Sac à main ou sac à langer ?

(c) Pascal Campion

(c) Pascal Campion

Une chose est certaine : dans les premiers mois de sa vie, un nouveau-né exige une attention de jour et de nuit. C’est dans les biberons et les câlins de cette période qu’il puisera la sécurité affective dont il aura besoin à l’heure future des interdits et des frustrations. La venue d’un enfant bouleverse les priorités (on rappelle l’amie plus tard quand le bébé crie à pleins poumons), les habitudes (on repère les escaliers difficiles pour le landau) et l’emploi du temps (on se couche après le dernier biberon du soir).

Malgré cette présence chronophage et délicieuse, les nouveaux parents doivent trouver l’équilibre qui ne fera pas d’eux uniquement des parents. Un objet symbolise l’aternative possible : le sac. Une mère emporte généralement, lorsqu’elle emmène son enfant pour une sortie de quelques heures, un biberon, du lait, une couche, des carrés de coton, la tétine, un gilet supplémentaire s’il fait froid, entre autres.

Deux choix s’offrent à elle : ou prendre le sac à langer avec les affaires du bébé, et ajouter les siennes (portefeuille, clés, portable, baume à lèvres…). Ou bien prendre son sac à main habituel et y ajouter une pochette avec les affaires du bébé (si cela rentre), à moins de prendre le sac à langer à côté. Dans le premier cas, son statut de mère prend le dessus. Dans le second, elle dissocie son rôle de femme et son rôle de mère, le premier contenant le deuxième.

Car pour être une bonne mère, c’est-à-dire une mère aimante (et faillible), elle doit en premier prendre soin d’elle-même, et de son couple. Si elle ne dort pas suffisamment ou est déprimée car elle ne voit personne, elle aura plus de difficultés à prendre soin de son enfant. Si sa relation avec son mari est tendue, l’enfant le ressentira également !

Des dispositions lui permettront de mettre le sac à langer dans le sac à main et non l’inverse, par exemple en prenant le temps de lire ou d’acheter des vêtements pour elle, pendant que son mari prend le relais auprès du bébé. Ou encore aller au restaurant avec son époux et le landau à côté (où l’enfant trop dort). De quoi mieux profiter ensuite de ces semaines si particulières avec un mini bébé !

La magie permanente

light-bulb-376921_640Quand le train redémarre après un trop long arrêt, on s’en émerveille. Comme on devrait s’émerveiller du fait que, dès qu’on a besoin d’eau, on tourne un robinet, et de l’eau potable – et même chaude si besoin – sort. On veut aller quelque part en France ou en Europe ? Quelques heures de TGV propre et silencieux, et on est là où quelques journées de cheval n’auraient pas suffi il y a deux cent ans. On veut voir son bébé in utero comme à travers une vitre, savoir si c’est une fille ou un garçon ? Une sonde à échographie. Les paroles d’une chanson oubliée ? Internet nous les chuchote. Un livre qu’on ne vend plus depuis trente ans ? Des mots tapés sur un site de livres d’occasion nous l’envoient.

Sommes-nous ébahis quand nous voyions en temps réel un évènement à l’autre bout de la planète ? Rions-nous de bonheur de sortant du tambour du linge propre que nous n’avons pas lavé ? Pleurons-nous de joie en voyant un être aimé à mille kilomètres nous parler via un écran ? Sourions-nous de soulagement en prenant médicaments et vaccins ? Crions-nous victoire quand notre titre de transport magnétisé nous ouvre, moderne sésame, l’accès au quai ?

Dommage.

Partons à la chasse aux baguettes magiques invisibles, aux petites fées électricité, aux formules cachées et aux miracles trop éclatants pour être reconnus.

L’identité personnelle au risque du web

Profils, avatars, pseudonymes… Le web crée de nouvelles identités virtuelles. Deux identités semblables coexistant difficilement, celle du web a tendance à absorber celle de l’usager. Ce qui l’oblige à être plus souvent en ligne.

Les affaires de vols d’informations et d’ursupations d’identité sur le web surgissent régulièrement dans l’actualité. « S’identifier » est aujourd’hui nécessaire pour accéder à un réseau social ou faire un achat en ligne. Deux identités semblent cohabiter, comme si nous étions en même temps deux choses différentes : la personne assise devant son ordinateur, et celle qui agit sur Internet.

