La magie permanente

light-bulb-376921_640Quand le train redémarre après un trop long arrêt, on s’en émerveille. Comme on devrait s’émerveiller du fait que, dès qu’on a besoin d’eau, on tourne un robinet, et de l’eau potable – et même chaude si besoin – sort. On veut aller quelque part en France ou en Europe ? Quelques heures de TGV propre et silencieux, et on est là où quelques journées de cheval n’auraient pas suffi il y a deux cent ans. On veut voir son bébé in utero comme à travers une vitre, savoir si c’est une fille ou un garçon ? Une sonde à échographie. Les paroles d’une chanson oubliée ? Internet nous les chuchote. Un livre qu’on ne vend plus depuis trente ans ? Des mots tapés sur un site de livres d’occasion nous l’envoient.

Sommes-nous ébahis quand nous voyions en temps réel un évènement à l’autre bout de la planète ? Rions-nous de bonheur de sortant du tambour du linge propre que nous n’avons pas lavé ? Pleurons-nous de joie en voyant un être aimé à mille kilomètres nous parler via un écran ? Sourions-nous de soulagement en prenant médicaments et vaccins ? Crions-nous victoire quand notre titre de transport magnétisé nous ouvre, moderne sésame, l’accès au quai ?

Dommage.

Partons à la chasse aux baguettes magiques invisibles, aux petites fées électricité, aux formules cachées et aux miracles trop éclatants pour être reconnus.

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Neuf mois : qu’est-ce qu’on attend ?

(c) Pascal Campion

La grossesse n’est pas l’attente d’un enfant. Car l’enfant est déjà là, caché et lové. Visage flou et membres mouvants, quelle que soit sa taille, il est vivant et présent.

L’attente d’un enfant est l’attente de la naissance, de la délivrance. Il est l’attente de la fin de cette phase de fusion et d’inclusion, inédite, longue (le temps d’une année scolaire, le temps d’apprendre que tout va changer) qu’est la grossesse. Neuf mois pour apprendre que mère et enfant vont se séparer.

Neuf mois pour passer d’un investissement physique très important (pas d’alcool ni de lait cru, des vêtements adaptés, on ne dort plus sur le ventre, on travaille moins, on bouge moins, on court les rendez-vous médicaux)… à un autre investissement. Né, l’enfant est corporellement séparé de sa mère, mais demande encore encore plus de temps pour être nourri, changé, baigné, promené, ausculté. Au fil des ans, il nécessite moins de soins ; mais tout autant d’amour.

La grossesse, c’est surtout l’espérance d’une relation, de relations nouvelles entre personnes nouvelles aux cœurs élargis, parmi lesquelles : mère-enfant, père-enfant, père-mère-enfant, famille-proches, famille-société… Pas trop de neuf mois pour tenter de s’y préparer !

L’identité personnelle au risque du web

Profils, avatars, pseudonymes… Le web crée de nouvelles identités virtuelles. Deux identités semblables coexistant difficilement, celle du web a tendance à absorber celle de l’usager. Ce qui l’oblige à être plus souvent en ligne.

Les affaires de vols d’informations et d’ursupations d’identité sur le web surgissent régulièrement dans l’actualité. « S’identifier » est aujourd’hui nécessaire pour accéder à un réseau social ou faire un achat en ligne. Deux identités semblent cohabiter, comme si nous étions en même temps deux choses différentes : la personne assise devant son ordinateur, et celle qui agit sur Internet.

Or, comme l’explique Marcello Vitali-Rosati, professeur de Littérature et culture numérique à l’université de Montréal, dans Égarements. Amour, mort et identités numériques (Hermann), quand l’internaute participe à un forum ou à un réseau social, il le fait en tant qu’agent du web. Comme l‘usager ne peut être à deux endroits en même temps, l’espace qu’il l’occupe devant l’ordinateur a tendance a être aspiré par celui du web, tout aussi matériel.

Le temps du web et le corps qu’on y possède semblent également happer la personne assise devant son écran. En effet, ce sont ses actions sur le web qui structurent et déterminent le temps devant l’ordinateur, selon Marcello Vitali-Rosati.

