Un bébé est-il plus instructif qu’un cours de philo ?

(c) Pascal Campion

(c) Pascal Campion

« Arheu » : tel est le maître-mot dans la vie avec un bébé. On peut déplorer l’appauvrissement de la vie intellectuelle du parent. Il a moins de temps qu’avant pour lire une analyse politique ou un roman de Balzac, et c’est dommage ! Pour autant, si le bébé ne dispense pas un savoir, il apprend à son père et sa mère de nombreux enseignements sur la vie.

Il montre que le temps peut être riche de très petits et très importants événements (voir le billet précédent). Qu’il faut vivre dans le présent, sans regretter ni s’inquiéter. Il apprend que le temps partagé – en l’occurrence câlin ou jeu – n’est jamais du temps perdu. Il apprend la confiance et l’abandon, la gratuité. Il développe la patience. Petit lutin, il apprend combien la vie est fragile et précieuse (on en parlait ici). Il fait prendre conscience du caractère abstrait et donc parfois vain de la pensée intellectuelle. Car il fait apparaître la différence entre le savoir et la sagesse de l’adulte. Entre quelqu’un qui brille par ses connaissances ou qui rayonne par son discernement.

Le bébé relie au réel, au contingent, à l’imperfection, à l’effort, à l’amour. Il confronte les parents à leurs limites. Il élargit le cœur, filtre l’intelligence, adoucit la volonté. Du haut de ses quelques mois, il dispense bien plus qu’un cours de philo ou qu’une réflexion sur l’existence : un feu d’artifice de vie humaine.

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L’instinct maternel : mythe ou réalité ?

Voilà bien une notion qui fait débat. Est-ce qu’une mère qui prend soin de son enfant obéit à une tendance irrépressible, à un programme infaillible ? Ou n’est-ce qu’une construction sociale et psychologique ?

Histoire d’odeurs, d’hormones, d’attachement : les données scientifiques semblent prouver que cet « instinct » existe bien, comme chez les animaux. Exception faite quand la mère a un équilibre psychologique instable, sinon direction l’Hôpital Mère-enfant de l’est parisien qui permet de (re)construire le lien maman-bébé.

Pour autant, devenir mère ne donne pas le mode d’emploi pour le bout de chou : quelle maman a su sans réfléchir donner le bain à son bébé ou le moucher ? Heureusement que les bons gestes sont enseignés à la maternité ou dans les livres de puériculture. Les premières semaines, l’angoisse de la mère est le plus souvent présent : a-t-il trop chaud ou trop froid ? Pourquoi pleure-t-il ?

(c) Pascal Campion

(c) Pascal Campion

Un véritable apprivoisement est en cours, et au bout d’un certain temps, la maman (ou le père aussi, tout dépend du temps de fréquentation de l’enfant semble-t-il) n’a plus besoin d’éliminer les causes potentielles de pleurs, elle a repéré les différents cris et les indices – exemple : tête qui se tourne = besoin de sommeil -, à certaines exceptions près où toutes les hypothèses semblent soient exclues, soit insolvables. Notons que ce que je dis ici est un témoignage personnel, je n’ai pas interrogé toutes les mamans de Bosnie, Argentine et Sri Lanka.

En termes d’instinct maternel, il existe néanmoins une drôle de sensation d’empathie ou de compassion, qui fait que la maman souffre avec son enfant. J’ai été surprise de le découvrir : quand le bébé pleure, elle se sent mal (bon, sauf si c’est la 10e fois en une heure et qu’elle a plutôt envie de fermer la porte de la chambre de bébé, voire de mettre le garnement dans la machine à laver). Quand le bébé fait une apnée pendant son sommeil, elle suspend elle aussi sa respiration ; ou quand il tousse, elle l’aide mentalement à tousser. Étrange impression !

Autres découvertes : la mère ne râle pas quand il faut se lever la nuit – si elle a intégré cette éventualité auparavant -, car il n’y a pas de question à se poser pour elle, il faut y aller ! Lorsqu’il faut parler à ce petit être, elle ne réfléchit pas davantage : « mon chat », « mon lapin » surgissent comme si elle n’avait que dit cela de toute sa vie.