Or, comme l’explique Marcello Vitali-Rosati, professeur de Littérature et culture numérique à l’université de Montréal, dans Égarements. Amour, mort et identités numériques (Hermann), quand l’internaute participe à un forum ou à un réseau social, il le fait en tant qu’agent du web. Comme l‘usager ne peut être à deux endroits en même temps, l’espace qu’il l’occupe devant l’ordinateur a tendance a être aspiré par celui du web, tout aussi matériel.

Le temps du web et le corps qu’on y possède semblent également happer la personne assise devant son écran. En effet, ce sont ses actions sur le web qui structurent et déterminent le temps devant l’ordinateur, selon Marcello Vitali-Rosati.

Source pixabay.com - creative commons

Source pixabay.com – creative commons

Fusionner avec l’identité virtuelle, ou se déconnecter

On se rend compte de la prééminence du corps virtuel lorsqu’on utilise le logiciel de vidéoconférence Skype. D’abord, celui-ci nous demande de créer un « pseudo », une seconde identité pouvant se déclarer « connectée ». Ce corps virtuel prévaut, puisque lors d’une conversation, ce sont les personnes telles qu’elles sont dans la vidéo qui agissent et se parlent.

Deux solutions s’offrent au corps devant l’ordinateur : soit il doit se laisser absorber par son identité virtuelle, soit prendre la place de celle-ci en se déconnectant définitivement.

Dans le premier cas, il ne reste qu’un corps unique qui agit dans et devant l’ordinateur. « Le medium devient transparent, nous ne sommes presque plus conscients du fait que nous sommes en train d’utiliser un outil » analyse Marcello Vitali-Rosati, qui ajoute plus loin : « Le mythe d’être toujours joignable consiste à demander au corps qui se trouve devant l’ordinateur (…) d’abandonner son espace et de prendre littéralement la place de son pseudo. »

Dans le cas le plus extrême, la volonté d’être exactement à la place de ce que nous sommes sur le web conduit à une poursuite éperdue de connexion. A l’inverse, la possibilité de fusion avec l’identité virtuelle conduit parfois à tenter de s’en protéger : par exemple, en mettant un faux nom sur Facebook..

La relation entre l’espace du web et l’adresse IP d’un ordinateur empêche toutefois une absolue séparation entre les deux espaces. Voilà de quoi nous faire réfléchir sur le temps que nous passons sur le web…

Imelda

S’équiper pour bébé, ou les sommets de la consommation

Gigoteuses, pyjamas, biberons, bodies, tables à langer, couches, poussettes… Le petit monde de la puériculture semble infini. Les enseignes du marché s’emploient à en étendre les limites et à en raffiner les détails.

Au-delà des objets inutiles ou peu nécessaires (cale-tête, mouche-bébé, sac à langer), une grande partie de ces nombreux éléments semblent utiles pour le confort et la sécurité du bébé. Qui ne préfèrerait pas pour son enfant un lit sécurisé, un tapis d’éveil coloré où il puisse découvrir le monde, une baignoire à sa taille et des cache-prises pour éviter l’électrocution ?

Alors, tant que le budget le permet – et merci à la prime de naissance -, on y va, sur le net, dans les boutiques, les réseaux sociaux, les soldes, les ventes privées, les vide-greniers et tant de lieux de consommation attractifs.

Il y a d’autres bonnes raisons à ces multiples achats : le bébé va vite grandir, donc il faut des vêtements taille naissance, 1 mois, 3 mois, 6 mois et ainsi de suite. Et puis, il s’agit du premier enfant, mais le deuxième héritera a priori de tout cet équipement.

Chambre bébé Aubert - Casanaute.com

Chambre bébé Aubert – Casanaute.com – De quoi faire baver les parents du XXIe siècle !

Il y a trois siècles, on investissait moins la naissance d’un enfant. Et pour cause : au XVIIIe siècle, un nouveau-né sur trois mourrait avant l’âge d’un an. En 2013, c’est le cas de 3,6 enfants sur 1000, soit cent fois moins. Aujourd’hui, les enfants sont moins nombreux, davantage désirés et il n’est pas rare pour eux de recevoir dix cadeaux à Noël quand leurs grands-parents n’en trouvaient qu’un dans leur soulier.

La société de l’abondance et de l’hyper-choix – saurez-vous reconnaître le bon cosy parmi les cinquante proposés ?- a donc ses grandeurs (on peut choyer un tout-petit qui est une personne à part entière avec désirs et plaisirs) et ses misères (il m’a semblé naturel d’acheter des sachets pour couches parfumés anti-odeurs, chose qui n’existait ni il y a trente ni il y deux cents ans). Ai-je succombé à l’appel  du marketing ?

