Le temps du bébé

(c) Natalie Ann Photography

(c) Natalie Ann Photography

En douze mois, un vagissant nourrisson apprend à se retourner, s’asseoir, marcher à quatre pattes et parfois à deux, gazouiller, babiller, tenir biberon ou cuillère, jouer et dire « Papa » et « Maman ». « Cela passe si vite » se désolent beaucoup de parents, qui rêveraient de suspendre le temps et de mieux profiter des premiers mois de leur bout de chou. Pour celui-ci, le temps est plutôt long : chaque jour a une durée très importante comparativement à sa courte vie ! Pour notre fils de 6 mois (ce n’est pas lui sur les photos), un mois est actuellement aussi « long » que quatre ans pour ses parents.

Et si entrer dans la temporalité du bébé était la clef de cet univers enfantin ? Une journée compte 86 400 secondes. Quelques-unes pour lire une histoire d’animaux à son enfant ou pour le serrer contre son cœur, comptent sans doute plus que celles où le bébé s’agite dans un coin de la pièce comme un élément du décor.

Bien sûr, il ne s’agit pas de consacrer toutes les secondes de la journée à son enfant : la parentalité n’est qu’une facette de la vie. De plus, la mère qui soupire sur l’enfant qui grandit ne regrette-t-elle pas le temps où il était dépendant d’elle, où elle son enfant était si petit et docile ? Craquer devant son bébé malhabile et confiant est une chose, se réjouir de sa différence et de sa prise d’autonomie est encore plus beau !

La technologie moderne permet d’immortaliser les si jolis premiers mois d’une existence (comme l’astucieux cahier « Moi par mois »). Il offre à l’adulte l’image inconsciente et réelle du début de sa vie, où la mémoire est si émergente. Surtout, il montre combien la vie est mouvement. C’est un trésor qui se donne et que les mains ne retiennent pas.

Le roi, la reine et le tyran

3210792879_1_6_oESysq8S

A première vue, une famille constituée de deux souverains et d’un tyran ne semble pas partir d’un bon pied. C’est pourtant le schéma classique d’une famille avec un bébé.

Se marier et avoir un enfant fait de chacun un roi ou une reine. Le conjoint – guidé par le sentiment amoureux, certes – choisit entre mille. Cette élection, préférence ultime, se poursuit de manière plus consciente chaque jour de la vie, avec ses riches heures et ses imperfections.

Quant à l’enfant, si vous êtes la mère, vous n’êtes rien moins que tout pour lui, au début. Il vous confond même avec lui-même puisque, sorti à l’air libre, il tente de retrouver la voix et l’odeur de celle dans laquelle il vivait in utero. En fusion avec vous, il vit son premier grand amour. Au fur et à mesure qu’il prend conscience de son individualité, vous demeurez sa référente. Père, vous passez vers 6 mois au statut de « substitut maternel » (1) à celui de père, désigné par la mère.

Ce flot d’amour conjugal et filial fait de vous la personne préférée, chérie, la meilleure. Une des conséquences de ce bonheur : une revanche aux manques d’amour vécus auparavant, de l’école aux groupes variés.

Et le tyran, dans tout ça ? C’est le petit lutin en layette qui réclame avec force cris ce qu’il désire. Evidemment, depuis sa conception, tout lui arrive tout cru dans la bouche : air, nourriture, tendresse… Il se pense sincèrement tout-puissant et la frustration le fait beaucoup souffrir. Mais au fil des mois, l’autorité, cette force bienveillante, lui fait comprendre qu’il doit se garder des dangers et respecter les autres. A partir de deux ans environ, il dit non pour se différencier de l’adulte et prendre son autonomie. C’est le moment de poser plus clairement les limites, le libérant ainsi de l’angoisse par sa toute-puissance. C’est la fin (théorique…) de la tyrannie !