Pour autant, elle est tout à fait capable de ne pas penser à son bébé pendant plusieurs heures si par exemple elle est sortie à l’extérieur pour une tâche prenante.

Le degré de fusion avec le bébé varie d’une maman à l’autre. Ce qu’on appelle aujourd’hui le maternage proximal (allaitement prolongé, cododo, portage en écharpe, voire bain commun) peut l’influencer. Je ne suis pas spécialement fusionnelle mais je comprends que des mamans aient envie de passer des moments de communion avec leurs bébés, bénéfique pour les deux – à condition de savoir par la suite lâcher la bride.

L’écueil à éviter dans ce cas est peut-être de ne vivre que par et pour son enfant, ce qui peut s’avérer malsain – j’en avais parlé dans cet article. Il faut y prendre garde quand on s’aperçoit qu’on ne fait les soldes que pour habiller son bout de chou, et non plus soi-même – mais c’est vrai que le petiot change tout le temps de taille et donc de vêtements, héhé.

L’instinct maternel semble donc exister. Il ordonne de s’occuper de l’enfant mais ne dit pas forcément comment. L’empirisme est alors le plus souvent de mise ! Être mère donne des capacités insoupçonnées, mais pas illimitées.

Série « Mr. Selfridge » : le magasin de l’idéalisation

Henri Leclair, le directeur artistique français du magasin "Selfridges" - (c) ITV Studios

Henri Leclair, le directeur artistique du magasin « Selfridges » – (c) ITV Studios

Encore une série addictive ! Diffusée sur la chaîne britannique ITV depuis 2013, la série Mr. Selfridge créée par Andrew Davies débute en 1909. Un commerçant américain, le fameux et bouillonnant Mr Selfridge, lance un grand magasin de mode et de produits de beauté à Londres, à grands coups de publicité et d’invités de marque.

Comme dans les récentes et plaisantes séries en costumes Downton abbey, Grand Hôtel ou Velvet, les intrigues mettent en scène la famille du propriétaire et les employés de l’établissement. Au fil des épisodes, c’est le ballet des flucuations amoureuses, scandales, jalousies, guerre de 14 ou autres petits et grands événements qui s’entrecroisent au milieu de personnages attachants.

Dans Mr. Selfridge, on est ébloui par les étalages et vitrines du grand magasin, au fil des événements et des thématiques : un parfum phare au muguet, la grandeur de l’Empire britannique ou encore la douceur du chez soi espérée par le soldat. Les costumes et décors du film sont à la mesure de la perfection du décor du magasin, impeccable et rempli d’un paisible bourdonnement. Un établissement idéalisé et des images peut-être trop léchées ? Certes, mais un magasin est justement le lieu de l’idéalisation.

Dans une banale comédie romantique, Confessions d’une accro du shopping, réalisée par Paul John Hogan, l’héroïne avoue que ce qui lui plaît tant dans les magasins, c’est cette beauté permanente à portée de main (et parfois de bourse) ; un monde sans souci ni souffrance.

Un magasin est le lieu idéal d’un film d’époque où les images flattent le regard et font regretter le temps des gants, éventails, manteaux longs et chapeaux sublimes – qui concernaient néanmoins une minorité de la société. Remarquons que c’est aussi le lieu de la série espagnole Velvet ; Downton abbey se déroule dans une magnifique demeure et Grand Hôtel dans un luxueux hôtel. Pas laid !

En plus de constituer un joli décor, un grand magasin est pour la série Mr. Selfridge un espace de choix laissant fuser les désirs variés et l’amour de la vie. La troisième saison sera diffusée sur ITV à partir de ce 25 janvier : suivons la foule !

Nos parents, ces héros cachés

"Watching together" (c) Pascal Campion

« Watching together » (c) Pascal Campion

« Nos mères sont des héroïnes ! » déclarais-je à une amie lors du début de ma grossesse. Endurer nausées, faiblesse, douleurs de l’accouchement, et cela plusieurs fois, c’est de la folie ! Puis les nuits hachées, la fatigue, les pleurs du bébé, le stress… A vivre ces désagréments, mais aussi ces moments émouvants – naissance, premiers éclats de rire perlé ou encore émerveillement devant sa douce petite personne -, on pense à nos parents.