Source pixabay.com - creative commons

Source pixabay.com – creative commons

Fusionner avec l’identité virtuelle, ou se déconnecter

On se rend compte de la prééminence du corps virtuel lorsqu’on utilise le logiciel de vidéoconférence Skype. D’abord, celui-ci nous demande de créer un « pseudo », une seconde identité pouvant se déclarer « connectée ». Ce corps virtuel prévaut, puisque lors d’une conversation, ce sont les personnes telles qu’elles sont dans la vidéo qui agissent et se parlent.

Deux solutions s’offrent au corps devant l’ordinateur : soit il doit se laisser absorber par son identité virtuelle, soit prendre la place de celle-ci en se déconnectant définitivement.

Dans le premier cas, il ne reste qu’un corps unique qui agit dans et devant l’ordinateur. « Le medium devient transparent, nous ne sommes presque plus conscients du fait que nous sommes en train d’utiliser un outil » analyse Marcello Vitali-Rosati, qui ajoute plus loin : « Le mythe d’être toujours joignable consiste à demander au corps qui se trouve devant l’ordinateur (…) d’abandonner son espace et de prendre littéralement la place de son pseudo. »

Dans le cas le plus extrême, la volonté d’être exactement à la place de ce que nous sommes sur le web conduit à une poursuite éperdue de connexion. A l’inverse, la possibilité de fusion avec l’identité virtuelle conduit parfois à tenter de s’en protéger : par exemple, en mettant un faux nom sur Facebook..

La relation entre l’espace du web et l’adresse IP d’un ordinateur empêche toutefois une absolue séparation entre les deux espaces. Voilà de quoi nous faire réfléchir sur le temps que nous passons sur le web…

Imelda

S’équiper pour bébé, ou les sommets de la consommation

Gigoteuses, pyjamas, biberons, bodies, tables à langer, couches, poussettes… Le petit monde de la puériculture semble infini. Les enseignes du marché s’emploient à en étendre les limites et à en raffiner les détails.

Au-delà des objets inutiles ou peu nécessaires (cale-tête, mouche-bébé, sac à langer), une grande partie de ces nombreux éléments semblent utiles pour le confort et la sécurité du bébé. Qui ne préfèrerait pas pour son enfant un lit sécurisé, un tapis d’éveil coloré où il puisse découvrir le monde, une baignoire à sa taille et des cache-prises pour éviter l’électrocution ?

Alors, tant que le budget le permet – et merci à la prime de naissance -, on y va, sur le net, dans les boutiques, les réseaux sociaux, les soldes, les ventes privées, les vide-greniers et tant de lieux de consommation attractifs.

Il y a d’autres bonnes raisons à ces multiples achats : le bébé va vite grandir, donc il faut des vêtements taille naissance, 1 mois, 3 mois, 6 mois et ainsi de suite. Et puis, il s’agit du premier enfant, mais le deuxième héritera a priori de tout cet équipement.

Chambre bébé Aubert - Casanaute.com

Chambre bébé Aubert – Casanaute.com – De quoi faire baver les parents du XXIe siècle !

Il y a trois siècles, on investissait moins la naissance d’un enfant. Et pour cause : au XVIIIe siècle, un nouveau-né sur trois mourrait avant l’âge d’un an. En 2013, c’est le cas de 3,6 enfants sur 1000, soit cent fois moins. Aujourd’hui, les enfants sont moins nombreux, davantage désirés et il n’est pas rare pour eux de recevoir dix cadeaux à Noël quand leurs grands-parents n’en trouvaient qu’un dans leur soulier.

La société de l’abondance et de l’hyper-choix – saurez-vous reconnaître le bon cosy parmi les cinquante proposés ?- a donc ses grandeurs (on peut choyer un tout-petit qui est une personne à part entière avec désirs et plaisirs) et ses misères (il m’a semblé naturel d’acheter des sachets pour couches parfumés anti-odeurs, chose qui n’existait ni il y a trente ni il y deux cents ans). Ai-je succombé à l’appel  du marketing ?

A lire aussi : Nos enfants ne sont pas « nos » enfants

Un long jour d’été devant la cathédrale de Chartres

Claude Monet avait peint une série de trente tableaux de la cathédrale de Rouen, sous le soleil ou le brouillard. Le 3 juillet, j’ai pris toutes les heures une photo de la façade ouest de la cathédrale de Chartres (voir diaporama plus bas). Tâche rendue plus facile par la situation de l’appartement, dans une petite rue à 100 mètres à vol d’oiseau des tours de l’édifice. De 5 heures à 23 heures, le soleil et l’ombre jouent un ballet sur la pierre de ce joyau gothique.

