Les violons débattent salle Gaveau

« Je vous félicite d’avoir préféré un concert de musique baroque à un débat présidentiel » déclare le soliste Damien Guillon face au public légèrement clairsemé de la salle Gaveau, en ce 2 mai de l’entre-deux-tours. Récit impressionniste d’un concert de l’ensemble Le Banquet céleste jubilant dans la musique italienne.

Première fois que je vais salle Gaveau. Les places m’ont été offertes par une personne qui est non pas au fameux débat, mais en voyage en Chine. Vers 20 h 10, les mélomanes sont nombreux à se presser aux portes de la prestigieuse salle, rue La Boétie à Paris. Un espace qui ne me semble pas très grand mais qui compte quand même un millier de places. C’est peut-être parce que la scène elle-même est peu vaste : la salle, ouverte en 1907, est destinée à la musique de chambre. Murs clairs à moulures néo-quelque chose, faux orgue blanc qui fait penser aux temples protestants.

Ce soir, musique baroque italienne au programme, avec Scarlatti et Vivaldi. C’est que l’ensemble Le Banquet céleste, qui compte ici trois violons, un violoncelle, une contrebasse, un luth et un clavecin, se consacre à redécouvrir des répertoires peu connus de la musique baroque. Damien Guillon (photo), qui ressemble à feu Richard Descoings en plus jeune, dirige l’ensemble et y enroule sa voix de contre-ténor qui chatouille magnifiquement les aigus.

Les auditeurs sont plutôt des quinquagénaires, mais il y a quelques jeunes. Certains partent même à l’entracte. Pour retrouver le débat entre-deux-tours ? Pourtant, ici le temps n’est que musique. N’ayant pas le programme – qui coûte 5 euros, un scandale -, je laisse l’italien scarlattien étonner mon oreille. Je reconnais des mots comme « questa » (cette) ou « perchè » (pourquoi) et même « amore » (traduisez), mais le reste demeure à l’état de langue musicale. Pour le profane, la voix de Damien Guillon est parfaite.

Le troisième violon ressemble à Michèle Alliot-Marie ; décidément la politique est me poursuit. Le premier violon en fait beaucoup trop : yeux fermés avec ferveur, genoux qui ploient, buste qui se balance. En plus, il finit par casser une corde à la fin du concert. A force de regarder le clavecin blanc décoré de motifs contemporains et les coups d’oeils échangés entre les musiciens, des idées de sujet de reportages ou enquêtes me viennent à l’esprit : « Métier : tourneur de pages » ou « Les muscles musiciens ».

Ce soir, seules les cordes dialoguent. Ce genre de moment où l’on se dit que décidément, le paradis doit exister.

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