Eux aussi ont vécu cette attente mystérieuse, ce grand basculement, ces nuits épuisantes, ces jours charmants, cette croissance si rapide, la projection dans l’avenir. Ils ont été courageux, endurants, fatigués et heureux comme nous le sommes aujourd’hui.

Dans l’enfance, on tient comme habituel, normal et dû le temps que nous consacrent nos parents. Leur énergie éparpillée, leur disponibilité perpétuelle, leurs renoncements cachés sont considérés comme acquis à notre cause. L’expérimenter à notre tour fait jaillir l’admiration et la reconnaissance. Non, nos parents assidus et imparfaits n’ont pas été nos esclaves, mais des maîtres en générosité. Ils n’ont pas attendu de retour ni fait la comptabilité des tâches effectuées.

S’identifier à eux mesure la démesure de leur dévouement ; et tout ce dont nous ne pouvons nous rappeler, qui demeure le secret de leur vie de père et de mère.

Merci à eux !

La magie permanente

light-bulb-376921_640Quand le train redémarre après un trop long arrêt, on s’en émerveille. Comme on devrait s’émerveiller du fait que, dès qu’on a besoin d’eau, on tourne un robinet, et de l’eau potable – et même chaude si besoin – sort. On veut aller quelque part en France ou en Europe ? Quelques heures de TGV propre et silencieux, et on est là où quelques journées de cheval n’auraient pas suffi il y a deux cent ans. On veut voir son bébé in utero comme à travers une vitre, savoir si c’est une fille ou un garçon ? Une sonde à échographie. Les paroles d’une chanson oubliée ? Internet nous les chuchote. Un livre qu’on ne vend plus depuis trente ans ? Des mots tapés sur un site de livres d’occasion nous l’envoient.

Sommes-nous ébahis quand nous voyions en temps réel un évènement à l’autre bout de la planète ? Rions-nous de bonheur de sortant du tambour du linge propre que nous n’avons pas lavé ? Pleurons-nous de joie en voyant un être aimé à mille kilomètres nous parler via un écran ? Sourions-nous de soulagement en prenant médicaments et vaccins ? Crions-nous victoire quand notre titre de transport magnétisé nous ouvre, moderne sésame, l’accès au quai ?

Dommage.

Partons à la chasse aux baguettes magiques invisibles, aux petites fées électricité, aux formules cachées et aux miracles trop éclatants pour être reconnus.

L’identité personnelle au risque du web

Profils, avatars, pseudonymes… Le web crée de nouvelles identités virtuelles. Deux identités semblables coexistant difficilement, celle du web a tendance à absorber celle de l’usager. Ce qui l’oblige à être plus souvent en ligne.

Les affaires de vols d’informations et d’ursupations d’identité sur le web surgissent régulièrement dans l’actualité. « S’identifier » est aujourd’hui nécessaire pour accéder à un réseau social ou faire un achat en ligne. Deux identités semblent cohabiter, comme si nous étions en même temps deux choses différentes : la personne assise devant son ordinateur, et celle qui agit sur Internet.

Or, comme l’explique Marcello Vitali-Rosati, professeur de Littérature et culture numérique à l’université de Montréal, dans Égarements. Amour, mort et identités numériques (Hermann), quand l’internaute participe à un forum ou à un réseau social, il le fait en tant qu’agent du web. Comme l‘usager ne peut être à deux endroits en même temps, l’espace qu’il l’occupe devant l’ordinateur a tendance a être aspiré par celui du web, tout aussi matériel.

Le temps du web et le corps qu’on y possède semblent également happer la personne assise devant son écran. En effet, ce sont ses actions sur le web qui structurent et déterminent le temps devant l’ordinateur, selon Marcello Vitali-Rosati.

Source pixabay.com - creative commons

Source pixabay.com – creative commons

Fusionner avec l’identité virtuelle, ou se déconnecter

On se rend compte de la prééminence du corps virtuel lorsqu’on utilise le logiciel de vidéoconférence Skype. D’abord, celui-ci nous demande de créer un « pseudo », une seconde identité pouvant se déclarer « connectée ». Ce corps virtuel prévaut, puisque lors d’une conversation, ce sont les personnes telles qu’elles sont dans la vidéo qui agissent et se parlent.

