes, Vol de nuit, Pilote de guerre

Sartre : Les Mains sales, L’Existentialisme est un humanisme

Sarraute : Tropismes, Ouvrez, L’ère du soupçon, C’est beau, Elle est là

Shakespeare : Hamlet, Roméo et Juliette, La Nuit des Rois

Sophocle : Antigone

Tolkien : Bilbo le Hobbit

Tourgueniev : Premier amour

Vallès : L’Enfant

Vercors : Les Animaux dénaturés, Le Silence de la mer

Voltaire : Candide

Wilde : Le Portrait de Dorian Gray

Zola : La Joie de vivre

Zweig : Le Joueur d’échecs, Lettre d’une inconnue, Les Prodiges de la vie

Le pèlerinage selon Rufin

En 2011, le médecin, diplomate et académicien Jean-Christophe Rufin, auteur de nombreux romans (lire notre critique du Grand Cœur), se met en marche pour Saint-Jacques de Compostelle. Et pourquoi donc ?

Dans Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi (Guérin), déjà vendu à 200 000 exemplaires, Rufin donne quelques pistes : « un défi sportif, un moyen de perdre quelques kilos, une manière de préparer la saison de montagne, une purge intellectuelle avant d’entreprendre un nouveau livre, le retour à une nécessaire humilité après une période marquée par les fonctions officielles et les honneurs… Rien de tout cela en particulier mais tout à la fois. » Bref, rien de spirituel. Au départ.

Au fur et à mesure des jours dans ces paysages contrastés du Camino del Norte, qui longe quasiment la côte nord-espagnole, Jean-Christophe Rufin se sent peu à peu délesté de ses souffrances pédestres, de ses émotions, de ses craintes. Il marche. Il observe les laideurs urbaines de la côte cantabrique et les beautés sauvages des Asturies.9782352210610

Et déclare alors : « Compostelle est un pèlerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il ôte toute vanité et toute souffrance du corps (…) Comme toute initiation, elle pénètre dans l’esprit par le corps et il est difficile de la faire partager à ceux qui n’ont pas fait cette expérience. » Avec son remarquable talent de conteur, Jean-Christophe Rufin livre donc une vision très personnelle du pèlerinage, qui rejoint et se distingue de celle, par exemple, du Compostelle de Luc Adrian (Presses de la Renaissance).

Moments d’autodérision (« En Cantabrie, le marcheur prend conscience pour la première fois qu’il est lui-même un déchet ») se mêlent aux descriptions savoureuses (« J’ai déjà rencontré d’innocentes petites femmes (…) qui, à peine endormies, transforment leurs fosses nasales en olifant ») et aux anecdotes pittoresques (Ralf, cet énigmatique pèlerin qui arrive à le devancer alors qu’il l’a laissé derrière lui peu avant). Une lecture très agréable.

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée, éditions Guérin 2013

La vie à plein nez

PhilippeClaudelRelire sa vie peut se faire de différentes façons. Philippe Claudel, lauréat du prix Renaudot 2003 pour Les Ames grises, a choisi l’odorat. En plus d’une soixantaine de senteurs (de l’Acacia au Savon en passant par les Draps frais et la Prison), il dresse dans Parfums un inventaire vif et non exhaustif de ces sensations qui affleurent à sa mémoire, le temps d’une odeur.

Qu’il renifle l’après-rasage de son père ou hume l’odeur de lard frit, le jeune narrateur – très vraisembablement le jeune Philippe Claudel, dans ses pénates de Meurthe-et-Moselle – introduit dans un monde un instant. Sans tabou – il n’hésite pas à parler des Pissotières ou de la Station d’épuration des eaux -, il rend presque présent dans un ardent essai d’hypotypose (chacun son tour) un objet, une situation, un souvenir, une madeleine, une douceur ou un dégoût.

Avec une plume d’une grande qualité littéraire, Philippe Claudel amène dans une progression brève et voluptueuse le parfum de l’ombellifère, « grande tête couronnée aux fleurs petites disposées déjà comme un bouquet, aigrette élégante que je retrouverai plus tard dans les pâtes de verre opalescentes et les marqueteries rousses d’Emile Gallé« , l’odeur de la pommade qui est « le parfum exacerbé d’une forêt toute pleine des senteurs de la résine et du menthol« , ou encore celle de la cave qui tente de le charmer « avec son sortilège de moisissure et de salpêtre, de buée sourde, sirène des profondeurs au baiser de nuit qui [l’]oppresse et [l’]enlace ».

