« Les cloches de Bâle » : Aragon militant

« Lecteur, il y a grand besoin de ta force, à toi, pour transformer le monde », lit-on page 426. Militant, l’auteur ? Un peu. Louis Aragon, lorsqu’il écrit ce livre en 1934, vient de s’éloigner des milieux surréalistes et tend vers le mouvement du réalisme socialiste.

Les cloches de Bâle est manifestement un roman à thèse. L’ouvrage se divise en trois parties et un épilogue, où sont opposées Diane de Nettencourt, bourgeoise profiteuse, et Catherine Simonidzé, jeune exilée géorgienne. Suite à la répresssion d’un mouvement social  d’horlogers à Cluses, celle-ci s’interroge, se rapproche des mouvements anarchistes et du monde ouvrier.

Ce roman-fleuve n’est pas totalement binaire ; l’auteur décrit avec précision les deux milieux – bourgeois et ouvrier – sans tomber dans la caricature extrême. Pour autant, la fin du roman décrit avec un oeil trop historiquement orienté ces années 1910, où les attentat sanarchistes, la grève des chaffeurs de taxi ou les méfaits de la bande à Bonnot semble nuancer fortement l’appellation de « Belle Epoque ».

Le récit du Congrès socialiste pour la paix de Bâle en 1912 – qui donne son nom au livre-, très lyrique, achève de donner une impression de malaise face à ce qui n’est plus un vrai roman, mais un texte inféodé à des idées politiques. Dommage, car l’ironie délicieuse qui parsème l’ouvrage aurait gagné à donner une vraie valeur à ce livre.

Une petite perle : « Ses cheveux qui se décoiffaient tout le temps, sa grosse moustache, sa robustesse de bistrot, il avait ce physique peuple avec lequel on réussit dans la politique de la Troisième République, quand on est intelligent. » Tout est question de regard.

Louis Aragon, Les Cloches de Bâle, 1934, rééd. Denoël collection Folio 2002

 

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Le roman du pauvre Lazare

Revenir de la mort, est-ce une seconde chance ou une épreuve ? Pour Lazare, homme devenu SDF après avoir mené une vie « normale », la question se pose. En effet, un sauveur généreux et arrogant, Georges, le tire mystérieusement de la misère. La fille ce ce dernier, Ludivine, lui réapprend à accepter le regard d’autrui.

Cependant, Lazare parvient difficilement à se reconstruire ; il survit en mort-vivant. S’il revient de la mort, c’est parce que le mendiant personnifie la misère, l’inexistence sociale et le néant. La peur que la société a des SDF peut s’apparenter à la peur de la mort, du vide. En même temps, un certain « goût des pauvres » ressurgit : curiosité médiatique, solidarité falsifiée, sympathie pour l’antisystème.

En enchevêtrant différents récits de Lazare – sa vie après la rue, ses souvenirs de jeunesse, sa vie familiale avant la rue, son périple de SDF -, le roman recolle les bouts d’une histoire triste, sans éclat ni effets de style, où l’affliction n’empêche pas le secret espoir d’un vrai sauveur.

Jean-Marc Bastière, Lazare est de retour, Ed. Stock, 2010

 

Le pétrole, soleil noir

Brut de Dalibor Frioux est l’un des « premiers romans » de cette rentrée littéraire les plus salués. Dans ce livre d’anticipation, l’auteur, jeune professeur de philo, présente un monde du XXIe siècle en pénurie, où seule la Norvège continue à puiser dans ses grandes ressources en pétrole. Dans ce pays privilégié, tout est irréprochable et éco-responsable. La Norvège distribue les millions du pétrole, réunis en un fonds éthique, dans des projets environnementaux ou de co-développement.

Mais la réalité n’est pas si blanche : des ouvriers meurent à cause des conditions de travail dans les installations pétrolières, un parti populiste prônant le pétrole-roi risque de gagner aux élections, des groupuscules exécutent des actes xénophobes. Le crépuscule des dieux arrive à petits pas.

Les différents personnages profitent de cet univers surprotégé (Katrin), se questionnent (Henryk) ou le rejettent (Jensen). Dalibor Frioux réussit de sa plume fluide et souvent pleine d’humour à moquer indirectement les travers de la société occidentale. On pense également à cette règle donnée aux jeunes sans travail : ils peuvent s’inscrire soit en tant que chômeurs, soit en tant qu’artistes. Un épais roman ambitieux et réussi.