21 heures
5 heures, 6 heures. Mon mari prend les photos, je dors.

7 heures. Lumière orangée du petit matin, qui rappelle peut-être celle de Provence et réchauffe le crépi des façades. Fraîcheur.

8 heures. Parmi le silence, les éboueurs passent.

9 heures. Longs sifflements d’hirondelles, roucoulement lointain des pigeons. Le ciel est bien bleu désormais. Quelques passants.

10 heures. La chaleur commence à arriver doucement, il fait 22°C. Une odeur de pain très cuit affleure, sans doute de la boulangerie ou de la pizzeria proches. Corbeaux et hirondelles traversent les tours de la cathédrale.

11 heures. Un papillon blanc, un avion au loin. Le soleil inonde la ville, préservant des parts d’ombre au creux des rues. Bruit de travaux au loin (ou un aspirateur ?). Murmure des gens à manches courtes, claquement des talons.

Midi. Il fait très chaud. Indéniablement, c’est l’été. Un vrombissement de tonte de pelouse. Douze coups de midi.

A visionner en plein écran :

13 heures. La façade occidentale passe du côté de la lumière. On entend les couverts du restaurant proche, des cris d’enfants, le bleu du ciel fonce et quelques petits nuages s’effilochent.

14 heures. Le portail royal est maintenant ébloui par un soleil au zénith. Il fait 27°C. Une envie de sieste, quelques touristes à casquette, les fenêtres entrouvertes et encore quelques assiettes qui s’entrechoquent.

15 heures. La pierre de la cathédrale chauffe à plein. Milieu d’après-midi calme.

16 heures. Le soleil continue sa course vers l’ouest, diffusant un maximum de chaleur. Les passants marchent doucement. Un voisin regarde probablement un match de coupe du monde de foot.

17 heures. Une brise soulève les cheveux et les rideaux.

18 heures. Le ciel pâlit un peu à l’ouest, les ombres commencent à s’allonger, la lumière à jaunir. Les bâtiments retiennent la chaleur accumulée. Poussières et toiles d’araignée errent dans l’air.

19 heures. Le soleil baisse, la lumière prend des teintes orangées, réchauffant le teint crayeux de la cathédrale.

20 heures. Le ciel pâlit encore un peu, comme couvert de brume. La rosace brûle sous les feux directs du soleil. Les hirondelles se font plus bruyantes, cent petits bruits résonnent.

21 heures. L’air est toujours empesé de chaleur. De bonnes odeurs de nourriture flattent les narines. Le poids du jour glisse le long des discussions attablées.

22 heures. Le soleil est parti se coucher, emportant la couleur du ciel. Mais il fait jour encore, et chaud. Les rues sont plus animées que jamais, des jeunes dans un appartement en face écoutent « Les démons de minuit ». La cathédrale semble, pour un moment, retomber dans l’ombre.

23 heures. La nuit est tombée, quelques lampadaires allumés. Des voix jeunes parlent fort. Les ombres et les silhouettes lumineuses glissent sur la cathédrale, c’est l’événement quotidien Chartres en lumières, qui va se jouer jusqu’à une heure du matin, relayé par de simples spots, avant qu’un jour nouveau se lève sur la dame millénaire.

Les caisses prioritaires, reflet de la société

safety-1st-bebe-a-bordLes femmes enceintes sont, dit-on, prioritaires pour s’asseoir dans les transports et passer devant à la caisse des magasins. La cause en est simple : si elles ne sont ni malades ni handicapées, elles sont pour autant fatiguées à cause du poids du bébé, de leur respiration accélérée (1) et de leur circulation sanguine plus difficile, devant faire éviter une station debout prolongée. Surtout, elles sont plus fragiles puisqu’elles portent un petit enfant.

Quelqu’un qui laisse sa place dans le métro à une femme enceinte s’incline plus ou moins consciemment devant une vie toute jeune. Ces règles de savoir-vivre incarnent donc un respect de la vie dans ce qu’elle a de fragile et de mystérieux. C’est là le beau symbole d’une civilisation évoluée, qui respecte, dans ce cas de figure, la vulnérabilité.

