Les ensembles musicaux indépendants

Les Talens lyriques, ensemble né en 1991 avec Christophe Rousset

Les Arts florissants, Accentus, les Talens lyriques… Ils sont plus de 150 en France : les ensembles de musique classique indépendants. La Fevis les fédère et accompagne les ensembles émergents dans leur professionnalisation.

En 2012, être joueur de cornet à bouquin, une sorte de flûte courbe de l’époque baroque, de théorbe ou de viole de gambe, c’est être un musicien très spécialisé dédié à un répertoire précis. Aucun orchestre permanent, national ou régional, ne pourrait embaucher à plein temps un tel musicien ; car ceux-ci ont vocation à faire vivre un répertoire étendu. Ces musiciens appartiennent donc à la sphère des ensembles professionnels indépendants, et peuvent travailler dans plusieurs ensembles à la fois.

Dans ces ensembles bouillonne la curiosité et un goût de la recherche pour mieux comprendre comment était jouée la musique à l’époque baroque, avec des cordes en boyau, avec un toucher différent… Dans les années 1960, ils sont apparus nombreux, avides d’explorer de nouveaux répertoires, notamment le baroque.  Ce mouvement musical situé de 1600 à 1750 est une véritable révolution dans la manière de concevoir la musique par rapport à l’époque Renaissance qui recherche un idéal de perfection. Le baroque remet au contraire au cœur de l’écriture musicale les dissonances et l’expressivité. Ce mouvement apparaît autant en Italie – Vivaldi -, que dans un style allemand – Bach -, ou encore français avec les opéras ballets de Lully s’il ne fallait citer que trois compositeurs.

3 000 concerts des ensembles indépendants en 2010
Née il y a treize ans, la Fevis (Fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés) se bat pour que les 96 ensembles qu’elle fédère puissent être reconnus comme le troisième pilier de la musique en France, avec les maisons d’opéras et les orchestres permanents. Ces nombreuses formations de toutes tailles, représentent 20 % des ensembles de musique classique en France – une musique classique qui s’étend de l’époque médiévale aux créations contemporaines. Aujourd’hui, environ 40 % des concerts joués par les ensembles membres de la Fevis sont baroques, et 25 % de répertoire XXe siècle ou de création.

Attentive à rassembler ces ensembles aux intérêts communs, la Fevis se bat pour que  les ensembles fassent valoir le rôle que jouent ces structures dans le paysage musical, auprès de l’Etat et des collectivités territoriales comme du grand public. Le nouveau président de la Fevis, Jacques Toubon, ministre de la Culture de 1993 à 1995 et passionné de musique classique, leur ouvre également des portes pour être encore plus actifs.

Petits ensembles ou grands orchestres indépendants font l’objet tous les deux ans d’une grande enquête organisée par la Fevis. On y apprend ainsi qu’en 2010, la centaine d’ensembles de la fédération a donné 3 000 concerts au total, écoutés par 1 200 000 spectateurs, à raison de 35 concerts par ensemble en moyenne.
L’année 2013 devrait être plus difficile pour ces ensembles à cause des annulations de concerts dues à la crise. Cependant, « la musique baroque a trouvé son public, il suffit de voir : c’est salle comble partout » affirme Catherine Desbordes, déléguée générale de la Fevis.

Ce que Rossini opéra

La musique italienne : un mythe que Les Carnets d’Imelda tentent de percer depuis le début. Plus exactement depuis un voyage d’Imelda à Turin et Milan… Thème d’actualité puisque l’été d’Imelda sera romain, à l’occasion d’un stage dans la Ville éternelle. Après avoir évoqué l’époque baroque et ses compositeurs tels que PergolèseSalieriLorenzo Da Ponte et dernièrement Paganini, l’heure est venue d’entamer le XIXe siècle.

Siècle bouillonnant à plusieurs égards dans la péninsule, puisque le Risorgimento bat son plein. A passions exacerbées, art lyrique. L’opéra se développe et éclipse la musique instrumentale. Premier d’entre eux, Gioachino Rossini, né en 1792 à Pesaro dans les Etats pontificaux et mort en 1868 …à Paris. Il s’initie à la musique et au chant à Bologne puis écrit ses premiers opéras. Parmi ses oeuvres les plus connues, l’opera buffa (c’est-à-dire un opéra à sujet comique) Il Barbiere di Siviglia en 1815, que Paisiello avait déjà mis en musique.