On peut voir la présentation de l’auteur ici, et l’écouter dans cette émission de France Inter.

Dalibor Frioux, Brut, Seuil, 493 pages. En vente depuis le 18 août 2011.

Makine, le dentellier des amours éternelles

 

« Grâce à elle, je compris soudain ce que signifiait être amoureux : (…) éprouver la bienheureuse inaptitude à réduire la femme à elle-même. » Il s’agit de la premier femme dont le narrateur est tombé sous le charme. En huit épisodes, il évoque des rencontres échelonnées dans l’URSS depuis les années 1960 jusqu’à la fin de l’empire soviétique. Celle qui le « libéra des symboles », « celle qui a vu Lénine », ou celle qui est avec lui « prisonnière de l’Eden », dans une magnifique et stérile pommeraie…

André Makine, érivain franco-russe qui obtint le Prix Goncourt et le Prix Médicis en 1995 pour Le Testament français, signe ici un livre à partir d’éléments peut-être autobiographiques, et avec un style toujours fin et poétique. On a envie de surligner chaque phrase, tant le réalisme des détails, l’acuité du regard et la légèreté de la lumière épousent la part idéologique – ou plutôt anti-idéologique – de l’oeuvre.

Car ces amours, platoniques ou charnelles – dépassant même ces catégories -, vont peu à peu dessiller son regard sur les illusions de la propagande et du soviétisme. C’est à l’occasion des ces amours libératrices que la vérité se fait jour. Ainsi la jeune Vika lui montre en deux phrases que la doctrine n’a pas de rapport avec le bonheur. Alentour, « la tiédeur de mars avait brodé un filigrane de glaces fondantes, une dentelle de rosaces que j’arrachais et qui se brisaient entre mes doigts au moment même où mon amie apercevait leur beauté constellée. » 

Pour autant, l’amour n’est pas à ce point un échappatoire, qu’il serait isolé du temps et du lieu où il fleurit. Juste avant la chute du mur, le narrateur explique à Kira, une activiste dissidente qu’il a connu enfant à l’orphelinat : « Comment lui expliquer que dans le passé de ce pays qui s’en va pour toujours, il y a aussi notre enfance : monté sur des gradins, au milieu d’un grand parc couvert de neige, je vois les élèves, (…) et à l’écart des autres, déjà rétive à la discipline, marche cette petite fille que je reconnais à son bonnet rouge. Il faudrait donc rejeter ce souvenir-là. »

Aussi la nostalgie cristallise ces amours sans suite, dans la beauté d’une glace polie par le temps. Un chef-d’oeuvre !

Le Livre des brèves amours éternelles, Seuil 2011

God save the Queen

Evoquer la crise de la monarchie britannique à l’été 1997, le silence de la Reine après la mort de Lady Diana – alors que ladite Reine est encore sur le trône en 2006 -, était en soi audacieux. Mais ce que met en évidence Stephen Frears dans son très beau film The Queen, c’est le rôle de la reine. Selon Walter Bagehot dans son essai sur The English Constitution en 1867, il consiste à « conseiller, encourager et avertir » le gouvernement. Alors que la population anglaise et la presse réclament que la reine s’exprime publiquement et que les funérailles de Diana soient nationales, c’est le premier ministre Tony Blair (joué par un Michael Sheen qui crève l’écran, photo) qui vient conseiller la reine. Les rôles s’inversent le temps de la crise.

Parallèlement, Elizabeth II évoque un « shift in values », un bouleversement des valeurs : jusqu’ici, elle n’exprimait pas ses sentiments en public, surtout à l’occasion d’un membre n’appartenant pas à la famille royale. Lady Diana avait en effet divorcé l’année précédente du Prince de Galles, l’héritier ; et l’on connaît aussi le conflit qui existait entre la famille royale et elle. Aussi la reine est-elle elle-même bouleversée. Le film montre bien le dilemme qui lui apparaît, et sa capitulation finale au souhait de la population anglaise. Représentante de la nation, la reine doit-elle incarner un idéal national ou la réalité d’un peuple ? Le travail que la reine fait en elle provoque la juste admiration de Tony Blair.

Une photographie superbe (ah, ces Britanniques) et une musique remarquable, composée par le même Alexandre Desplat qui fit celle du Discours d’un roi, placent ce long-métrage dans un écrin d’exception. A revoir.