Deux solutions s’offrent au corps devant l’ordinateur : soit il doit se laisser absorber par son identité virtuelle, soit prendre la place de celle-ci en se déconnectant définitivement.

Dans le premier cas, il ne reste qu’un corps unique qui agit dans et devant l’ordinateur. « Le medium devient transparent, nous ne sommes presque plus conscients du fait que nous sommes en train d’utiliser un outil » analyse Marcello Vitali-Rosati, qui ajoute plus loin : « Le mythe d’être toujours joignable consiste à demander au corps qui se trouve devant l’ordinateur (…) d’abandonner son espace et de prendre littéralement la place de son pseudo. »

Dans le cas le plus extrême, la volonté d’être exactement à la place de ce que nous sommes sur le web conduit à une poursuite éperdue de connexion. A l’inverse, la possibilité de fusion avec l’identité virtuelle conduit parfois à tenter de s’en protéger : par exemple, en mettant un faux nom sur Facebook..

La relation entre l’espace du web et l’adresse IP d’un ordinateur empêche toutefois une absolue séparation entre les deux espaces. Voilà de quoi nous faire réfléchir sur le temps que nous passons sur le web…

Imelda

Les caisses prioritaires, reflet de la société

safety-1st-bebe-a-bordLes femmes enceintes sont, dit-on, prioritaires pour s’asseoir dans les transports et passer devant à la caisse des magasins. La cause en est simple : si elles ne sont ni malades ni handicapées, elles sont pour autant fatiguées à cause du poids du bébé, de leur respiration accélérée (1) et de leur circulation sanguine plus difficile, devant faire éviter une station debout prolongée. Surtout, elles sont plus fragiles puisqu’elles portent un petit enfant.

Quelqu’un qui laisse sa place dans le métro à une femme enceinte s’incline plus ou moins consciemment devant une vie toute jeune. Ces règles de savoir-vivre incarnent donc un respect de la vie dans ce qu’elle a de fragile et de mystérieux. C’est là le beau symbole d’une civilisation évoluée, qui respecte, dans ce cas de figure, la vulnérabilité.

Malheureusement, ce comportement prévenant n’existe pas toujours. Le plus souvent par ignorance : dans une rame, tout le monde est plongé dans son journal ou son smartphone, ou encore, à une caisse, les gens ne se retournent pas pour vérifier s’il n’y a pas une femme enceinte ou tout autre personne fragilisée.

Pour autant, d’autres personnes font semblant de ne pas voir les femmes enceintes, par individualisme ou, disons-le, par sans-gêne, sans penser au petit bébé qui compte, lui aussi. Il ne s’agit pas dans ce billet de se plaindre ou de revendiquer (même si ce serait légitime), mais de se dire que les transports et magasins sont des petites sociétés en miniature où personnes généreuses et égocentriques se côtoient, selon leur éducation, leurs habitudes et leur humeur. Rien de nouveau sous le soleil (2).

(1) Le rythme cardiaque normal d’une femme enceinte équivaut à celui éprouvé pendant une marche rapide !
(2) L’Ecclésiaste 1,9.

 

A lire aussi : La grossesse, âge d’or de l’union corps-esprit

Pourquoi les séries sont-elles si addictives ?

Julio et Alicia, héros de la série "Grand Hôtel".  © Antena 3 Televisión

Julio et Alicia, héros de la série « Grand Hôtel ». © Antena 3 Televisión

Venant de regarder la série espagnole Grand Hôtel (1), je constate que ce qui rend le spectateur d’une série télévisée passionné et presque dépendant, n’est pas tant le suspense haletant de l’action.

Certes, l’histoire de Julio, jeune homme enquêtant en 1905 sur la disparition de sa soeur Cristina, employée du Grand Hôtel, va receler bien des rebondissements. Au long des épisodes, les révélations se multiplient, les meurtres s’enchaînent, les scandales éclatent au grand jour. Les cliffhangers en fin d’épisode, attisant le suspense et la frustration, constituent une technique de fidélisation on ne peut plus classique pour mener le spectateur par le bout du nez. Sans compter la musique à grands renforts de violons, qui suscite ouvertement l’émotion.