Virage vers l’opera seria (sérieux) avec Otello en 1816. Mais aussi l’opera semiseria (entre les deux) avec La Pie voleuse – La gazza ladra). Rossini quitte Naples pour Vienne où il recontre Beethoven, sourd, puis Londres et Paris où il écrit I viaggio a Reims, opéra écrit à l’occasion du sacre de Charles X en 1825. Puis Guillaume Tell, qui pose les fondations du « Grand opéra à la française ». Après 1830, Rossini se consacre à la musique sacrée – il écrit un Stabat mater – et la musique instrmentale. Il meurt à Passy ; sa dépouille repose actuellement à Florence.

Rossini a également composé des pages culinaires : Les bouchées de la Pie voleuse, la Tarte Guillaume Tell… Et peut-être même le tournedos Rossini. Surtout, il a apporté à l’opéra une uniformisation dans la façon de chanter et des blocs musicaux développés, différents de l’alternance arias-récitatifs de l’opéra baroque. Un festival porte son nom dans sa ville natale.

A ECOUTER : L’ouverture du Barbier de Séville et l’introduction de son Stabat Mater.

A LIRE : La Vie de Rossini par Stendhal (publiée en 1823)

Une année florissante

Imelda est de retour pour vous souhaiter une très heureuse année 2012, riche en découvertes culturelles mais aussi et surtout en rencontres et partages !

Commencer l’année avec un opéra de Marc-Antoine Charpentier est bien le « must ». La Descente d’Orphée aux enfers, composée en 1686 pour les musiciens de Mademoiselle de Guise, est un opéra de chambre en deux actes. Le livret, d’un auteur anonyme, reprend le mythe d’Orphée évoqué dans les Métamorphoses d’Ovide. Chacun connaît l’histoire : Orphée perd son épouse Eurydice et part la rechercher aux enfers. Mais dans la version de Charpentier, il parvient avec l’aide de Proserpine, la femme de Pluton, à ramener sa femme sans plus d’épreuve.

L’interprétation des Arts Florissants est remarquable ; cet ensemble français fondé par William Christie en 1979 et qui a initié le récent renouveau de la musique baroque. Sous la baguette de Jonathan Cohen, le petit orchestre baroque (avec des instruments tels que la viole de gambe, la flûte à bec ou le luth) accompagne des solistes éblouissants. La mise en scène, minimaliste, n’exclut pas une certaine fantaisie, et un soupçon de magnifique danse baroque.

Des extraits ici (le mariage d’Eurydice) et  (après sa mort), témoignent de la vivacité et de l’émotion que comporte un tel spectacle.

L’Opéra royal de Versailles, inauguré à la fin du règne de Louis XV en 1770, est un véritable écrin pour cette prestation. Dans la représentation qui s’y tenait le vendredi 13 janvier (jour de chance), il était suivi d’un autre mythe ovidien, Vénus et Adonis de John Blow. A défaut d’avoir pu voir La Descente d’Orphée aux enfers, il est bien sûr possible de l’écouter en achetant le CD ici. Réjouissant.

 

Lorenzo Da Ponte, plume de Mozart

Dans notre série sur les compositeurs italiens – le dernier, Viotti (1755-1824), vous a laissé un souvenir impérissable -, nous avons pu prendre conscience de la mobilité européenne de ces artistes, à la fin du XVIIIe siècle. La Cour de Versailles ou de Vienne était pour eux un espace béni où exercer leur art.

Lorenzo Da Ponte (1749-1838) est de ceux-là. Né en Vénétie, il s’établit à Vienne à l’âge de trente-deux ans, sous la protection de Joseph II – le fils de l’impératrice Marie-Thérèse. Comme il est avant tout poète, on le charge d’écrire les livrets (c’est-à-dire le texte) du nouvel opéra italien, très en vogue à cet époque. Il écrit pour Salieri mais aussi et surtout pour Mozart. Le Nozze di Figaro (1786), c’est lui ! Don Giovanni, c’est lui ! Cosi fan tutte, c’est encore lui ! Il s’est inspiré respectivement du texte de Beaumarchais, du mythe de Don Juan, et probablement d’un fait divers à Vienne pour Cosi fan tutte.