A lire aussi : Nos enfants ne sont pas « nos » enfants

Les caisses prioritaires, reflet de la société

safety-1st-bebe-a-bordLes femmes enceintes sont, dit-on, prioritaires pour s’asseoir dans les transports et passer devant à la caisse des magasins. La cause en est simple : si elles ne sont ni malades ni handicapées, elles sont pour autant fatiguées à cause du poids du bébé, de leur respiration accélérée (1) et de leur circulation sanguine plus difficile, devant faire éviter une station debout prolongée. Surtout, elles sont plus fragiles puisqu’elles portent un petit enfant.

Quelqu’un qui laisse sa place dans le métro à une femme enceinte s’incline plus ou moins consciemment devant une vie toute jeune. Ces règles de savoir-vivre incarnent donc un respect de la vie dans ce qu’elle a de fragile et de mystérieux. C’est là le beau symbole d’une civilisation évoluée, qui respecte, dans ce cas de figure, la vulnérabilité.

Malheureusement, ce comportement prévenant n’existe pas toujours. Le plus souvent par ignorance : dans une rame, tout le monde est plongé dans son journal ou son smartphone, ou encore, à une caisse, les gens ne se retournent pas pour vérifier s’il n’y a pas une femme enceinte ou tout autre personne fragilisée.

Pour autant, d’autres personnes font semblant de ne pas voir les femmes enceintes, par individualisme ou, disons-le, par sans-gêne, sans penser au petit bébé qui compte, lui aussi. Il ne s’agit pas dans ce billet de se plaindre ou de revendiquer (même si ce serait légitime), mais de se dire que les transports et magasins sont des petites sociétés en miniature où personnes généreuses et égocentriques se côtoient, selon leur éducation, leurs habitudes et leur humeur. Rien de nouveau sous le soleil (2).

(1) Le rythme cardiaque normal d’une femme enceinte équivaut à celui éprouvé pendant une marche rapide !
(2) L’Ecclésiaste 1,9.

 

A lire aussi : La grossesse, âge d’or de l’union corps-esprit

Nos enfants ne sont pas « nos » enfants

00000001595Le langage est pauvre. « Mon, ton, son : adjectif possessif ». Ma maison, mon lit, mon diplôme. Mon enfant.  Mon bébé, ma chose ? M’appartiendrait-il ?

Non, pourtant. Un enfant jaillit sans qu’on ne puisse maîtriser totalement la création. Il a beau avoir été désiré, parfois depuis des années, avoir été planifié précisément, il vient seulement quand il vient. Il est autre, il est homme ou femme sans que nous ayons choisi entre les deux. Minuscule, enfant ou grand, il n’appartient qu’à lui-même.

Ses parents lui donnent affection et éducation, gîte et couvert, mais il n’est que l’hôte. Malgré ses devoirs, son amour et sa gratitude, il est là, accueilli, infiniment différent. Il est bon de le laisser grandir, devenir lui-même, avec ses talents visibles et son jardin secret, et plus tard bâtir sa propre famille.

Un enfant ne doit pas être surinvesti, étouffé par le désir, l’imaginaire ou le pouvoir de ses parents. Il n’est pas toute leur vie. En dépit du lien irremplaçable de la paternité ou de la maternité, avec ses joies et ses arrachements, l’enfant n’est pas leur enfant. Il est la petite vie déposée qui devra bientôt, mais pas trop tôt, quitter la maison sans regret ni rancœur.

Si on élève un enfant, c’est pour qu’il soit capable de partir.

Mon classement de 18 émissions télévisées en 2013

Depuis trois mois, j’ai testé pour vous une partie des émissions du PAF, essentiellement des magazines – hebdomadaires ou quotidiens*. Chaque émission a été regardée une ou plusieurs fois, et évaluée selon sa capacité à rendre son sujet intéressant et ses qualités esthétiques et rythmiques. Non exhaustif, ce classement est bien sûr subjectif ; il correspond à une fille de 23 ans, jeune journaliste et fan de culture. De quoi néanmoins vous donner quelques idées de replay pour les soirées d’hiver !

*Comment ça « Un bon alibi pour regarder la télé » ?

1) Cash investigation (France 2/Premières lignes) 17/20. Bonne enquête, passionnante. Bien montée et scénarisée.

2) Ce soir (ou jamais !) (France 2) 16/20. Les questions posées sont intéressantes, avec des débatteurs variés et engagés.