 

Revue de presse du 14 au 20 mars

La semaine politique française a agité trois questions :

– Les élections cantonales de dimanche : un premier tour avec une abstention record de 55 %, un PS en tête et une forte poussée du FN, et des consignes de vote de l’UMP contradictoires en cas de duel PS-FN, ce dernier parti étant présent dans 402 cantons au second tour (sur 2023).

– La question du nucléaire français face à l’accident nucléaire au Japon :  tandis qu’Europe Ecologie propose un referendum et que le PS relance le débat, Nicolas Sarkozy a défendu la qualité du nucléaire français.

– La question de l’immigration revient, entre visite de Marine Le Pen à Lampedusa et propos controversés de Claude Guéant, Ministre de l’Intérieur.

 

Suite bientôt…

Revue de presse du 7 au 13 mars

Voici l’actualité politique française et internationale de la semaine dernière. Bonne lecture !

France

Le procès Chirac reporté

« Le renvoi du procès de Jacques Chirac pour une question de procédure suscite de vives critiques en France, surtout de la part de l’opposition, même si l’un de ses avocats dit l’ancien chef de l’Etat prêt à comparaître en septembre. (…) La date du 20 juin a été retenue pour fixer éventuellement une nouvelle date pour le procès, qui pourrait être lointaine compte tenu de divers aléas judiciaires et politiques. » (Agence Reuters) « Au procès des emplois fictifs de la Ville de Paris, la défense a sorti de sa manche une « question prioritaire de constitutionnalité » (QPC) contestant une jurisprudence de la Cour de cassation sur la prescription des délits. » (AFP, 10 mars)

La petite phrase de Chantal Brunel

« Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP), a jugé ce mercredi que la députée de son parti Chantal Brunel avait « dérapé » en proposant de « remettre dans les bateaux » les immigrés « qui viendraient de la Méditerranée ». » (Le Figaro, 9 mars) Le Premier ministre a également désapprouvé cette affirmation, ainsi que la plupart de la classe politique.

Marine Le Pen au coeur des débats

Après la publication de sondages donnant Marine Le Pen potentiellement au premier tour de la présidentielle, politiques et médias réagissent vivement. « Nicolas Sarkozy a menacé d’exclusion les membres de l’UMP qui appelleraient à un accord lors des élections cantonales. En revanche, le chef de l’Etat s’est montré plus que réservé sur la constitution d’un «front républicain» contre le FN, alors que des personnalités de l’UMP (le président du sénat, Gérard Larcher, et la ministre de l’Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet) ont clairement dit qu’ils appelleraient à voter pour le candidat socialiste en cas de duel PS/FN au deuxième tour des cantonales. » (Le Figaro, 10 mars) Une interview de Marine Le Pen prévu le 14 mars sur Radio J (station de la communauté juive) a été annulé suite à des pressions, mais un autre devrait être prévu.

Annuler les primaires PS ?

« La fronde prend de l’ampleur au parti socialiste où les partisans de l’annulation des primaires sont de plus en plus nombreux. A l’origine de ce mouvement, Michel Vauzelle qui a lancé une pétition déjà signée par 17 000 personnes. Pour le président socialiste de la région Paca, « le parti socialiste doit faire un effort de rassemblement en supprimant des primaires qui vont diviser ». Martine Aubry veut garder les primaires selon le calendrier fixé, avec des élections en octobre.

Le conseiller à la diversité limogé

« Nicolas Sarkozy a mis un terme aux fonctions de son conseiller en charge de la diversité Abderrahmane Dahmane, d’après une information de l’AFP. Ce dernier avait sévèrement critiqué la veille le débat sur la laïcité et l’islam voulu par la majorité, lors d’une réunion de musulmans proches de l’UMP à la Mosquée de Paris. » (Nouvelobs.com, 11 mars)

Assassins de policiers : pas de déchéance de nationalité

« L’Assemblée a supprimé mercredi l’extension de la déchéance de nationalité aux assassins de policiers, directement inspirée par le discours prononcé l’été dernier à Grenoble par Nicolas Sarkozy, lors de la deuxième lecture du projet sur l’immigration. » (AFP, 10 mars)

 

Monde

Japon : séisme et risques radioactifs

Vendredi 11 mars, un puissant séisme (9 sur l’échelle de Richter) et un tsunami dévasteur ont frappé le Japon et rayé de la carte des villes entières. Tremblement de terre le plus violent au Japon depuis 140 ans, il pourrait avoir tué 10 000 personnes selon un bilan provisoire. Une autre catastrophe menace : un accident nucléaire majeur, suite à deux explosions dans la centrale nucléaire de Fukushima.