Philippe Claudel, Parfums, Stock 2012

LIRE AUSSI : Le bonheur selon Philippe Delerm

Revenir aux choses lentes et éternelles

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Crédit : Dorothée P.

Revenir à des occupations bloguesques après s’être mariée (preuve en image ci-contre), c’est comme retrouver les reflets du réel après avoir bu le sirop concentré des émotions humaines. Un jour d’amitié, de joie, d’amour et de clarté se prépare longtemps à l’avance et s’en remettre met du temps, comme après une soirée d’ivresse.

Quoi qu’il en soit, je voudrais vous faire partager une lecture, où lassitude et remise en cause sont de mise : Une certaine fatigue de Christian Authier, paru à l’automne 2012 chez Stock. Des sentiments qui semblent à l’opposé des miens. Et pourtant, la fatigue ramène à l’essentiel, à l’état initial des choses lentes ou éternelles. Pas loin donc, du don partagé des époux.

Le narrateur et personnage principal de cette histoire, Patrick Berthet, est un architecte père de famille que tout semble favoriser. Pourtant, son père meurt. Puis un cancer se déclare. Puis, l’homme apprend que ce diagnostic était une erreur : sa vie n’est absolument pas en danger. C’est là que commence la crise.

9782234070202-GCrise de milieu de vie, mais plus encore : comment peut-on revenir de la mort ? Vivre en survivant ? Patrick part. Il n’est pas au bout de ses découvertes. Comme dans Lazare est de retour de Jean-Marc Bastière, la question du retour à la vie étale sa complexité. Comment reprendre goût à l’existence quand on y a renoncé ? La vie moderne est-elle si satisfaisante pour Patrick ?

Fluide, intimiste et peignant délicatement des mosaïques de sentiments, ce roman laisse moins un goût d’amertume, que de tension vers une vie plus simple : moins connectée et moins rapide certes, mais aussi plus riche dans l’exclusivité d’un amour partagé.

A LIRE AUSSI : Une si douce fureur, du même auteur.

Tombeau pour Jacques Coeur

Pourquoi Jean-Christophe Rufin, médecin, écrivain et ancien ambassadeur de France au Sénégal, a-t-il consacré un roman de 500 pages au grand Argentier de Charles VII ? « Sans doute pour payer une dette, répond l’auteur en postface. J’ai passé mon enfance au pied de [son] palais. Je l’ai vu par tous les temps et, certains soirs d’hiver, j’avais le sentiment qu’il était toujours habité. »

Et Jacques Coeur se met à parler, ce marchand de Bourges du début du XVe siècle, qui ne sait pas que pendant sa vie se termine le Moyen Age. La guerre de Cent ans vit ses derniers soubresauts, la papauté quitte Avignon et retourne à Rome, Byzance est prise par les Turcs et la chevalerie se meurt. Ce n’est plus la terre mais l’argent qui commence à définir les rapports sociaux.

Epris de rêves et d’Orient, Jacques Coeur voyage, tisse un réseau commercial innovant qui fait de lui l’homme le plus fortuné de France. Plus riche donc que le roi Charles VII, monarque dont la force se diffuse grâce à sa faiblesse. Le texte prête à Jacques Coeur son humanité, ses pensées et ses passions (Coeur est son nom), dont celle pour Agnès Sorel. Mais déjà et si tôt, c’est la chute.

Dans une phrase classique fluide et intelligente, Jean-Christophe Rufin, qui signe ici son neuvième roman, imagine les réflexions de cet homme du XVe siècle dans une langue du XXIe siècle. A mi-chemin entre récit à fleur de peau et analyse historique et humaine, il trace les contours d’une époque charnière passionnante. Un roman architecturé.

Jean-Christophe Rufin, Le grand Coeur, Gallimard 2012

A LIRE AUSSI : Ecrire l’histoire à vingt ans – Entretien avec Gabriel Dubois

Raconte-moi une histoire

Le concept est un luxe, une hypocrisie, une impolitesse. Il est tellement facile, évident à l’esprit coquet. Préparé pour par des années d’études secondaires et universitaires. Il cherche sans le dire l’efficacité. Le concept est une facilité, une façon de relever artificiellement le niveau. Le niveau de pédanterie, oui.