A la mort de l’empereur Joseph II en 1790, il commence un périple à Prague, Dresde, Londres – où il écrit pour une compagnie d’opéra italienne -, et même l’Amérique du Nord, accompagné de sa femme Nancy. Il s’essaie au commerce du tabac, avant de pouvoir donner des cours d’italien au Columbia College de New York. En 1826, il organise à New York la première américaine de Don Giovanni, avec le concours de la Malibran.

On peut lire la vie de Lorenzo Da Ponte dans ses Mémoires, qu’il écrivit à l’âge de 81 ans. Elles ont été rééditées au Mercure de France récemment. Il n’a pu s’empêcher d’embellir le récit ; difficile de ne pas le faire, quand on a écrit des opéras, non ? De quoi donner envie de réécouter, livret en main, les grandes oeuvres que Mozart a composées.

 

Viotti le violoniste

Dans notre série sur les musiciens italiens, nous avons redécouvert récemment Paisiello (1740-1816) et Salieri (1750-1825). Ils ne furent pas les seuls à travailler en dehors de la péninsule. Le Piémontais Giovanni Battista Viotti (1755-1824) voyagea lui aussi dans toute l’Europe.

Viotti ? Quel est cet inconnu ? Marcello Viotti peut-être, chef d’orchestre suisse mort en 2005 ? Non, certes. Giovanni Battista (Jean-Baptiste, quoi) Viotti fut d’abord membre de la Chapelle royale de Turin, en 1775. A partir de 1782, il habita Paris ; il fut même accompagnateur de Marie-Antoinette. Il fonda le Théâtre de Monsieur en 1788, où furent produits opéras français et italiens. Au moment de la Révolution, le fuyard déménagea à Londres – pour chômage technique. De retour en France, il fit commerce de vins ; l’artiste y échoua. Il travailla à l’Opéra de Paris de 1819 à 1821.

Viotti est connu (de vous, maintenant, mais pas seulement) pour son talent de violoniste ; il apporta beaucoup au répertoire du violon avec ses 29 excellents concertos pour violon, dans le style du classicisme de son époque. Le plus connu est le Concerto n°22 en si mineur, dont vous pouvez écouter le mouvement Agitato ici dans une interprétation de Fulvio Luciani. Un jeu impressionnant ! Brahms s’en inspira dans son Double Concerto en la mineur opus 102, à écouter absolument lui aussi.

 

Salieri : tout sauf Mozart assassiné.

Vous souvenez-vous de notre voyage à travers la musique italienne ? Nous avions laissé Paisiello mourir à Naples en 1816 dans un contexte troublé. Voici que s’avance alors Antonio Salieri (1750-1825). La plupart d’entre vous ont sans doute l’image que véhicule à son propos le film Amadeus, de Milos Forman : celui d’un rival dévoré de jalousie, qui organisa la mort de Mozart.

Il n’en est rien ! C’est Pouchkine (encore lui) qui semble avoir diffusé cette rumeur, par sa nouvelle Mozart et Salieri (1830), mise en musique par Rimsky-Korsakov. En réalité, Salieri  – qui rencontra Mozart à Vienne en 1782 -, bien que légitimement jaloux, fut l’une des rares personnes présentes à son enterrement et aida à diffuser la musique du génie.

Lui-même n’était pas petit joueur. Né dans la province de Vérone, il fut emmené par son maître à Vienne, dès l’âge de seize ans. A la mort de celui-ci, il devint compositeur de la cour : l’impératrice Marie-Thérèse et son fils Joseph II purent goûter sa musique avant qu’il ne cède la place en 1792 ; mais il resta maître de chapelle. Il se situe à la fin de cette génération d’artistes italiens qui furent appelés par la cour impériale et y exercèrent une grande influence ; on peut penser par exemple à Métastase.