Libye : les pro-Khadafi avancent, l’UE réfléchit

Les forces du régime progressent vers Benghazi, siège de la rébellion dans l’est de la Libye, après avoir reconquis de nouvelles villes ( Ben Jawad, Ras Lanouf…) à coups d’obus et de raids aériens. Samedi, les ministres de l’Union européenne réunis à Bruxelles sont restés prudents face à une éventuelle action militaire en Libye. Seuls Paris et Londres ont évoqué la possibilité de frappes aériennes « ciblées ». Paris souhaite surtout l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne, et va fait entendre sa voix au G8 réuni à Paris les 14 et 15 mars. La Ligue arabe soutient cette option. La France a également reconnu la légitimité du CNT (Conseil national de transition) de l’opposition libyenne.

Les affrontements s’intensifient en Côte d’Ivoire

De violents affrontements entre les partisans d’Alassane Ouattara et ceux de Laurent Gbagbo ont fait huit morts samedi dans le quartier d’Abobo, à Abidjian. On commence à parler de « guerre civile » dans ce pays, qui compte déjà 400 morts. L’Onu s’est dit prêt à sanctionner ceux qui empêchent une solution pacifique à la crise. Une réunion de l’Union africaine en Ethiopie a confirmé Ouattara comme président de Côte d’Ivoire.

Yémen : la contestation continue

« Des policiers yéménites postés sur les toits ont ouvert le feu et jeté des gaz lacrymogènes dimanche sur des manifestants qui campaient près de l’université de Sanaa, faisant plus d’une centaine de blessés. (…) Depuis plusieurs semaines, des manifestants réclament le départ du président Ali Abdullah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans. Ce dernier refuse de partir même s’il a promis de ne pas se représenter et tenté de rassurer l’opposition. » (Nouvelobs.com, 13 mars)

Réforme constitutionnelle au Maroc

Le roi Mahommed VI anticipe une éventuelle révolte. « Le 9 mars, dans un discours télévisé, il annonçait une réforme constitutionnelle en sept points qui permettrait au pays, entre autres, d’avoir un Premier ministre « chef d’un pouvoir exécutif effectif ». En clair, Mohammed VI propose, ni plus ni moins, de devenir, à terme, le souverain d’une monarchie parlementaire.  » (Le Point, 10 mars)

Le dalaï-lama se retire de la politique

« « Cela fait dix ans que le dalaï-lama prépare son retrait politique, se qualifiant régulièrement de « semi-retraité » de la politique, pour laisser son gouvernement en exil prendre entièrement les affaires en main, en se passant de lui. Les violentes révoltes au Tibet en 2008 l’ont poussé à reprendre du service en appelant au calme et à la non-violence mais il continue à préparer l’avenir politique des Tibétains en exil. (…) Les élections du premier ministre sont en cours en ce moment à Dharamsala où le gouvernement est en exil depuis 1959. » (La Croix, 10 mars)

Nouveau premier ministre en Irlande

« Le dirigeant du Fine Gael (centre-droit), Enda Kenny, a été comme prévu désigné mercredi Premier ministre irlandais par le nouveau Parlement issu des dernières élections législatives. (…) Enda Kenny a estimé durant la campagne électorale qu’il fallait renégocier les termes du plan d’aide, afin de le rendre plus supportable pour l’économie irlandaise déjà confrontée à un taux de chômage de plus de 13%. » (Nouvelobs.com, 9 mars)

 

Revue de presse du 14 au 20 février 2011

La bonne nouvelle de la semaine

Lancement réussi pour le 200e vol Ariane

« Lancé mercredi lors du 200e vol d’une fusée Ariane, le deuxième cargo automatique européen, l’ATV Johannes Kepler, a rendez-vous d’ici une huitaine de jours avec la Station spatiale internationale (ISS) pour lui livrer oxygène, vivres, vêtements et carburant. » (AFP, 16 février)

Politique

MAM : des révélations en chaîne

« L' »affaire MAM » a rebondi mercredi, avec de nouvelles révélations sur un bref coup de fil au président Ben Ali en pleine révolution et une transaction immobilière entre les parents de la ministre et M. Miled, proche de Ben Ali. (…) Jeudi matin, l’opposition a ostensiblement boycotté une audition de la ministre devant la commission des Affaires étrangères du Sénat. » (AFP, 17 février) Mais Nicolas Sarkozy la soutient et elle n’envisage pas de démissionner.