(1) Boris Cyrulnik, Sous le signe du lien. Une histoire naturelle de l’attachement, Hachette littératures

Nos parents, ces héros cachés

"Watching together" (c) Pascal Campion

« Watching together » (c) Pascal Campion

« Nos mères sont des héroïnes ! » déclarais-je à une amie lors du début de ma grossesse. Endurer nausées, faiblesse, douleurs de l’accouchement, et cela plusieurs fois, c’est de la folie ! Puis les nuits hachées, la fatigue, les pleurs du bébé, le stress… A vivre ces désagréments, mais aussi ces moments émouvants – naissance, premiers éclats de rire perlé ou encore émerveillement devant sa douce petite personne -, on pense à nos parents.

Eux aussi ont vécu cette attente mystérieuse, ce grand basculement, ces nuits épuisantes, ces jours charmants, cette croissance si rapide, la projection dans l’avenir. Ils ont été courageux, endurants, fatigués et heureux comme nous le sommes aujourd’hui.

Dans l’enfance, on tient comme habituel, normal et dû le temps que nous consacrent nos parents. Leur énergie éparpillée, leur disponibilité perpétuelle, leurs renoncements cachés sont considérés comme acquis à notre cause. L’expérimenter à notre tour fait jaillir l’admiration et la reconnaissance. Non, nos parents assidus et imparfaits n’ont pas été nos esclaves, mais des maîtres en générosité. Ils n’ont pas attendu de retour ni fait la comptabilité des tâches effectuées.

S’identifier à eux mesure la démesure de leur dévouement ; et tout ce dont nous ne pouvons nous rappeler, qui demeure le secret de leur vie de père et de mère.

Merci à eux !

Le regard extérieur met à jour le bonheur

(c) Pascal Campion

(c) Pascal Campion

La venue d’un enfant apporte le meilleur (petite présence vivante et fondante) et parfois le pire (fatigue et inquiétudes répétées). Dans le flot de cette vie qui s’agite, réclame à manger, s’endort, gémit, sourit, s’étire, prend son bain, grogne, se promène dans le landau et contemple son entourage, le parent est emporté. Vivant au rythme du bambino, il n’a guère le temps de prendre une vraie pause.

Tout le monde le complimente sur son enfant : « Qu’il est mignon ! » s’exclament les invités ; « Il a l’air en pleine forme » se réjouit le médecin. Certes, mais ce ne sont pas eux qui se lèvent à 5 heures du matin pour donner le biberon, se demandent s’il ne va pas s’étouffer avec son nez encombré, le portent ou le surveillent du matin au soir, jonglent avec le bébé, le landau et les sacs de courses au moment de regagner leur appartement.

Eux, les gens de l’extérieur, contemplent la petite famille avec plaisir, le tableau charmant du bout d’chou au visage arrondi et aux petits gestes saccadés craquants. Ils regardent avec envie le pyjama de velours et le petit éléphant en peluche, le sommeil confiant du bébé dans les bras des parents. La vie avec un enfant leur semble merveilleuse, soit qu’ils ne la connaissent pas encore, soit qu’ils en aient oublié les aspérités, soit qu’ils la pensent meilleure et plus verte que dans leur pré.

C’est alors que le parent, trop fatigué pour s’émerveiller continuellement de l’enfant pleurant dans ses bras, prend conscience de ce bonheur qu’il vit tout en tendant à l’ignorer. Il voit dans le regard des autres le bonheur de ces jours si particuliers. Il y contemple le reflet d’une joie qu’il ressent au fond de lui, malgré les contraintes quotidiennes. Il se rend compte de la beauté de son existence où une petite vie croît, chair de sa chair passant du sourire aux larmes, innocence humaine paisible et délicatement incarnée, amour rempli de promesses.

Sac à main ou sac à langer ?

(c) Pascal Campion

(c) Pascal Campion

Une chose est certaine : dans les premiers mois de sa vie, un nouveau-né exige une attention de jour et de nuit. C’est dans les biberons et les câlins de cette période qu’il puisera la sécurité affective dont il aura besoin à l’heure future des interdits et des frustrations. La venue d’un enfant bouleverse les priorités (on rappelle l’amie plus tard quand le bébé crie à pleins poumons), les habitudes (on repère les escaliers difficiles pour le landau) et l’emploi du temps (on se couche après le dernier biberon du soir).