Malheureusement, ce comportement prévenant n’existe pas toujours. Le plus souvent par ignorance : dans une rame, tout le monde est plongé dans son journal ou son smartphone, ou encore, à une caisse, les gens ne se retournent pas pour vérifier s’il n’y a pas une femme enceinte ou tout autre personne fragilisée.

Pour autant, d’autres personnes font semblant de ne pas voir les femmes enceintes, par individualisme ou, disons-le, par sans-gêne, sans penser au petit bébé qui compte, lui aussi. Il ne s’agit pas dans ce billet de se plaindre ou de revendiquer (même si ce serait légitime), mais de se dire que les transports et magasins sont des petites sociétés en miniature où personnes généreuses et égocentriques se côtoient, selon leur éducation, leurs habitudes et leur humeur. Rien de nouveau sous le soleil (2).

(1) Le rythme cardiaque normal d’une femme enceinte équivaut à celui éprouvé pendant une marche rapide !
(2) L’Ecclésiaste 1,9.

 

A lire aussi : La grossesse, âge d’or de l’union corps-esprit

Pourquoi les séries sont-elles si addictives ?

Julio et Alicia, héros de la série "Grand Hôtel".  © Antena 3 Televisión

Julio et Alicia, héros de la série « Grand Hôtel ». © Antena 3 Televisión

Venant de regarder la série espagnole Grand Hôtel (1), je constate que ce qui rend le spectateur d’une série télévisée passionné et presque dépendant, n’est pas tant le suspense haletant de l’action.

Certes, l’histoire de Julio, jeune homme enquêtant en 1905 sur la disparition de sa soeur Cristina, employée du Grand Hôtel, va receler bien des rebondissements. Au long des épisodes, les révélations se multiplient, les meurtres s’enchaînent, les scandales éclatent au grand jour. Les cliffhangers en fin d’épisode, attisant le suspense et la frustration, constituent une technique de fidélisation on ne peut plus classique pour mener le spectateur par le bout du nez. Sans compter la musique à grands renforts de violons, qui suscite ouvertement l’émotion.

Les dizaines d’heures de vidéo pourraient essouffler l’histoire ainsi racontée. Après tout, ce sont toujours les mêmes personnages, souvent le même genre de scènes (découverte d’un indice/partage des informations/action extérieure). Mais c’est sans compter un fait : ce qui rend une série addictive, c’est son univers. Un univers attachant, indispensable à la série. Dans Grand Hôtel, il s’agit des nombreux personnages, dont les principaux sont souvent beaux et ambivalents, mais surtout des lumières, des costumes et des meubles de cet hôtel prestigieux, situé au bord de la mer, qui donne son unité à la série. Si l’action quitte le cadre de l’hôtel, la série n’a plus de raison d’être (ce qui supprime parfois le caractère inattendu de l’action).

Le spectateur trouve dans la série télévisée et dans sa longueur inégalée ce que le long-métrage de cinéma ne peut lui offrir : l’illusion de se plonger indéfiniment dans un univers de fiction qui lui plaît. De vivre avec les personnages comme s’ils vivaient, dans la durée, dans un cadre déterminé, sans toujours une fin programmée, en bref, comme dans une réalité fantasmée.

(1) Uniquement jusqu’à l’épisode 8 de la saison 3, car la suite n’a pas encore été diffusée en français. Cette série, créée par Ramón Campos, a été diffusée en Espagne sur Antena 3 de 2011 à 2013, et sur les chaînes françaises Téva et M6 en 2012 et 2013. Côté DVD, la saison 2 sera dans les bacs en France en août 2014.

 

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La maison de Florent-en-Argonne

Le souvenir de Florent-en-Argonne se confond avec celui du silence et de l’enfance. L’enveloppe de calme, de pépiements de poules et de parfums du jardin couvraient ce lieu d’un certain mystère. Le poids de l’âge de cette maison humble et vaste de la fin du XVIIIe siècle n’altérait ni la joie de s’y rendre en vacances, ni des peurs attachées à ses recoins.