3) Thalassa (France 3) 16/20. L’émission, qui a commencé en 1975, propose une évasion avec des angles assez originaux et de belles images.

4) Echappées belles (France 5/Bo Travail !) 15/20. Très belles échappées avec de beaux plans et un regard pas trop cliché. La mise en scène du journaliste rend le voyage plus vivant.

5) Des racines et des ailes (France 3) 15/20. De magnifiques images (avec drones), presque idéalisées.

6) Le dessous des cartes (Arte) 15/20. Emission intéressante, pédagogique avec des chiffres, avec certains partis pris politiques.

7) Médias le Mag (France 5) 15/20 Bons décryptages sur les médias et la communication. Débats assez éclairants.

8) Bibliothèque Médicis (Public Sénat) 14/20  Emission bien menée qui va en profondeur sur la littérature. Il manque peut-être un reportage pour couper la longueur.

9) 28 minutes (Arte) 14/20  Assez bonne émission avec un bon niveau de réflexion. Invités parfois trop banals (ex. Michel Onfray et Frédéric Lenoir pour parler des religions).

10) Les Maternelles (France 5) 14/20  Ambiance gaie et bonnes infos, même si manquant parfois de neutralité, comme sur la GPA.

11) La Quotidienne (France 5) 14/20  Récente émission dynamique et chaleureuse, avec de bons plans et une ligne solidaire. Les chroniqueurs parlent un peu tous en même temps.

12) On n’est pas couché (France 2/Tout sur l’écran) 14/20 Emission un peu longue avec bons interviews politiques, mais trop de divertissement (le Flop 10) et certains invités trop récurrents.

13) Toute une histoire (France 2/Réservoir Prod) 13/20  Témoignages sur la vie de vrais gens. Un peu trop d' »émotionnalisation ».

14) C à vous (France 5/3e Œil Productions) 12/20  Trop de zapping entre les étapes de l’émission, et promotion d’œuvres culturelles pas toujours convaincantes. Présentatrice charmante.

16) 100 % Mag (M6/C productions) 12/20 On apprend quelques trucs sur des infos bien-être et quotidien, mais sans plus.

17) 50 minutes Inside (TF1) 12/20La vie des people de manière vivante, mais peu approfondie.

18) Le magazine de la santé (France 5/17 juin média) 12/20 Peu de vraies infos, présentateurs manquant de charisme et font trop d’erreurs de direct. Sujets trop tournés vers les seniors.

19) Les Carnets de Julie (France 3/3e Œil Productions) 11/20 Intéressant pour les passionnés de cuisine et de patrimoine, mais peu de valeur ajoutée et l’animatrice ne sait dire que « C’est délicieux ! » ou « C’est trop bon ! ».

Pour en finir avec le mythe de la superwoman

L’idée est la mode : la femme parfaite, mince, photogénique, libre et épanouie chantée par les magazines féminins énerve – si tant est qu’elle corresponde à une réalité. Le succès de La femme parfaite est une c****sse d’Anne-Sophie et Marie-Aldine Girard, figurant dans les meilleures ventes depuis plusieurs semaines, reflète sans doute ce sentiment général.

001La psychologue Claire-Marie Best, dans l’intéressant et récent essai Imparfaite, pourquoi pas ! Agir selon ses choix (Armand Colin), prolonge la réflexion à propos de la conciliation entre les multiples facettes de la vie d’une femme : conjugale, parentale, professionnelle, amicale…

Son idée est simple : la superwoman qui est partout, enchaîne les tâches du grand matin au grand soir, est une ambitieuse professionnelle, une mère présente et une épouse attentive est un mythe. Cette image idéaliste s’est transformée en injonction et en exigence sociale. Mais les femmes ne le savent pas assez ; résultat, elles culpabilisent quand elles sentent qu’elles délaissent tel rôle au profit de tel autre et ne répondent pas aux performances demandées.

L’auteure propose de reconnaître ce sentiment de culpabilité et ainsi de l’évacuer, puis de renoncer à l’utopie de l’ubiquité et de la perfection. La femme est invitée à lâcher prise et à privilégier, par périodes, tel ou tel aspect de sa vie : son rôle de maman, ou sa vie professionnelle, ou son mari. Tout ne sera pas impeccable, mais au moins, elle suivra ses choix plutôt que se soumettre à la pression sociale. Son conjoint est encouragé à la soutenir dans cette démarche.