DSK : ira, ira pas ?

« L’annonce de son éventuelle candidature [à la présidentielle] n’est pas encore pour tout de suite. Sans surprise, Dominique Strauss-Kahn a réaffirmé dimanche que sa mission au Fonds monétaire international (FMI) occupait tout son temps. » (20minutes.fr, 20 février)

Une semaine plus tôt, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Christian Jacob, a dit à propos de DSK : « Ce n’est pas l’image de la France, l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, celle à laquelle je suis attaché ». Ce propos a créé la polémique ; ainsi le PS Pierre Moscovici a jugé ces propos dignes de « Pétain ».

Florence Cassez, une affaire d’Etat

« Le gouvernement mexicain a de nouveau rejeté jeudi la demande de Paris de transférer en France Florence Cassez condamnée à 60 ans pour complicité d’enlèvement et séquestration. ‘affaire Cassez a tourné à l’incident diplomatique entre la France et le Mexique. Mexico a annoncé lundi soir son retrait de l’année du Mexique en France pour protester contre la décision du président français, Nicolas Sarkozy, de dédier les 350 manifestations à la jeune femme. » (Le Point.fr, 17 février)

Prochain débat sur la laïcité

« Nicolas Sarkozy a missionné l’UMP pour lancer début avril une convention sur la laïcité et la place des religions, dont la question centrale sera les prières dans la rue. Le sujet est sensible, mais central pour Sarkozy, inquiet de la progression dans les sondages de Marine Le Pen, créditée de 16 à 18% d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle. » (Le Parisien.fr, 18 février)

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La musique, monde en soi – Entretien avec Rémi Escalle (3/3)

Dans la fin de cet entretien, Rémi Escalle, étudiant en musicologie,  évoque de manière approfondie la musique dite classique et celle dite baroque, la diversité des traditions musicales, le courant minimaliste, les musiques de film et l’accès à la pratique et à l’écoute musicale.

Mondonville (1711-1772), à la charnière du baroque et du « classique »

 

  • Quelle distinction peut-on faire entre la musique classique et la musique baroque ? Finalement, que recouvre le terme « musique classique » ?

« Musique classique » est une expression très intéressante. Tout le monde l’utilise mais personne ne sait au juste ce qu’elle veut dire. On dit souvent « musique classique » pour lui donner une légitimité particulière, l’asseoir face aux « musiques populaires ». C’est un préjugé classique des cultures qui en sont venues à écrire leur musique..

En Inde, ils ont une tradition au moins aussi riche que la nôtre, avec des compositeurs, des maîtres réputées et des traités théoriques aussi vastes que les ensembles de textes religieux hindouistes. Pour jouer un beau râga indien, il faut quinze ans d’apprentissage ; c’est quelque chose de particulièrement technique, de très pensé. Il y a aussi un solfège, avec des gammes, des « bémols », des techniques de compositions à apprendre, des techniques d’improvisation extrêmement complexe. Une très grande richesse qui passe par l’écrit : on parle alors de musique « classique » indienne karnatique ou hindoustanie pour l’opposer aux musiques rituelles non-écrites de ce mêmes régions par exemple, aux structures moins aisément identifiables.

Concernant la question de la tradition musicale, on pourrait le vocable « musique classique » pourrait se justifier en Occident du point de vue qui la pratiquent, éventuellement, car elle renvoie à certains « clichés » musicaux. D’un point de vue historique, cela pose cependant problème. J’avais même un professeur d’histoire de la musique qui soutenait de manière particulièrement convaincante que la musique « classique », d’un point de vue historico-musicologique, n’existe pas. Il ne parlait jamais de musique classique. En effet, qu’entend-on par musique « classique » lorsqu’on cherche à la situer sur les frises des conservatoires ? On la se situe de 1750 à 1800 environ. On se retrouve alors avec trois compositeurs estampillés vrais « classiques », Mozart, Haydn, Beethoven. On est bien embêté : trois compositeurs, cela ne fait pas beaucoup pour une période de presque 70 ans, dans laquelle il se passe beaucoup de choses, où Kant écrit sa Critique de la Raison Pure tandis que l’on publie les premiers romans et poèmes « gothiques », tels ceux de Young. Ainsi Schubert, où le classe-ton ? Il meurt un après Beethoven (en 1828), pourquoi en faire un romantique, tout en excluant son illustre aîné ? C’est difficile à comprendre.