Parler du concept devant la caméra, façon psychanalyse, ou laisser la plume-clavier écrivaine dérouler ses trucs abstraits, c’est laisser pourrir l’histoire racontée, sembler la mépriser. Rabaisser la narration au niveau de l’exemple.

Les aèdes, la transmission orale des histoires, les Mille et une nuits, les troubadours, les romanciers, n’ont que faire de l’idée. L’idée, c’est à peine un point de départ, noyé rapidement dans les péripéties. Ou elle n’a aucune raison d’être, parce que l’histoire est vraie, les personnages des personnes et la fin un autre début.

L’histoire est le lieu de l’imagination, de l’image, du mouvement. Si l’on raconte des histoires aux enfants pour qu’ils s’endorment et que le storytelling est devenu un art politique, c’est dire le pouvoir du récit bien plus que celui de l’idée. L’histoire vit, s’incarne, s’anime. Elle fait trembler plus que les mots. Elle emporte.

Alors plutôt que truffer films et livres de tirades prétentieuses, il vaut mieux laisser la moindre histoire nouée de trois bouts de ficelle tisser nos rêves.

Imelda

 

Yves Bonnefoy, l’insaisissable

Nicolas Poussin, « Paysage avec Agar et l’ange »

« La perspective en son projet d’origine se soucie moins de la maîtrise abstraite de l’espace que de rétablir un rapport de la personne à son milieu naturel et à son corps. » Voilà la seule phrase que j’ai comprise de L’Arrière-pays d’Yves Bonnefoy. Et encore, elle fait partie de la postface, écrite trente ans plus tard.

L’Arrière-pays est un récit autobiographique publié en 1972 par Yves Bonnefoy, poète français aujourd’hui âgé de 88 ans. Il évoque les paysages italiens, la peinture italienne et la perspective. On suppose que l »‘arrière-pays » est surtout une région de l’âme. Mais les phrases sont si longues, si almabiquées, si hermétiques, qu’on n’y comprend pas grand chose.

Exemple : « Ici, nous sommes donc frappés d’un mal mystérieux de l’esprit, ou bien c’est quelque repli de l’apparence, quelque défaut dans la manifestation de la terre qui nous prive du bien qu’elle peut donner. » Et c’est comme cela pendant 160 pages.

Le seul intérêt du livre est à mes yeux ses illustrations, des peintures et des statues censées illustrer des lambeaux de phrases. Nicolas Poussin, Piero della Francesca mais aussi Chirico ou Mondrian accompagnent joliment ces pages pas assez lumineuses pour être belles.

Ce qui fait durer l’amour

Une chose est claire : autant autrefois le conjoint était souvent choisi par la famille et la collectivité, autant aujourd’hui chacun peut aimer qui il veut, comme il veut et le temps qu’il lui plaît. Mais l’Enfant de Bohème – celui qui n’a jamais connu de loi, l’amour –  » devenu roi » pose de nombreuses questions. Le philosophe Alain Finkielkraut, dans un ouvrage facile d’accès – je l’ai dévoré dans le métro -, Et si l’amour durait essaie de répondre à celles-ci. Suffit-il d’aimer pour savoir aimer ? A-t-il assez de ressources une fois levés tous les interdits ? L’amour durable est-il un leurre ?

Comme dans Un coeur intelligent, déjà évoqué dans ces pages, Finkielkraut essaie d’ébaucher des réponses non grâce aux sciences humaines mais à la littérature. La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette montre que l’intransigeance surprenante à refuser d’épouser Monsieur de Nemours, est le « miroir inversé » de la démission de nos contemporains devant l’échec d’un amour.

Les Meilleures Intentions d’Ingmar Bergman et Professeur de désir de Philip Roth semblent également des miroirs inversés de l’amour durable. Ce qu’il ne faut pas faire : réduire l’amour à eros, croire déjà que la réalité se résume à un unique « duel désir-désert, incandescence-routine, envie-ennui ». Enfin l’oeuvre de Milan Kundera finit par évoquer dans L’insoutenable légèreté de l’être la mort douce car simultanée des époux, dépassant la légèreté de l’idylle.

Ce qui fait durer l’amour, ce serait de ne pas lui demander les promesses d’un désir éternel. Un essai passionnant, qui donne envie de lire les romans évoqués et de parier sur la subtile durabilité de l’amour.

Alain Finkielkraut, Et si l’amour durait, Stock, 2011

A LIRE AUSSI : Makine, le dentellier des amours éternelles et Les langages de l’amour