Dans ce petit livre facile à lire, bien documenté sociologiquement et scientifiquement, on est pas obligé d’être d’accord sur tout, mais on trouve plusieurs idées éclairantes.

Le pèlerinage selon Rufin

En 2011, le médecin, diplomate et académicien Jean-Christophe Rufin, auteur de nombreux romans (lire notre critique du Grand Cœur), se met en marche pour Saint-Jacques de Compostelle. Et pourquoi donc ?

Dans Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi (Guérin), déjà vendu à 200 000 exemplaires, Rufin donne quelques pistes : « un défi sportif, un moyen de perdre quelques kilos, une manière de préparer la saison de montagne, une purge intellectuelle avant d’entreprendre un nouveau livre, le retour à une nécessaire humilité après une période marquée par les fonctions officielles et les honneurs… Rien de tout cela en particulier mais tout à la fois. » Bref, rien de spirituel. Au départ.

Au fur et à mesure des jours dans ces paysages contrastés du Camino del Norte, qui longe quasiment la côte nord-espagnole, Jean-Christophe Rufin se sent peu à peu délesté de ses souffrances pédestres, de ses émotions, de ses craintes. Il marche. Il observe les laideurs urbaines de la côte cantabrique et les beautés sauvages des Asturies.9782352210610

Et déclare alors : « Compostelle est un pèlerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il ôte toute vanité et toute souffrance du corps (…) Comme toute initiation, elle pénètre dans l’esprit par le corps et il est difficile de la faire partager à ceux qui n’ont pas fait cette expérience. » Avec son remarquable talent de conteur, Jean-Christophe Rufin livre donc une vision très personnelle du pèlerinage, qui rejoint et se distingue de celle, par exemple, du Compostelle de Luc Adrian (Presses de la Renaissance).

Moments d’autodérision (« En Cantabrie, le marcheur prend conscience pour la première fois qu’il est lui-même un déchet ») se mêlent aux descriptions savoureuses (« J’ai déjà rencontré d’innocentes petites femmes (…) qui, à peine endormies, transforment leurs fosses nasales en olifant ») et aux anecdotes pittoresques (Ralf, cet énigmatique pèlerin qui arrive à le devancer alors qu’il l’a laissé derrière lui peu avant). Une lecture très agréable.

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée, éditions Guérin 2013

Douze enfants, une véritable entreprise

9782352042457Curiosité. Vue d’abord comme une curiosité, la famille Blanchier de douze enfants, telle que la raconte Marielle Blanchier, 44 ans, dans Et ils eurent beaucoup d’enfants, (Les Arènes) a suscité des sentiments contradictoires chez le lecteur, qu’ils soient admiratifs ou dépréciatifs. Le début de ce récit peut un peu agacer car les auteurs (Marielle Blanchier et la journaliste Pascale Krémer) n’ont pas immédiatement su réduire la part de « je » un peu fiers de ce témoignage personnel. Mais très vite, on y sent une grande richesse humaine.

Autonomie. Le lecteur découvre un vif intérêt sur le fonctionnement de cette maison (la maman cuisine plusieurs gros plats deux matinées pour le reste de la semaine), l’autonomie des enfants (rapidement, ils vont chez le médecin et à leurs activités sportives seuls ou accompagné d’un grand), la capacité à garder une activité professionnelle (l’offre de découverte de l’apiculture en team building pour salariés, grâce aux ruches sur leur toit) ou encore la vulnérabilité de l’auteur, notamment la multiplicité des fausses couches (autant que d’enfants).

Rythme. Il demeure une impression de machine bien huilée, où la maman, hyper organisée (elle a « un discernement parfait pour distinguer ce qui est important de ce qui est urgent », souligne son mari à la fin), ne semble ni s’ennuyer ni être débordée. Si un enfant doit partir aux urgences, le rythme de la journée n’en sera pas bouleversé.

Entreprise. Pour autant, « je ne me sens aucunement « femme au foyer, déclare-t-elle. J’ai l’impression de travailler comme tout le monde, quoique occupant un poste non rémunéré, à horaires libres, dans lequel je suis mon propre chef ». Un des seuls domaines de manque de compétence qu’on lui découvre est… son incompréhension face au « portail admission post-bac ». De ce fait, le lecteur peut avoir l’impression que douze enfants est une véritable entreprise, beaucoup plus intéressante que quatre ou cinq enfants. Un témoignage vivant, émaillé d’humour et d’amour, illustré de belles photos.

Marielle Blanchier, Et ils eurent beaucoup d’enfants, Les Arènes 2013