Aussi mon professeur soutenait que l’on peut qualifier l’esthétique de Mozart, sans aucune connotation péjorative, de « musique galante ». Si l’on veut qualifier la période baroque d’un point de vue esthétique, c’est la ligne de basse qui est fondamentale – l’accord chiffré supportant la ligne vocale ou instrumentale, très ornée et souvent en grande partie improvisée. Subsistait également le contrepoint hérité de la Renaissance, qui était un genre distinct, qui alternait avec des formes plus libres ou les suites de danses. En musique baroque cohabitent des formes très libres et de formes extrêmement contraignantes comme le contrepoint, et des d’autres formes, par exemple la suite de danses.

Cependant l’écrit a peu à peu figé les ornements, sur le même modèle que les techniques de compositions contrapuntiques (telles que le canon ou la fugue) qui étaient tout d’abord improvisées par les organistes (notamment en Flandres) et qui ont peu à peu fait l’objet de règles de plus en plus strictes et même de traites extrêmement complexes. Certaines suites de danses ont alors fini par intégrer des notions contrapuntiques, et des formes nouvelles sont nées, comme les partitas pour clavier de Bach, hybrides étranges qui à la fois lorgnent vers la sonate et sont en même temps les derniers témoins d’un style d’écriture déjà dépassé.

A l’époque que l’on appelle usuellement classique c’est l’expression mélodique qui va de nouveau primer, mais cette fois-ci sous une forme entièrement écrite et intégrée à l’harmonie, bien loin de la liberté qu’offraient les schémas baroques. La fugue demeurera, mais non comme genre à part entière. Alors pourquoi parler de style galant ? Parce que cette liberté mélodique retrouvé, bien qu’entièrement indiquée sur le papier, n’a rien à voir avec une quelconque théorie du classicisme : bien au contraire, il y a une évolution continue, continue, contiguë à celle des cours d’Europe qui employaient les musiciens à la même époque. De nombreux compositeurs qui sont à cheval entre la période baroque la période galante.

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Revue de presse du 31 janvier au 13 février

Etant partie en vacances la semaine dernière, je couvre les deux semaines pour dans revue de presse. Ci-dessous, les événements politiques et sociaux.

Pour trouver un peu de douceur dans ce monde de brutes, vous trouverez un article du Point sur la pâtisserie française ici.

Politique

Polémique : les voyages de MAM et de Fillon

« La ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie s’est à nouveau défendue, au lendemain de la révélation par le Nouvel Observateur de l’existence d’un deuxième vol effectué par la ministre à bord d’un jet privé, appartenant à un proche de l’ancien gouvernement tunisien, lors des vacances de fin d’année. » (Le Monde, 6 février) Le chef de file des députés socialistes Jean-Marc Ayrault a réclamé sa démission, ainsi que deux candidats aux primaires présidentielles du Parti socialiste, Arnaud Montebourg et Manuel Valls.

C’est ensuite François Fillon qui a été mis en cause pour avoir passé ses vacances de Noël en famille en Egypte, payées pour partie par le gouvernement Moubarak. Le Président Sarkozy a alors « rappelé à l’ordre ses ministres en leur demandant de « privilégier » la France pour leurs vacances et d’obtenir une autorisation spéciale au plus haut niveau pour tout séjour à l’étranger. » (AFP, 9 février)

Fronde des magistrats

« Après la mise en cause, par Nicolas Sarkozy, des magistrats nantais dans l’affaire Laëtitia, toutes les professions de justice ont manifesté hier. À Nantes, ils étaient entre 2 000 et 3 000 à demander des moyens. » (Ouest-France, 11 février) « Le ministre de la Justice Michel Mercier communique lundi aux magistrats les conclusions des enquêtes administratives sur l’affaire Laëtitia. Un rapport montrerait un taux d’absentéisme de 32% dans le service de probation qui gérait le dossier de Tony Meilhon, le meurtrier présumé de la jeune femme. » (Le Figaro, 13 février)

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