Malgré cette présence chronophage et délicieuse, les nouveaux parents doivent trouver l’équilibre qui ne fera pas d’eux uniquement des parents. Un objet symbolise l’aternative possible : le sac. Une mère emporte généralement, lorsqu’elle emmène son enfant pour une sortie de quelques heures, un biberon, du lait, une couche, des carrés de coton, la tétine, un gilet supplémentaire s’il fait froid, entre autres.

Deux choix s’offrent à elle : ou prendre le sac à langer avec les affaires du bébé, et ajouter les siennes (portefeuille, clés, portable, baume à lèvres…). Ou bien prendre son sac à main habituel et y ajouter une pochette avec les affaires du bébé (si cela rentre), à moins de prendre le sac à langer à côté. Dans le premier cas, son statut de mère prend le dessus. Dans le second, elle dissocie son rôle de femme et son rôle de mère, le premier contenant le deuxième.

Car pour être une bonne mère, c’est-à-dire une mère aimante (et faillible), elle doit en premier prendre soin d’elle-même, et de son couple. Si elle ne dort pas suffisamment ou est déprimée car elle ne voit personne, elle aura plus de difficultés à prendre soin de son enfant. Si sa relation avec son mari est tendue, l’enfant le ressentira également !

Des dispositions lui permettront de mettre le sac à langer dans le sac à main et non l’inverse, par exemple en prenant le temps de lire ou d’acheter des vêtements pour elle, pendant que son mari prend le relais auprès du bébé. Ou encore aller au restaurant avec son époux et le landau à côté (où l’enfant trop dort). De quoi mieux profiter ensuite de ces semaines si particulières avec un mini bébé !

Neuf mois : qu’est-ce qu’on attend ?

(c) Pascal Campion

La grossesse n’est pas l’attente d’un enfant. Car l’enfant est déjà là, caché et lové. Visage flou et membres mouvants, quelle que soit sa taille, il est vivant et présent.

L’attente d’un enfant est l’attente de la naissance, de la délivrance. Il est l’attente de la fin de cette phase de fusion et d’inclusion, inédite, longue (le temps d’une année scolaire, le temps d’apprendre que tout va changer) qu’est la grossesse. Neuf mois pour apprendre que mère et enfant vont se séparer.

Neuf mois pour passer d’un investissement physique très important (pas d’alcool ni de lait cru, des vêtements adaptés, on ne dort plus sur le ventre, on travaille moins, on bouge moins, on court les rendez-vous médicaux)… à un autre investissement. Né, l’enfant est corporellement séparé de sa mère, mais demande encore encore plus de temps pour être nourri, changé, baigné, promené, ausculté. Au fil des ans, il nécessite moins de soins ; mais tout autant d’amour.

La grossesse, c’est surtout l’espérance d’une relation, de relations nouvelles entre personnes nouvelles aux cœurs élargis, parmi lesquelles : mère-enfant, père-enfant, père-mère-enfant, famille-proches, famille-société… Pas trop de neuf mois pour tenter de s’y préparer !

L’identité personnelle au risque du web

Profils, avatars, pseudonymes… Le web crée de nouvelles identités virtuelles. Deux identités semblables coexistant difficilement, celle du web a tendance à absorber celle de l’usager. Ce qui l’oblige à être plus souvent en ligne.

Les affaires de vols d’informations et d’ursupations d’identité sur le web surgissent régulièrement dans l’actualité. « S’identifier » est aujourd’hui nécessaire pour accéder à un réseau social ou faire un achat en ligne. Deux identités semblent cohabiter, comme si nous étions en même temps deux choses différentes : la personne assise devant son ordinateur, et celle qui agit sur Internet.

Or, comme l’explique Marcello Vitali-Rosati, professeur de Littérature et culture numérique à l’université de Montréal, dans Égarements. Amour, mort et identités numériques (Hermann), quand l’internaute participe à un forum ou à un réseau social, il le fait en tant qu’agent du web. Comme l‘usager ne peut être à deux endroits en même temps, l’espace qu’il l’occupe devant l’ordinateur a tendance a être aspiré par celui du web, tout aussi matériel.

Le temps du web et le corps qu’on y possède semblent également happer la personne assise devant son écran. En effet, ce sont ses actions sur le web qui structurent et déterminent le temps devant l’ordinateur, selon Marcello Vitali-Rosati.