Côté composition, la musique de Salieri qui s’apparente au « classique viennois » fait évidemment beaucoup penser à Mozart. Les spécialistes affirment cependant qu’elle est plus hardie dans les dissonnances. Salieri écrivit plusieurs dizaines d’opéras, et de la musique instrumentale. On peut écouter ici son opéra La grotta di Trofonio, qui fut joué à Vienne en 1785. Trofonio est un magicien qui dans sa grotte va transformer les caractères de deux couples (Dori et Plistène ; Ofelia et Artemidoro), dont l’un est exubérant et l’autre plus réservé. Il s’agit ici d’une interprétation de l’ensemble Les Talens lyriques et du Choeur de l’opéra de Lausanne dirigé par Christophe Rousset. Magnifique.

Par ailleurs, Salieri a inspiré des auteurs de chanson, comme Béranger au XIXe siècle : La Sainte-Alliance barbaresque, Nabuchodonosor et les Orangs-Outangs, inspirés de l’Ar de Calpigi de son opéra Tarare (1787).

 

Paisiello et Bonaparte – Musique italienne

Saviez-vous que Napoléon Bonaparte, comme premier consul, avait une chapelle privée ? Et un compositeur à cet effet ? Pour ma part, non, jusqu’à ce que je le lise il y a un instant. Giovanni Paisiello (1740-1816) est d’abord un compositeur italien, dans la suite de ceux que nous découvrons sur ce blog depuis quelque mois. Avec lui, nous grignotons sur le XIXe siècle, assez riche en bouleversements musicaux.

C’est justement le chevauchement troublé entre deux siècles qui fait de lui un homme chevauchant au gré des régimes. Il commença comme compositeur de musique religieuse, puis d’opéra dans le royaume de Naples. Puis la grande Catherine, soucieuse d’occidentaliser sa cour, l’appela à la rescousse, et il finit par devenir son maître de chapelle. Il y écrivit Il barbiere di Siviglia en 1782 ; vous l’aurez compris, à partir du même Barbier de Beaumarchais écrit sept ans plus tôt, en 1775. Rossini lui fit d’ailleurs une post-concurrence avec son propre Barbier en 1816.

Laissant les deux barbus se quereller, revenons à notre Giovanni, qui, sorti des neiges slaves, passa à Vienne en y composant moult symphonies et un opéra. Revenu à Naples, fut nommé maître de la chapelle du roi, et même musicien de la nation. Fort de ce CV inégalable, après deux ans de chômage, il fut embauché par Napoléon Bonaparte en 1801. C’est ici le moment d’écouter le Tantum ergo qu’il composa pour la chapelle du premier consul. Il écrivit également un Te Deum et une messe pour le sacre de Napoléon. Remarquons qu’il aimait sans doute beaucoup sa femme : c’est parce que celle-ci ne supportait pas le climat français (quelle idée !) qu’ils quittèrent Napo et ses fastes. Enfin, il ne survécut que peu de temps à son décès.

Pour quelque chose de plus gai, on peut écouter ici un air d’un de ses opéras, Nina O Sia la Pazza per Amore : Nina, la Folle par amour ; ça commence bien. Mais je n’en sais pas plus sur l’intrigue…

Ci-dessous, Paisiello peint par Elisabeth Vigée-Lebrun en 1791.

 

Le chant comme art de vivre – Entretien avec Cécile Grellstein

Jeune cantatrice talentueuse, Cécile Grellstein est soprano grand lyrique et se produit en France et en Allemagne. Elle nous parle de sa passion du chant.

Depuis quand chantez-vous ?

Depuis toujours ! Disons que j’ai eu un éveil à la musique dès mon plus jeune âge. A 9 ou 10 ans, je suis rentrée dans la maîtrise du Conservatoire d’Orléans, dirigée par feu Toni Ramon. C’est de là qu’est né mon désir d’être chanteuse. Ensuite, j’ai pris des cours de chant lyrique à l’âge de 20 ans. Mais c’est seulement à l’âge de 23 ans que ma voix « lyrique » s’est confirmée.

C’est en année Erasmus à Berlin que vous avez poursuivi votre formation… Qu’y avez-vous appris ?

C’est là que j’ai rencontré un professeur qui m’a aidé à sortir cette voix lyrique. En fait, comme j’ai chanté longtemps en maîtrise, j’avais trops de “restes” de ma voix à cette époque. Or, passé 16 ans, après la mue la voix peut se développer davantage, prendre davantage de corps. C’est un long travail d’écoute, de maturation et de prise de conscience. C’est donc à Berlin que ce déclic a eu lieu.