La poussière accumulée, la rusticité de cette habitation sans douche et de ce village très rural venaient y déposer un bouquet de sensations que nous ne recontrions pas dans nos villes polluées et comme aseptisées. Ces odeurs uniques, dans une région forestière de l’Est de la France, entre Marne et Meuse, nous plongeaient dans un univers sauvage.

Le goût du beurre fondu sur le pain grillé n’était jamais aussi bon que les matins ensoleillés dans la grande cuisine peinte en jaune. Les aiguilles de pin des branches distribuées avec une fleur en papier crépon à l’occasion de la fête du village, en juillet, alimentaient la légende de ce coin de pays que les traditions continuaient à faire respirer. Quant aux craquements de nos pas sur le plancher incertain du grenier, ils n’avaient d’égal que le bruit que faisaient, en s’ouvrant, les vieilles valises de livres.

C’était sans compter les vieilles assiettes à dessert en porcelaine, dont les motifs anciens représentaient des chansons – « Malbrough s’en va en guerre » -, et que nous cachions sous une vieille paillasse pour qu’elle échappe aux assez fréquents cambriolages de cette vieille maison insécurisée, laissée à sa propre existence déclinante et néanmoins magique.

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Incommunicabilité du sentiment parental

Dessin de Pascal Campion.

Dessin (c) Pascal Campion.

Avant d’avoir des enfants, on a tendance à trouver les bambins bruyants et chronophages. Même quand les parents ne sont pas totalement tournés vers leurs petits – oubliant parfois leurs amis et leur vie propre -, on a l’impression qu’ils sont passés « de l’autre côté ». Ils gazouillent avec leur bébé, dans un attendrissement apparemment ridicule, font passer ses besoins en premier (repas à heure fixe, sieste…) même lorsqu’il y a des invités. Bref, ils ne donnent pas toujours envie de devenir des parents gâteux d’enfants énervants.

Et il y a l’après. Cet après peut commencer pendant la grossesse, quand on prend conscience de la fragilité de cet être qui tient au creux d’une main. Un accident de voiture, une chute, un surmenage, et le bébé délicat et remuant peut quitter ce monde. Sa vie est en jeu, principal jeu qui vaille la peine pendant quelques mois. Surtout, l’attendrissement gagne le futur parent, le regardant bouger et montrer ses traits sur l’échographie en 3D. Des traits singuliers, avec la bouche de son papa, les yeux de sa maman et le menton rien qu’à lui*.

Parce qu’il est justement l’enfant de ses parents, et uniquement d’eux, le sentiment parental, et l’affection animale et délicieuse qui l’enveloppe, sont incommunicables. Ils sont idiosyncrasiques, propres à la famille ainsi bâtie, tout comme le langage qui les unira pour quelques bonnes années.

 

* Ce détail n’est pas autobiographique…

Tempête dans la tête d’Einstein

9782226254290,0-1906028Critique. Les bords d’un lac du New Jersey, non loin de l’université de Princeton aux États-Unis, peuvent parfois recueillir les débats intérieurs d’un grand savant, comme le physicien Albert Einstein.

C’est ce que l’auteur à succès Eric-Emmanuel Schmitt raconte dans la pièce de théâtre minimaliste La trahison d’Einstein. Trois personnages apparaissent, évoluant de 1934 à l’après-1945 : Einstein bien sûr ; un vagabond à qui il se confie ; O’Neill, un agent secret du FBI qui utilise le clochard pour obtenir des informations sur le savant.

Tout le rapport complexe d’Einstein à la politique se dessine dans cette pièce : son pacifisme, sa crainte qu’Hitler ne développe une bombe atomique, son désespoir après Hiroshima, comprenant que ses recherches sur la relativité, et sa lettre au président Roosevelt en 1939, aient pu causer le bombardement atomique de grande ampleur.

Cette « trahison », Eric-Emmanuel Schmitt la met en scène de façon vivante, dans des dialogues fluides, parfois facétieux. Cependant, l’ensemble reste assez binaire, Einstein gardant malgré tout le beau rôle, alors que le vagabond se dit attristé par ses propres positions. L’auteur profite de l’occasion pour glisser des citations connues d’Einstein, telles que « Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Et encore, pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. »

Eric-Emmanuel Schmitt, La trahison d’Einstein, Albin Michel, janvier 2014