Source pixabay.com - creative commons

Source pixabay.com – creative commons

Fusionner avec l’identité virtuelle, ou se déconnecter

On se rend compte de la prééminence du corps virtuel lorsqu’on utilise le logiciel de vidéoconférence Skype. D’abord, celui-ci nous demande de créer un « pseudo », une seconde identité pouvant se déclarer « connectée ». Ce corps virtuel prévaut, puisque lors d’une conversation, ce sont les personnes telles qu’elles sont dans la vidéo qui agissent et se parlent.

Deux solutions s’offrent au corps devant l’ordinateur : soit il doit se laisser absorber par son identité virtuelle, soit prendre la place de celle-ci en se déconnectant définitivement.

Dans le premier cas, il ne reste qu’un corps unique qui agit dans et devant l’ordinateur. « Le medium devient transparent, nous ne sommes presque plus conscients du fait que nous sommes en train d’utiliser un outil » analyse Marcello Vitali-Rosati, qui ajoute plus loin : « Le mythe d’être toujours joignable consiste à demander au corps qui se trouve devant l’ordinateur (…) d’abandonner son espace et de prendre littéralement la place de son pseudo. »

Dans le cas le plus extrême, la volonté d’être exactement à la place de ce que nous sommes sur le web conduit à une poursuite éperdue de connexion. A l’inverse, la possibilité de fusion avec l’identité virtuelle conduit parfois à tenter de s’en protéger : par exemple, en mettant un faux nom sur Facebook..

La relation entre l’espace du web et l’adresse IP d’un ordinateur empêche toutefois une absolue séparation entre les deux espaces. Voilà de quoi nous faire réfléchir sur le temps que nous passons sur le web…

Imelda

S’équiper pour bébé, ou les sommets de la consommation

Gigoteuses, pyjamas, biberons, bodies, tables à langer, couches, poussettes… Le petit monde de la puériculture semble infini. Les enseignes du marché s’emploient à en étendre les limites et à en raffiner les détails.

Au-delà des objets inutiles ou peu nécessaires (cale-tête, mouche-bébé, sac à langer), une grande partie de ces nombreux éléments semblent utiles pour le confort et la sécurité du bébé. Qui ne préfèrerait pas pour son enfant un lit sécurisé, un tapis d’éveil coloré où il puisse découvrir le monde, une baignoire à sa taille et des cache-prises pour éviter l’électrocution ?

Alors, tant que le budget le permet – et merci à la prime de naissance -, on y va, sur le net, dans les boutiques, les réseaux sociaux, les soldes, les ventes privées, les vide-greniers et tant de lieux de consommation attractifs.

Il y a d’autres bonnes raisons à ces multiples achats : le bébé va vite grandir, donc il faut des vêtements taille naissance, 1 mois, 3 mois, 6 mois et ainsi de suite. Et puis, il s’agit du premier enfant, mais le deuxième héritera a priori de tout cet équipement.

Chambre bébé Aubert - Casanaute.com

Chambre bébé Aubert – Casanaute.com – De quoi faire baver les parents du XXIe siècle !

Il y a trois siècles, on investissait moins la naissance d’un enfant. Et pour cause : au XVIIIe siècle, un nouveau-né sur trois mourrait avant l’âge d’un an. En 2013, c’est le cas de 3,6 enfants sur 1000, soit cent fois moins. Aujourd’hui, les enfants sont moins nombreux, davantage désirés et il n’est pas rare pour eux de recevoir dix cadeaux à Noël quand leurs grands-parents n’en trouvaient qu’un dans leur soulier.

La société de l’abondance et de l’hyper-choix – saurez-vous reconnaître le bon cosy parmi les cinquante proposés ?- a donc ses grandeurs (on peut choyer un tout-petit qui est une personne à part entière avec désirs et plaisirs) et ses misères (il m’a semblé naturel d’acheter des sachets pour couches parfumés anti-odeurs, chose qui n’existait ni il y a trente ni il y deux cents ans). Ai-je succombé à l’appel  du marketing ?

A lire aussi : Nos enfants ne sont pas « nos » enfants

Pourquoi les séries sont-elles si addictives ?