Comment en êtes-vous arrivée à faire de cette passion votre profession ?

Il y a des moments dans la vie où il faut faire des choix pour avancer. J’avais, même en faisant mes études d’architecture, ce grand désir de faire du chant, mon métier, et cela à travers le monde de la scène – l’opéra. J’y trouve une joie, une pêche de vivre que je ne trouve nulle part ailleurs. Ce sont les raisons qui m’ont poussée à faire ce choix radical. Cela dit, la réalité de la vie nous rattrape aussi, et arriver à faire carrière prend du temps. Il suffit parfois d’une rencontre et la chance vous sourit !

Aujourd’hui, vous travaillez au sein d’un groupe particulier, ou « à la demande » ?

Je travaille à la demande.

Chantez-vous uniquement des opéras, ou également des airs sacrés ?

Je chante aussi bien le répertoire sacré, que l’opéra, le lied et la mélodie, du baroque à aujourd’hui.

Parmi les oeuvres que vous avez travaillées, lesquelles avez-vous préféré ?

Ce que je peux dire, c’est que j’aime interpréter des rôles forts, engagés.

Quels compositeurs abordez-vous?

Mozart,Verdi, Strauss, Wagner dans quelques années. Les compositeurs russes, comme Tchaïkovski. Berg, Puccini, tous les lied… Wolf, Schumann, Schubert, Schoenberg, Berlioz, Ravel, Poulenc – c’est splendide…. Britten. La liste est beaucoup trop longue pour tous les énumérer ! Bach, Gounod, Massenet…

Quelles cantatrices avez-vous pour modèle ?

La Callas, Julia Varady, Edda Moser, Leontyne Price, Renée Fleming, Karen Wierzba, Nathalie Dessay, Renata Tebaldi, Sena Jurinac, Régine Crespin, Anja Silja… « . Là encore, la liste est longue…

Avez-vous une oreille critique en écoutant les interprétations de ces cantatrices ? Cela vous permet-il de construire votre propre interprétation ?

Bien sûr. Parfois je m’en inspire aussi.

Avez-vous eu vous-même envie de composer des airs ? Ou, plus modestement, des chansons ?

Non, je n’ai pas ce talent. C’est un autre métier, complémentaire certes, mais je n’ai ni le génie ni la formation adéquate; ni l’intérêt. Je préfère travailler avec le compositeur et interpréter ses compositions.

Y a-t-il une réelle prédisposition à avoir une voix aussi « ample », ou est-ce uniquement le résultat d’un travail ?

Les deux ! Il y a différents types de voix : des voix légères, des voix lourdes, des voix souples, des voix avec une aisance à vocaliser, des voix longues, etc. Des voix graves, aïgues. D’où les appellations : soprane, mezzo, alti, contre alti… La voix se travaille : les cordes vocales sont des « muscles ». Donc on les travaille, on les assouplit. Tout cela se fait sur le souffle, et avec l’âge, les expériences de vie de chacun, leur personnalité, la voix évolue, s’ancre d’avantage dans le corps, s’étoffe, prend une pâte sonore etc. Ou alors, reste toujours pareille mais cela est rare.

Vous êtes soprano ?

Oui, soprano grand lyrique. Dans quelques années, je serais spinto ou dramatique. On verra comment évoluent les choses. En fonction de la nature de la voix, on aborde certains répertoires.

Quelle est la différence entre « grand lyrique » et « dramatique » ? Est-ce la nature du répertoire que l’on est plus apte à chanter ?

D’une part, mais aussi la couleur du timbre. Une voix dramatique a un timbre très sombre, beaucoup plus qu’un grand lyrique.

Comment trouver l’attitude physique adéquate à chaque interprétation vocale, dans les gestes, les expressions du visage ?

Tout d’abord, il y a la technique du chant qui doit être solide pour que l’interprète puisse concentrer son attention sur l’interprétation. Celle-ci se travaille, mes professeurs m’ont transmis certains conseils ou astuces notamment pour la musique du XIXe. A cela s’ajoute le style et le talent du chanteur.