Les dizaines d’heures de vidéo pourraient essouffler l’histoire ainsi racontée. Après tout, ce sont toujours les mêmes personnages, souvent le même genre de scènes (découverte d’un indice/partage des informations/action extérieure). Mais c’est sans compter un fait : ce qui rend une série addictive, c’est son univers. Un univers attachant, indispensable à la série. Dans Grand Hôtel, il s’agit des nombreux personnages, dont les principaux sont souvent beaux et ambivalents, mais surtout des lumières, des costumes et des meubles de cet hôtel prestigieux, situé au bord de la mer, qui donne son unité à la série. Si l’action quitte le cadre de l’hôtel, la série n’a plus de raison d’être (ce qui supprime parfois le caractère inattendu de l’action).

Le spectateur trouve dans la série télévisée et dans sa longueur inégalée ce que le long-métrage de cinéma ne peut lui offrir : l’illusion de se plonger indéfiniment dans un univers de fiction qui lui plaît. De vivre avec les personnages comme s’ils vivaient, dans la durée, dans un cadre déterminé, sans toujours une fin programmée, en bref, comme dans une réalité fantasmée.

(1) Uniquement jusqu’à l’épisode 8 de la saison 3, car la suite n’a pas encore été diffusée en français. Cette série, créée par Ramón Campos, a été diffusée en Espagne sur Antena 3 de 2011 à 2013, et sur les chaînes françaises Téva et M6 en 2012 et 2013. Côté DVD, la saison 2 sera dans les bacs en France en août 2014.

 

A lire aussi : Le petit monde de Downton Abbey

Incommunicabilité du sentiment parental

Dessin de Pascal Campion.

Dessin (c) Pascal Campion.

Avant d’avoir des enfants, on a tendance à trouver les bambins bruyants et chronophages. Même quand les parents ne sont pas totalement tournés vers leurs petits – oubliant parfois leurs amis et leur vie propre -, on a l’impression qu’ils sont passés « de l’autre côté ». Ils gazouillent avec leur bébé, dans un attendrissement apparemment ridicule, font passer ses besoins en premier (repas à heure fixe, sieste…) même lorsqu’il y a des invités. Bref, ils ne donnent pas toujours envie de devenir des parents gâteux d’enfants énervants.

Et il y a l’après. Cet après peut commencer pendant la grossesse, quand on prend conscience de la fragilité de cet être qui tient au creux d’une main. Un accident de voiture, une chute, un surmenage, et le bébé délicat et remuant peut quitter ce monde. Sa vie est en jeu, principal jeu qui vaille la peine pendant quelques mois. Surtout, l’attendrissement gagne le futur parent, le regardant bouger et montrer ses traits sur l’échographie en 3D. Des traits singuliers, avec la bouche de son papa, les yeux de sa maman et le menton rien qu’à lui*.

Parce qu’il est justement l’enfant de ses parents, et uniquement d’eux, le sentiment parental, et l’affection animale et délicieuse qui l’enveloppe, sont incommunicables. Ils sont idiosyncrasiques, propres à la famille ainsi bâtie, tout comme le langage qui les unira pour quelques bonnes années.

 

* Ce détail n’est pas autobiographique…

La grossesse, âge d’or de l’union corps-esprit

Monsieur Platon peut définitivement ranger ses grands principes. Le dualisme corps-esprit est obsolète ! Corps et esprit sont indéfectiblement mêlés. Si j’ai mal, ce n’est pas « mon corps qui a mal », c’est simplement moi. Et l’on se rend particulièrement compte de cet entremêlement lors d’une grossesse.

Le corps se rappelle inévitablement à la femme, ne serait-ce que par ses bouleversements, parfois irréversibles, équivalents à ceux de l’adolescence. L’esprit de la femme apprivoise l’idée d’être mère grâce à son corps, d’échographies en petits coups du bébé dans le ventre. Le corps se rappelle aussi dans ses limites : fatigue, nausées, lourdeur. Il arrime l’esprit au sol, lui fait goûter l’apesanteur du petit enfant, aussi réel que sa mère.

C’est la femme toute entière qui est enceinte, non pas consciente de son corps, mais corps vivant (pour deux), corps animé du bonheur de l’attente, décloisonnant la femme-épouse-mère pour être les trois.

Vermeer, "Femme lisant une lettre"

Vermeer, « Femme lisant une lettre »