Julio et Alicia, héros de la série "Grand Hôtel".  © Antena 3 Televisión

Julio et Alicia, héros de la série « Grand Hôtel ». © Antena 3 Televisión

Venant de regarder la série espagnole Grand Hôtel (1), je constate que ce qui rend le spectateur d’une série télévisée passionné et presque dépendant, n’est pas tant le suspense haletant de l’action.

Certes, l’histoire de Julio, jeune homme enquêtant en 1905 sur la disparition de sa soeur Cristina, employée du Grand Hôtel, va receler bien des rebondissements. Au long des épisodes, les révélations se multiplient, les meurtres s’enchaînent, les scandales éclatent au grand jour. Les cliffhangers en fin d’épisode, attisant le suspense et la frustration, constituent une technique de fidélisation on ne peut plus classique pour mener le spectateur par le bout du nez. Sans compter la musique à grands renforts de violons, qui suscite ouvertement l’émotion.

Les dizaines d’heures de vidéo pourraient essouffler l’histoire ainsi racontée. Après tout, ce sont toujours les mêmes personnages, souvent le même genre de scènes (découverte d’un indice/partage des informations/action extérieure). Mais c’est sans compter un fait : ce qui rend une série addictive, c’est son univers. Un univers attachant, indispensable à la série. Dans Grand Hôtel, il s’agit des nombreux personnages, dont les principaux sont souvent beaux et ambivalents, mais surtout des lumières, des costumes et des meubles de cet hôtel prestigieux, situé au bord de la mer, qui donne son unité à la série. Si l’action quitte le cadre de l’hôtel, la série n’a plus de raison d’être (ce qui supprime parfois le caractère inattendu de l’action).

Le spectateur trouve dans la série télévisée et dans sa longueur inégalée ce que le long-métrage de cinéma ne peut lui offrir : l’illusion de se plonger indéfiniment dans un univers de fiction qui lui plaît. De vivre avec les personnages comme s’ils vivaient, dans la durée, dans un cadre déterminé, sans toujours une fin programmée, en bref, comme dans une réalité fantasmée.

(1) Uniquement jusqu’à l’épisode 8 de la saison 3, car la suite n’a pas encore été diffusée en français. Cette série, créée par Ramón Campos, a été diffusée en Espagne sur Antena 3 de 2011 à 2013, et sur les chaînes françaises Téva et M6 en 2012 et 2013. Côté DVD, la saison 2 sera dans les bacs en France en août 2014.

 

A lire aussi : Le petit monde de Downton Abbey

Incommunicabilité du sentiment parental

Dessin de Pascal Campion.

Dessin (c) Pascal Campion.

Avant d’avoir des enfants, on a tendance à trouver les bambins bruyants et chronophages. Même quand les parents ne sont pas totalement tournés vers leurs petits – oubliant parfois leurs amis et leur vie propre -, on a l’impression qu’ils sont passés « de l’autre côté ». Ils gazouillent avec leur bébé, dans un attendrissement apparemment ridicule, font passer ses besoins en premier (repas à heure fixe, sieste…) même lorsqu’il y a des invités. Bref, ils ne donnent pas toujours envie de devenir des parents gâteux d’enfants énervants.

Et il y a l’après. Cet après peut commencer pendant la grossesse, quand on prend conscience de la fragilité de cet être qui tient au creux d’une main. Un accident de voiture, une chute, un surmenage, et le bébé délicat et remuant peut quitter ce monde. Sa vie est en jeu, principal jeu qui vaille la peine pendant quelques mois. Surtout, l’attendrissement gagne le futur parent, le regardant bouger et montrer ses traits sur l’échographie en 3D. Des traits singuliers, avec la bouche de son papa, les yeux de sa maman et le menton rien qu’à lui*.

Parce qu’il est justement l’enfant de ses parents, et uniquement d’eux, le sentiment parental, et l’affection animale et délicieuse qui l’enveloppe, sont incommunicables. Ils sont idiosyncrasiques, propres à la famille ainsi bâtie, tout comme le langage qui les unira pour quelques bonnes années.

 

* Ce détail n’est pas autobiographique…