Le plus difficile et le plus fantastique est, je pense, d’arriver à transmettre les émotions. Les gestes suivent, sauf si le metteur en scène impose des choses. Je ne crois pas qu’il faille trouver une attitude physique, mais plutôt l’émotion – ce que je veux transmettre, donner. La musique et le texte aident énormément à cela. L’attitude vient d’elle-même, et ne mettra pas la voix en danger. Bien sûr on peut aussi se servir de l’attitude physique comme aide à l’interprétation, mais le plus gros travail à faire est à l’intérieur de l’être, dans ses tripes.

Est-il difficile de régler la « pudeur » que l’on a dans son interprétation ?

On est impudique sur scène. Après, tout est une question d’équilibre.

Combien d’heures quotidiennes travaillez-vous le chant ?

Au strict minimum, une heure et demie bien souvent la matinée pour ce qui est du travail “vocal”. Mais travailler le chant n’est pas seulement chanter. C’est, par exemple, une lecture approfondie de la partition, un travail sur le texte, les émotions. Aller voir une expo, un concert, lire ; nourrir l’âme, l’intelligence, l’être. Et du coup embellir le chant, l’interprétation. Bref, c’est une vie, un art de vivre.

Comment êtes-vous parvenue à maîtriser le stress de la scène ?

C’est un apprentissage. Et c’est en ayant d’avantage confiance en ce que je fais. Mieux je suis préparée, moins je suis, a priori, stressée ; mais je fais comme si je ne le suis pas, je trompe mon monde. Cependant, le stress demeure et parfois apparaît dans la voix.

Où peut-on vous écouter prochainement ?

Fin 2010, à Berlin, j’ai un récital de prévu.

En juillet 2011, à Bourg-en-Bresse, dans une création de Jean-Claude Hemmerlin, Problème de Taille. C’est un défoulement lyrique.

Y a-t-il un endroit sur Internet où l’on peut vous entendre ?

Pas encore, bientôt. D’ici la mi-novembre, on pourra le faire sur mon site : http://www.cecilegrellstein.com

Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions.

 

Musique italienne – Galuppi

Baldassare Galuppi (1706-1785) devint en 1762 le maître de la chapelle musicale de Saint-Marc de Venise. Lui qui avait pourtant appris la musique avec son père, violoniste amateur, il fut un modèle pour nombre de ses contemporains, notamment Carl Philipp Emanuel Bach (le deuxième fils de Jean-Sébastien), qu’il rencontra à Berlin, et Joseph Haydn. Catherine II de Russie le nomma compositeur de la cour à Saint-Pétersbourg en 1765.

Appartenant encore au mouvement baroque, son oeuvres compte une douzaine d’opéras, bon nombre d’oeuvres religieuses, et toutes sortes de sonates, essentiellement pour clavecin. A écouter ici, un album de ses concertos, cette forme musicale née en Italie et composée de trois mouvements (souvent vif, lent, vif).

Personnellement je préfère les mouvements vifs (« allegro »), où l’exubérance baroque vénitienne est en fête, dans la continuité du grand Vivaldi.

Musique italienne – Monteverdi

Cette fois, découvrons ou redécouvrons ce qui est considéré comme le premier grand opéra moderne : l’Orfeo de Monteverdi (1567-1643), joué pour la première fois à Mantoue en 1607.

Vous connaissez sans doute l’histoire d’Orphée, cet homme qui va rechercher aux enfers sa femme Eurydice, et dont le chant réussit à émouvoir les dieux, les hommes et même les rochers.

Ici, au début de l’acte II, après son mariage et avant d’apprendre que sa femme a été mordue par un serpent, Orphée se promène dans la forêt. Les nymphes et les bergers l’appellent et lui demandent de chanter. A écouter ici.

 Ecco pur ch’a voi ritorno, / Care selve e piaggie amate, / Da quel sol fatte beate / Per cui sol mie notti han giorno.

Voici que je reviens à vous, / Chères forêts et prairies bien aimées, / Egayées du même soleil / Qui transforme mes nuits en jours.

Si cela vous intéresse, ici se trouve le livret de l’opéra. Et ci-dessous, même si ce n’est pas vraiment la même époque, Orphée ramenant Eurydice des enfers peint par Camille Corot. Une ambiance mythologique et onirique à savourer pour elle-même, comme pour son caractère fondateur, ne serait-ce que dans l’histoire de la poésie.